WHISPERS DOWN THE LANE ✿
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Avez-vous entendu parler de la foire d’automne ? Je crois que c’est la Mairie qui a mis ça en place. Je me réjouis de voir tout cela : il y a des animations pour les enfants, des stands d’artistes, je crois qu’ils vont monter une pièces de théâtre aussi. Sans compter que les commerçants et restaurateurs locaux proposent de bonnes choses à manger…Il y a toujours quelque chose à y faire, peut-être que ça vous plairait. Retrouvez le résumé détaillé de l’intrigue ici !
Tenby, novembre 2020
8°C/11°C ♣ Alors que l’hiver s’approche à grands pas, l’automne s’est bien installée et la pluie balaye régulièrement Tenby. Le fameux brouillard anglais se fait de plus en plus fréquent, alors que les pêcheurs espacent leurs sorties en mer. Quelques tempêtes sont à prévoir, ne vous promenez pas trop en front de mer par grand vent !
La foire fait l’objet de toutes sortes de rumeurs…Tout cela va être riche en événements. C'est toujours une telle joie de voir de l'animation à Tenby, en plus Et puis on a besoin de souffler un peu après toute cette histoire d'incendie... Et vous, allez vous y faire un tour ? Donnez votre avis ici !
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We are all broken. [PV Billie]

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MessageSujet: We are all broken. [PV Billie]   We are all broken. [PV Billie] EmptyMer 19 Oct - 23:53

La journée était grise et maussade. Sous un ciel couleur saleté, sans l’ombre d’un soleil pour égayer le morose paysage, les gentils habitants semblaient tristement vaquer à leurs occupations. Pas de doute à se poser : l’été avait bien filé pour être remplacé par le morne automne. Lui-même serait suivi par un ténébreux hiver empli de courants d’air frais qui aurait tôt fait de nous réduire au statut de microbe ambulant : nez rougi et yeux coulant.

Ma vision me semblait en elle-même cruelle. Une optimiste comme Mrs Lloyd aurait sans doute trouvé le moyen d’y voir un quelconque positivisme. J’y peinais alors que j’avais jusqu’à quelque mois plutôt été en mesure de faire bien plus que de prétendre que tout allait bien dans le meilleur des mondes sans tenter de maintenir mon cœur en un seul morceau malgré le fait clair que ce dernier constituait en soit un casse-tête bien plus massif que le 10 000 morceaux sur lequel mon père planchait à tous les soirs, lunettes sur le nez et air concentré qui allait surement avec l’usage.

Mon isolement se voyait de manière criante auprès de ma famille et de mes amis – symbole criant du fait que je maintenais mon cœur en place par du ruban adhésif. Mon père n’arrivait pas à tirer plus qu’un monosyllabe de moi. Mes sœurs parvenaient à la phrase sans insulte. Les efforts qu’il avait fallu que je déploie pour finir le lycée sans m’effondrer comme un château de carte au moindre souffle froid du vent n’était qu’à peine descriptible. La vidéothèque était devenue mon refuge pendant l’été. Un des rares endroit où je ne me sentais pas prisonnière d’un terrible sort lancé par une sombre sorcière. Et puis, il avait fallu que Malone m’arrache à ma tour d’ivoire brusquement et violemment. Pour me relancer cruellement dans ce monde qui me causait maintenant une peur bleue. Pire que celle que l’on pouvait ressentir en regardant Psycho d’Hitchcock. Elle me nouait le ventre comme n’avait pas su le faire Oculus, me poursuivait jusque dans mes rêves comme The Ring l’avait fait à ma première écoute, resurgissait partout, surtout quand je m’y attendais le moins comme l’avait fait l’affreux clown de Saw quand il m’avait fait osé une fois et installait au fond de mon esprit, des images à l’instar de the exorcist. Et voilà que je me retrouvais à mettre un masque à chaque jour. Parce que je n’avais pas le choix. Il fallait bien paraitre – mettre le maquillage de clown et prétendre que tout allait bien.

Je savais que tout aurait été plus simple. Tout, l’université, le contact avec autrui. Si j’avais simplement la force de répéter l’exploit une autre fois. De crier. De gueuler ce qui m’était arrivé. Si je prenais le temps de poser des mots sur ce qui m’avait changé. Mais je n’arrivais pas. Je ne trouvais pas la force de le faire. Et certaines personnes autour de moi savaient – parce que j’avais avoué. Un aveu qui m’avait fait un mal de chien parce que chez moi la sexualité était un de ces tabous dont on ne parle jamais.

Le résultat était simple. Petit à petit, je mourrais à chaque jour. Je le laissais gagner cet homme qui m’avait volé quelque chose qui avait une si grande importance pour moi. Et c’était une de ses journées qui justement me rappelait la précarité de mon équilibre. Maussade comme le ciel, je n’avais pas levé la tête en cours de mon cahier. Le corps bien caché sous un trop ample sweater qui finirait sans doute par me faire disparaitre. J’avais à peine levé les yeux vers Billie, quand elle avait tenté de faire la conversation avec moi. Instinctivement, sans avoir répondu plus qu’un pâle « bonjour », j’étais descendue avec elle et j’étais monté jusqu’à son appartement – où j’avais retrouvé ma presque éternelle place sur le fauteuil et qu’elle avait retrouvé la sienne avec son violoncelle.

Et je l’avais regardé jouée. Son archet se baladant. Ses doigts pinçant les cordes presque violemment. Un mélange d’émotion curieux sur le visage. Mes pieds ramenés sous mon corps, je l’observais jusqu’à ce que le silence revienne. « Qu’est-ce qui s’est passé à Londres…? » demandais-je en la regardant sérieusement. Doucement, je jouais avec le coussin que j’avais serré contre moi pendant tout le moment où elle jouait. Mais la réalité m’avait frappé d’un coup sec : si je n’allais pas bien, si mon équilibre mental pourrait sembler à se comparer à un funambule sur un fil pour ceux qui me connaissait bien, j’étais frappé par le fait qu’elle aussi avait changé dans la dernière année – sans être capable de mettre le doigt sur la cause de ce changement. Je m’étais sentie responsable de son départ avant de ne plus être capable de rien ressentir.

Toutes les deux nous semblions ancrés dans ce même monde, un univers de silence. Chacune à notre manière. Si j’avais choisi le silence le plus radical, Billie avait opté pour la mondanité. Elle parlait de ces petits riens, ignorant l’effroyable Frankenstein qui semblait toujours se trouver dans le coin de la pièce dans laquelle nous étions installée. « … Tu semblais tellement plus heureuse avant. » Et qui étais-je pour donner des leçons sur le bonheur? Avant, j’aurais pu. J’aurais sans doute eu une légitimité pour me le clamer. Parce que même quand je venais de perdre ma mère, j’avais gardé un peu d’espoir. Bien sûr que j’avais eu la peur, la tristesse et la colère au cœur. Mais j’étais resté intègre et fidèle à ce qui avait été ma personnalité pendant toute ma vie. Heureuse, pétillante et ensoleillée, j’avais gardé ma caméra sous la main. Et voilà qu’elle devait bien avoir l’impression qu’elle était en compagnie d’un zombie, qui plus est, un qui la jugeait sur sa capacité à ne pas être aussi agréable.
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MessageSujet: Re: We are all broken. [PV Billie]   We are all broken. [PV Billie] EmptyJeu 20 Oct - 11:53

we are all broken

ft. seren a. vaughan


   
« I'll wait here for you for I'm broken. »
J’ai toujours adoré l’automne. De toutes les saisons qui composent une année, l’automne est sûrement ma préférée. J’aime le changement de couleur qui s’impose au fil des jours. Cette teinte orange et acajou qui recouvre les feuilles mortes des arbres, la couleur bleu-gris du ciel et celle jaune pâle du soleil. J’apprécie aussi ce léger froid qui prend toujours possession des lieux sans en être imposant et les rayons du soleil qui me chatouillent la peau sans pour autant la réchauffer. Pour moi, il n’y a rien de plus beau et de plus simple que cela. Et pourtant, aujourd’hui, en ce jour frisquet du mois d’octobre, la beauté de l’automne me passe complètement à côté. Les couleurs ne m’attirent pas, la grisaille me dégoûte. Rien ne pourrait me mettre de bonne humeur et pour cause, la bonne humeur ne m’habite plus depuis des semaines. Des mois, même. Quand j’y pense, cette saison me va plutôt bien. Je suis aussi morte que la végétation aux alentours. Et aussi immobile, puisque j’attends, comme souvent maintenant, que Seren pointe le bout de son nez. Oh, je peux déjà l’imaginer arriver vers moi, elle et son visage fermé, sa bouche scellé. Si elle décroche un mot, alors c’est que je suis chanceuse. Car la Seren que j’ai connue et aimée comme une de mes plus proches amies est partie depuis bien longtemps. Quand ? Pour tout avouer, je n’en sais rien. Entre ma fugue et mon retour, sans doute. Avant que je ne parte, les choses n’étaient pas toutes roses pour elle, mais elle survivait tant bien que mal. Il arrivait encore qu’elle sourie. Et aujourd’hui ? Aujourd’hui, c’est comme si elle était vide. La moindre expression dégagée semble chiquée. Un simple sourire lui demande sans doute des efforts surhumains. Et bien sûr, en tant qu’amie, je voudrais pouvoir faire quelque chose, l’aider d’une quelconque manière. Seulement, pour ça, je suis en retard de plusieurs mois.

   Un frisson me parcourt le corps –le froid sans doute- au moment où Seren arrive à ma hauteur. Comme je l’imaginais, elle n’est pas en forme, aujourd’hui non plus. Pour toute salutation, je n’ai le droit qu’à un petit « bonjour » prononcé comme un murmure. Un murmure que je lui retourne : « salut. » Autant dire que toutes les deux, ensemble, nous ne dégageons pas la joie de vivre attendue chez des jeunes filles. Mais si Seren a ses problèmes, et je les respecte, elle n’est pas la seule. Si elle a choisi de lutter en s’enfonçant toujours plus dans un mutisme total, j’ai préféré, pour ma part, me coller le masque de l’hypocrite. Sourire. Prétendre que tout va bien. Sauf que rien ne va vraiment. Eh non, pour moi non plus, la vie n’a pas un goût de bonbon. Oh ! Par où commencer ? Peut-être par le plus évident. Ma galère financière. Ce n’est un secret pour personne ou du moins, pas pour ceux qui ont l’opportunité de me visiter. Seren a bien dû le remarquer, elle. Mon appartement est un cimetière. Des cadavres de bouteilles, des cartons de pizzas vides ou encore à moitié pleins, des fringues propres ou sales, à force je ne sais même plus… on se croirait dans l’antre d’un gars. Sauf que c’est bien chez moi. Et si je n’ai jamais été une parfaite fée du logis, je ne peux pas non plus dire que j’apprécie de vivre dans la crasse. C’est que je n’ai simplement pas le temps, voyez-vous, de ranger. Pas tous les jours du moins. Entre mon retard accumulé en cours que je dois rattraper et mon boulot de nuit comme livreuse de pizzas, je n’ai pas de temps. Sans oublier que je me dois de m’entrainer quelques heures au moins au violoncelle ou à la guitare. C’est vital. Comme un moyen de m’échapper de cette galère. Et puis, c’est également pour mes cours que je le fais, pour rester la meilleure ou au moins, l’une des meilleures. Et la batterie, alors ? Bah oui, c’est vrai qu’à une époque, elle faisait partie des nombreux instruments joués. Sauf que la batterie, je l’ai vendue. Il me fallait bien du fric pour payer le loyer, avant que je ne trouve un job. Il est certain qu’il aurait été plus facile de retourner chez papa-maman. Néanmoins, ce n’est pas une option, pour moi. Retourner vivre chez mon salaud de père et ma faible de mère… jamais. Quant à aller déranger mon parfait grand-frère qui vit sa parfaite petite vie avec sa parfaite petite-amie, je crois que ma fierté ne me le pardonnerait pas. C’est la raison pour laquelle je l’évite, depuis mon retour. Je n’ai pas non plus l’air miséreux, mais rien que de l’imaginer essayer de m’aider à m’en sortir, comme il l’a toujours fait, ce serait au-dessus de mes forces. En plus, il tenterait sûrement de creuser dans mon passé. Il voudrait savoir pour Londres. Et je ne me sens pas la force d’en parler à qui que ce soit.

   En cela, la compagnie de Seren est parfaite. Elle est silencieuse, se contentant de m’écouter jouer du violoncelle comme si ma vie en dépendait. D’une certaine façon, c’est le cas. Ma santé mentale est en jeu. Seuls les moments où je pince lestement les cordes de mon violoncelle, où le chevalet glisse sur ces mêmes cordes, seuls ces moments-là sont à même de m’apaiser. Comme si mon instrument avait des vertus magiques et que celles-ci me touchait au plus profond de son être. Comme si elle illuminait la noirceur de mon cœur. Peut-être que Seren le ressent, également. Chaque fois que je joue, sent-elle, elle aussi, son esprit s’évader ? L’écho de son cœur se répercutant sur les cordes du violoncelle, comme le fait le mien. Ressent-elle la tristesse ? La joie ? Se perd-t-elle dans le flot d’émotion que lui font ressentir les accords de l’instrument, comme il m’arrive de le faire ? La douce mélodie de la nostalgie. Parce que dans des moments comme celui-ci, je me dis que la parole n’est pas toujours nécessaire. Que la musique elle-seule transporte bien des maux, qu’elle suffit à mettre des paroles sur nos douleurs. Mais il faut croire que pour Seren, ce n’est pas suffisant. « Qu’est-ce qui s’est passé à Londres…? » me demande-t-elle soudainement, alors que je termine mon solo. Cette question me pétrifie sur place. De la part d’un autre, je ne m’en serais pas étonner. La curiosité fait souvent défaut aux gens. Néanmoins, de la part de mon amie de toujours, la surprise me prend de court. « Qu-quoi ? » je fais, abasourdie. Sauf que j’ai très bien compris ce que me demande Seren. Cela ne m’empêche pas de me poser des centaines de questions. Pourquoi s’inquiète-t-elle soudainement ? Pourquoi maintenant ? Qu’est-ce que cela lui apporterait de connaître mon passé ? N’est-ce pas plutôt un moyen pour que je porte mon attention sur ses problèmes ? Parce que c’est la seule chose qu’elle réussit à faire, lorsqu’elle tente de se justifier : « … Tu semblais tellement plus heureuse avant. » La goutte d’eau. La phrase de trop. Et pourtant, elle ne parle pas beaucoup. Seulement, en deux phrases, elle en a suffisamment dit pour toute vie. Si bien que je ne peux m’empêcher d’être presque agressive lorsque je lui fais remarquer : « Je semblais plus heureuse ? Attends, c’est l’hôpital qui se fout de la charité. » Je prends une inspiration avant de poursuivre, histoire de me calmer. Après tout, elle a peut-être demandé innocemment, pensant que j’étais prête à parler. Et visiblement, je ne le suis pas, si la moindre question me pousse à être sur la défensive. A tel point que alors qu'il s’agissait d’une conversation portant sur moi, je m’empresse de la détourner sur elle. C’est le seul moyen que je trouve pour éviter d’avoir à me justifier sur mon silence. « Tu n’es pas dans ton assiette ces derniers temps et je commence à me demander si c’est vraiment à cause de ça, s’il n’y aurait pas quelque chose d’autre. ». « Ça », son homosexualité qu’elle refoule sans cesse. Cette même homosexualité qu’elle a d’abord confessé à mon frère, avant de venir m’en parler. Et je lui en ai voulu pour ça… aujourd’hui, cette époque semble vraiment lointaine. Pourtant, Seren n’a pas avancé. Je crois qu’elle refuse toujours de l’évoquer, comme si ça allait lui coller le mauvais œil. Alors, je prends des pincettes, histoire de ne pas la brusquer. Même si dans le fond, le but recherché est bien de la brusquer. De la pousser dans le chaudron de la confession. « J’ai raison, n’est-ce pas ? Il y autre chose ? » j’insiste, vraiment inquiète cette fois.
   

   

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MessageSujet: Re: We are all broken. [PV Billie]   We are all broken. [PV Billie] EmptyMar 1 Nov - 0:33

J’avais un jour été une princesse. La bonne petite fée à papa. Bien sage. Obéissante. Cachée dans sa tour d’ivoire, j’avais grandi protégée de la réalité du monde. Des valeurs strictes m’avaient été inculquées avec rigueur. Être patiente, aimable, polie, bien élevée, toujours présentable. Savoir être serviable. Se sacrifier pour autrui si jamais c’était nécessaire – jamais en me mettant en danger. Avoir Dieu comme un ami, un fidèle et indissociable partenaire en qui je pouvais placer une confiance aveugle.

Oh! Combien elle avait été difficile la chute de mon piédestal. Déjà difficilement, j’avais toléré la perte de ma mère – la plus fidèle de mes alliées. Dieu, Tout-Puissant, Omniscient et grand possesseur des dés de l’humanité en avait pris pour son rhume dans la croyance que j’avais d’abord tenté d’entretenir : Il ne me voulait pas de mal. Sa volonté avait sans doute un sens. Et puis non… Dieu avait été relégué au titre de fable un conte de fée que les adultes se racontaient pour se faire croire qu’il y avait du sens dans ce bazar qu’était ce bas monde.

Le coup final m’avait été porté me transformant en une pâle image de moi-même. Un fantôme qui errait dans les rues de mon enfance en attendant de trouver les forces nécessaires pour marcher vers le monde des vivants. Une boule au ventre, le souffle court, la tête dans les nuages, loin de la réalité. Je me laissais dévorée par des sombres pensées depuis maintenant des mois. Et je n’avais pas encore trouver la moindre force pour mettre les pensées en mot. Pour transformer ce qui me paralysait en une force qui m’aiderait à avancer.

La chute avait été trop cruelle avec mon petit corps de porcelaine et je gisais sur le sol criant, hurlant et pleurant mais ne sachant pas comment le manifester. Alors, à même les poussières, j’avais reconstruit mon château, ma protection. C’était ce masque de silence qui m’entourait toute entière. Tapis dans son ombre, j’observais les acteurs de l’univers des vivants. Mon père, mes sœurs, mes amis... tous semblaient vaqués à leur occupations comme si de rien n’était. Et à plus d’une reprise, j’avais envisagé la mort. « Pour moi la vie n'est qu'un long sanglot, mon coeur éclate, la mort est mon lot... » songeais-je si régulièrement en écho à l’étrange Noel de Mr. Jack. Mais il me suffisait d’accrocher au détour d’un corridor, le regard inquiet de Stella ou de Sabrina, cette petite ride qui apparaissait sur le front de mon père lorsqu’il me regardait circonspect pour savoir que la mort psychologique que je vivais ne pouvait se manifester dans la réalité concrète du monde.

Et d’un autre côté, il y avait Billie. Billie dont la détresse était moins criante que la mienne, mais Billie qui malgré tout n’était plus aussi heureuse que ce qu’elle prétendait. Si elle avait la force d’aborder un lourd déguisement[i] d’hypocrisie, elle ne me trompait pas. Peut-être parce que je transférais une partie de mon trop-plein émotif sur elle. La question franchie mes lèvres avant même que j'eus le temps de tourner ma langue sept fois dans ma bouche. Je lui avais volontairement donnée à pleine main une arme dangereuse : ma propre détresse dont elle pouvait se servir comme bon elle le voulait. Je ne transpirais pas le bonheur et ma tête aurait eu franchement plus à faire au beau milieu d’un [i]cimetière plutôt qu’en compagnie de quiconque.

L’hôpital qui se fout de la charité. Belle image pour me définir. Le docteur avec qui j’en avais parlé, Cartwright, m’avait dit que de garder le silence sur ce qui s’était passé c’était amené d’autres à vivre une aventure similaire à la mienne. Mais le silence c’était imposé depuis près de six mois. Le temps que je digère le choc. Je ne souriais plus. Je ne jouais pas à faire semblant. La détresse et le malheur que je ressentais, je les laissais prendre toute la place et je m’en servais pour justifier ce besoin d’espace avec autrui. Juste une phase qui finirait par me passer. Pourtant, les mots acérés de mon amie me touchent. S’il est vrai que l’image s’applique, je l’ai au moins mérité. « Moi au moins, j’ai jamais prétendu que j’étais heureuse. » Ma voix se permet de laisser transmettre une pointe d’ironie. Un demi-aveu sur le fait que je ne suis pas bien dans ma peau.

Au courant des mois, je me suis transformée en une vraie bombe à retardement. Une explosion prête à se produire. Une tempête parfaite qui n’attend que l’on appuie sur les boutons principaux pour tout détruire sous l’impact de sa déflagration. Avec mon père, c’est facile : je suis passée maîtresse dans l’art d’être un canard. Je l’entends bien dire des mots, se préoccuper de moi, tenter de me provoquer en abordant Dieu – technique qui fonctionnait très bien jusqu’à ce que quelque chose se brise en moi ce soir-là. Et maintenant, c’était à peine si je l’entendais parler.

Mais avec Billie, il y avait quelque chose de spéciale. À vrai dire, je m’étais sentie coupable de son départ pour Londres quand elle avait fait le grand saut. Parce que j’avais échappé mon homosexualité à son frère avant et qu’elle l’avait mal pris. Parce que j’avais refusé d’en parler ouvertement malgré le fait qu’elle m’avait clairement fait savoir qu’elle le savait. Parce que même avant, l’aspect sexualité des discussions ne me plaisait pas. Jouer à l’allumeuse avec un mec qui me laissait de glace ne me posait aucun problème éthique… mais parler de mes propres sentiments avait toujours été vachement complexe surtout quand on en venait à la chose de manière concrète.

Et voilà qu’elle semblait ramener la chose directement sur le tapis. Avec un autre ça, tout aussi hypocrite. En privé… Pourquoi pas? Personne ne nous attendrait et j’étais certaine que j’étais pas d’humeur à faire une ou deux blagues lubriques sur la thématique encourue. L’inquiétude dans sa voix me surprend un peu. Billie, c’est une forte dans ses apparences. Le genre de femme qui a beaucoup de caractère et qui ne se laisse pas facilement inquiéter. Cette même petite énergie qui m’avait attiré chez Lawrence. Mais la rouquine est une force tranquille. Le genre dont on ne soupçonne par l’énergie. Billie est un roseau qui a encaissé bien des tornades et qui penche encore plutôt que de céder.

Je devrais surement m’étonner de l’inquiétude que j’ai entendue dans sa voix. Parce que mon cerveau, confus et troublé lui à tiquer sur le « ça » une diminution des sentiments parfois contradictoires que j’ai ressenti. Mon regard se plongeait sévère dans le sien. « Appelle un chat un chat, putain! Pas de faux tabou avec un ça chiant. Tu le sais. Je le sais. Y’a personne pour nous entendre! » Et c’était une des rares fois où j’acceptais. Chez elle? Aucune chance que n’entre quelqu’un d’inopportun. Aucune chance que les oreilles de la vieille Lloyd viennent se tenir à la porte. L’exaspération m’avait trahi. Si elle voulait en parler, bien à elle. Mais ma collaboration, elle n’aurait pas nécessairement. Serrant un peu plus fort le coussin contre moi, je la regardais avec défi. « Ouais, d’accord. Y’a pas que mon homosexualité mais le reste te concerne pas. » Merde! Quelle bêtise étais-je en train de faire? Hors de questions que je crève l’abcès qui gisait au beau milieu de la pièce. Ne prenant même pas le temps de reprendre mon souffle, je poursuivis : « Et toi, il y a un truc qui se cache aussi derrière ton changement… sinon, t’aurais pas éviter la question en la retournant contre moi. » Mon regard la fusilla sévère alors que je rajoutais : « Tu vas me dire ce qui s’est passé à Londres ou pas? ».
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MessageSujet: Re: We are all broken. [PV Billie]   We are all broken. [PV Billie] EmptyDim 20 Nov - 20:54

we are all broken

ft. seren a. vaughan


« I'll wait here for you for I'm broken. »
J'ai toujours trouvé fascinant la rapidité avec laquelle les choses peuvent changer. Non, pas seulement changer. Ce serait trop neutre de le dire de la sorte. Il faudrait plutôt dire la rapidité avec laquelle les choses se cassent violemment la gueule au moment où on s’y attend le moins. C’est vrai, qu’on se le dise, si la roue finit toujours par tourner, ce n’est jamais à notre avantage. Et s’il nous arrive parfois de croire, naïvement, que rien de pire ne pourrait nous arriver ou même que tout n’ira qu’en s’arrangeant, on finit vite par déchanter. La moindre broutille, le moindre petit pépin sur la pyramide en équilibre de notre existence et tout s’écroule. Tout ce qu’on a bâti, tout ce à quoi on croyait… tout est remis en cause. Et je sais de quoi je parle. Je le sais même un petit peu trop bien. Ce n’est un secret pour personne, mon pépin n’a été autre que mon propre géniteur. Il est au commencement de ce qu’on pourrait appeler « ma chute ». Mon déclin. Ma dégénérescence. Car, à partir du moment où je me suis tirée de la maison, tout a été de mal en pis. J’ai bien cru, pendant un moment, que les choses allaient changer pour le mieux. J’ai été de ces naïfs qui voient le verre à moitié plein et qui se disent que lorsqu’on a touché le fond, on ne peut que remonter. Des conneries, voilà ce que c’est. Une illusion. Une pauvre illusion qui a eu tôt fait de me bousiller. Je me retrouvée enfermée dans le monde infernal des « si ». Si je n’avais pas quitté le domaine familial, si je n’avais pas choisi de vivre chez Malone, si Malone lui-même n’avait pas accepté de me loger et surtout, si je n’avais pas fui mes problèmes… peut-être que je ne me retrouverai pas dans cette galère ? Et dire qu’à l’époque, ces problèmes-là me semblaient insurmontables et la fuite me paraissait être la seule solution. Mon échappatoire. Dire que j’ai été sotte de penser que cela m’aiderait d’une quelconque façon serait un euphémisme. J’ai appris à mes dépends que la fuite ne résout rien. Tout ce qu’elle engendre, c’est une autre fuite, puis une autre et ainsi de suite jusqu’à ce que finalement, on ne puisse plus s’échapper. On est pris dans les rouages d’un cercle vicieux. On se retrouve au pied du mur. Plus d’argent, plus de logement, plus de solution… et surtout, des dettes qui n’en finissent plus et qui pèsent sur notre tête telle une épée de Damoclès. C’est bien connu pourtant, rien n’est plus tentant que de ne pas avoir payé les conséquences de nos actes. Alors toutes ces choses qui nous font envie, si on nous les offres, où est le mal ? « Tu me rembourseras plus tard. » elle avait dit et cela avait sonné sa fin. La mienne aussi par la même occasion. Au début trompée par un sentiment de liberté, le fameux instant de joie qui nous fait croire que les choses iront bien, je n’ai pas vu le mal que cela me causerait. Et quand j’ai fini par déchanter, c’était trop tard. Du Paradis j’ai chuté et l’atterrissage a été bien trop brutal. En même temps, ce n’est jamais agréable de tomber de son piédestal.

   Mon invitée doit bien savoir de quoi je parle, d’ailleurs. Après tout, qu’elle l’avoue ou non, pour Seren aussi les choses ont radicalement changé. Elle aussi a dû dégringoler du sommet sur lequel elle se reposait. Peut-être est-elle toujours en train de chuter ? Et lorsqu’elle atteindra le sol, elle sera encore plus différente qu’elle ne l’est maintenant. La douleur la changera définitivement. Mais oui ! N’était-ce pas elle la gamine toujours trop sage ? La souriante ? La fifille à son papa ? Celle-là même qui n’aurait jamais osé remettre en cause les théories de son géniteur ? Celle-là même qui croyait d’ailleurs en ces théories ? Aujourd’hui pourtant, la Seren en face de moi ne ressemble plus en rien à cette fille de mes souvenirs. Depuis quand a-t-elle cessé de sourire ? Depuis quand semble-t-elle si incertaine sur tout et surtout sur ses propres croyances ? Ai-je manqué tant de choses dans sa vie ? Ai-je failli à mon devoir d’amie ? Tout cela, juste parce que je me focalisais trop sur mes propres problèmes ? Après tout, si je dis que les choses changent trop vite, c’est peut-être juste une question de point de vue. Peut-être que pour elle, tout est allé trop lentement de mal en pis. Et que, si je n’ai pas remarqué son évolution, c’est parce que je n’y prêtais pas attention. « Moi au moins, j’ai jamais prétendu que j’étais heureuse. » me fait-elle remarqué lorsque j’essaye de d’attirer son attention sur sa propre situation, plutôt que sur la mienne. Je ne réponds rien. Que dire ? Elle a raison. Je suis celle qui dit à tout le monde que tout va bien. Je suis celle qui prétend m’épanouir dans ma nouvelle vie, quand bien même ce n’est pas le cas. Je suis celle qui ment. Seren, elle, n’a jamais triché sur ses sentiments. Sa peine, elle ne la cache pas. Mais d’ailleurs, cette peine qu’elle semble toujours trainer avec elle, à quel moment est-elle apparue ? Certes, je l’ai déjà dit, Seren a connu quelques moments de difficulté à la suite de la découverte de sa sexualité. Une sexualité que, pour sûr, son père n’accepterait pas, jamais. Comment le pourrait-il ? Cela serait remettre en cause sa foi. Et s’il s’agit d’une chose que sa fille a dû faire, je ne suis pas sûre que le révérend accepte d’en faire de même. Alors certes, la dégradation de sa relation avec son père pourrait être la cause de tous ses maux qu’elle ne cherche même plus à cacher. Seulement, je n’en suis pas convaincue. Une désillusion, ça fait mal, c’est vrai. Découvrir que son géniteur n’est pas aussi parfait qu’on aurait pu le croire, ça n’est jamais agréable. Je le sais, je l’ai vécu. Sauf que c’est mal connaître Seren que de penser qu’une simple désillusion soit la raison de son mal-être. Non, il y a plus. Sa sexualité, sa remise en question théologique, cette séparation forcée entre son père et elle… tout cela forme un tout. Mais à ce tout s’ajoute quelque chose de bien plus terrible encore.

   Sinon, pourquoi s’énerverait-elle au moment où j’évoque ma théorie ? Après tout, moi-même je m’en suis prise à elle peu avant, lorsqu’elle a appuyé là où mes plaies ne se sont pas encore refermées. Il n’y avait pourtant aucune raison à cela, si ce n’est ma volonté de cacher la vérité à mon amie. J’ai délibérément voilé ma peur par de la colère et j’assiste à présent à la même scène avec Seren. Comme un miroir. C’est cela. Seren n’est rien d’autre que mon pâle reflet. Et je ne suis que le sien. « Appelle un chat un chat, putain ! Pas de faux tabou avec un ça chiant. Tu le sais. Je le sais. Y’a personne pour nous entendre ! » s’emporte-t-elle donc lorsque j’évoque son homosexualité. Là encore, je ne peux m’empêcher de faire la comparaison avec ma propre réaction. L’une comme l’autre nous avons volontairement attiré l’attention sur autre chose que l’élément central. A savoir, dans son cas, la raison principale de ses maux, celle qu’elle cache, son terrible secret. Si indicible qu’elle préfère parler d’un autre sujet qu’elle n’aime pas aborder : sa sexualité. « D’accord. Dans ce cas, je pense qu’il y autre chose que ton homosexualité. Ça te va, là ? » je lui demande, certes, sans le moindre tact, mais moins agressive qu’elle. J’essaye vaguement de calmer le jeu, sentant mon amie prête à exploser à la moindre contrariété, à présent. Après tout, je ne l’ai jamais vu s’emporter aussi facilement. Il est évident qu’elle se contient depuis trop longtemps. A force de tout garder pour elle, elle n’a fait que retarder l’échéance. Le moment fatidique où elle exploserait et où elle déverserait son flot de souffrance à la première personne venue. Déjà, il lui devient difficile de me tenir tête et de me mentir aussi effrontément que je pourrais le faire. « Ouais, d’accord. Y’a pas que mon homosexualité mais le reste te concerne pas. » Sa réponse me laisse mitigée. A la fois satisfaite de constater que j’ai vu juste et également vexée d’être mise à l’écart aussi rapidement. Mais je l’ai dit, j’ai vu juste. Il y a bien plus que son homosexualité derrière son mal-être. Plus encore, j’ai également raison, lorsque je dis que Seren a besoin de parler à quelqu’un. Elle n’en a peut-être pas conscience, mais tout son être semble la supplier de cracher le morceau, rien qu’une fois. D’alléger son fardeau. Et je voudrais être cette personne pour qui elle n’aurait aucun secret. Je voudrais qu’elle s’ouvre à moi. Peut-être qu’à une certaine époque, elle l’aurait fait. Mais plus maintenant. Non, maintenant, je ne suis plus qu’une fille chez qui elle vient squatter pour oublier sa peine. Et sa douleur ne me « concerne pas ». Ces mots-là m’ont blessée. Plus que je ne l’aurais pensé. « Je vois. » je lui réponds, amère. J’aurais voulu refouler mon putain d’égo, pour une fois. Seulement, c’est plus fort que moi. Je ne peux m’empêcher d’être en colère pour avoir été si sèchement mise à l’écart. Si bien que lorsqu’elle insiste, une nouvelle fois, pour savoir ce qui a bien pu se passer à Londres, me fusillant du regard au passage, je me décide à lui répondre aussi froidement qu’elle : « Oh, il s’est passé des tas de choses à Londres. Mais non, je ne vais pas t'en parler. Après tout, ça ne te concerne pas. » Sauf que ça n’est pas assez. Si elle s’est contentée de si peu, ce n’est pas mon cas. Une fois lancée, mon égo blessé pousse ma colère à monter crescendo. Au début, amère et froide, je deviens vite plus ferme, lorsque je reprends : « Tu crois quoi ?! Que je vais te raconter tous mes problèmes alors que tu refuses de me parler des tiens ? C’est juste, pour toi ? Je devrais me confier à toi comme à une amie alors que clairement, tu ne me considères pas comme telle ?! » Je m’arrête un instant pour la fixer. C’est à cet instant que je remarque que je me suis levée, puisque je la domine de toute ma hauteur. Et lorsque nos regards se croisent, je préfère détourner le mien, cherchant à masquer ma peine d’être mise de côté. Plus encore, ma honte. Je lui reproche quelque chose qu’elle pourrait bien plus aisément me reprocher. Après tout, c’est moi qui n’étais pas là pour elle. Pas l’inverse. Seren est là aujourd’hui, elle essaye de m’aider, d’une façon ou d’une autre. Moi, je suis juste… en retard, comme toujours. Mais avouer ça m’est impossible. Je préfère clairement me concentrer sur elle, plutôt que de me remettre en cause une seule seconde. « Ce n’est pas parce que tu n’en parles pas que ça n’a pas eu lieu. Peu importe ce dont il s’agit. Le garder pour toi ne fera qu’empirer les choses. Mais je ne t’apprends, rien, pas vrai ? Tu le sais déjà, hein ? » que je lui fais remarquer en fixant Berlioz, mon chat, qui joue avec une plume, pas le moins du monde perturbé par notre début d’engueulade.

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MessageSujet: Re: We are all broken. [PV Billie]   We are all broken. [PV Billie] EmptyDim 22 Jan - 21:13

J’aurais dû me douter que ça ne pouvait pas bien finir. Dans une vie antérieure, je me l’étais fait dire assez souvent. Petite, j’avais envie de tout savoir, de tout apprendre. J’étais le genre d’enfant qui courait dans la maison à la recherche – non pas du temps perdu – mais bien de mes présents (à Noël ou à mon anniversaire). Les yeux brillants d’espoir comme devant une belle énigme – un casse-tête auquel je me tardais de réfléchir et d’obséder. N’est-ce pas un des traits qui fait de l’enfance ce qu’elle est censée être que cette curiosité parfois maladive de l’enfant ? J’avais grandi dans cet univers curieux – encouragée par ma mère qui aimait me voir apprendre, chercher et fouiller jusqu’à ce que je trouve cet élément que je cherchais tant – une lumière qui m’éclairerait.

Si ma mère avait aimé ma peut-être naturelle curiosité d’enfant, mon père (égal à lui-même) s’était montré plus mesuré que ma mère qui par sa nature même était plus extravagante et libre. Petite, il me répétait sans cesse d’un ton presque paternaliste ce vieil adage : « La curiosité, ma belle étoile, est un bien mauvais défaut ». Et je lui en voulais de son côté si pragmatique qui clamait à qui de droit que la curiosité qui était un vecteur important de ma personnalité d’enfant était une tare sur laquelle je devais travailler. Mon père, malgré ses croyances plus profondes qu’il ne l’admet, est un chêne profondément ancré dans la réalité du monde qui l’entoure.

En grandissant, j’aurais dû apprendre que d’être curieuse n’est pas toujours cet élément qui nous amènera vers l’avant. Dû apprendre que je me devais un certain devoir de recul nécessaire afin que je puisse être parfois surprise par la réalité du monde qui m’entoure. Dû apprendre que ma curiosité devait avoir des limites.

Et j’avais eu l’impression que cette partie de moi, ma curiosité et ma naïveté d’enfant s’était envolée dans les airs sans que je ne puisse la voir venir le soir où ma vie avait basculé – le soir où j’avais perdu pied. Il me semblait qu’un siècle s’était écoulé depuis le moment où je prenais plaisir à chercher à savoir des choses et l’instant présent dans lequel je me sentais démunie et perdue. Et pourtant… pourtant, pendant un bref instant, je n’avais pas su comment contenir cette curiosité d’enfant. Je n’avais pas trouvé comment m’empêcher de poser la question la plus indiscrète que j’avais en stock alors que j’étais foutrement mal placé pour prétendre que j’étais heureuse et que je n’avais pas du tout changer.

La tristesse avait tué la curiosité, m’avait donné des allures de croque-mort. Il me semblait mortellement loin le moment où j’aimais jouer de ma propre curiosité et encore plus de celle des autres. Je me satisfaisais du morne silence de la triste réalité des jours. J’avais jeté à mille reprises la clé de ma prison de verre dans laquelle je m’étais moi-même enfermé. Devant les mains tendues, je m’étais repliée sur ma propre personne. J’avais brusquement vieilli – en l’espace de quelques mois, j’avais pris plus d’un millénaire d’âge psychologique. J’étais vieille et aigrie face à la vie qui ne m’avait pas laissée armée pour affronter ce que ma vie avait l’air.

Et pourtant… pourtant pendant un bref instant, j’avais eu dix-huit ans encore une fois. Et j’avais laissé tomber le masque que j’avais mis pour me protéger. Parce qu’il m’avait apparu clair que si je jouais la comédie, on pouvait dire exactement la même chose de la Carter. Elle prétendait à un bonheur qui n’était pas naturel quand on la connaissait bien. Un bonheur tout aussi inquiétant que ma tristesse ne l’était. Nous jouions toutes les deux la comédie. Et pour le faire… Je savais que c’était fatiguant et que de lâcher prise pouvait être inquiétant. Que l’on pouvait simplement avoir envie de prendre nos mains aux jointures blanchies par l’effort pour relâcher notre étreinte sur les quelques rares éléments de la vie qui nous faisaient au minimum garder la tête hors de l’eau. Dans mon cas, c’était mes sœurs qui parfois réussissaient à me faire garder la tête légèrement sortie de mon éternel hiver. Mais je m’inquiétais sincèrement pour Billie qui n’avait pas une telle chose dans son entourage. La musique serait-elle suffisante pour l’empêcher de faire naufrage ?

L’homme est un animal essentiellement social. Il a besoin d’autrui. La première fois où j’avais fait des efforts en plusieurs mois, c’était à l’anniversaire de Stella quand sur la pointe des pieds, j’avais caché un cadeau au pied de son lit pendant qu’elle dormait encore – parce que maman le faisait pour nous toutes. Et j’avais fait des vrais efforts cette journée-là. J’avais noué le beau grand ruban rouge à la tête de son lit et je l’avais regardé avec des étoiles croire que les miracles pouvaient se produire.
Parce que sa naïveté d’enfant me faisait du bien.
Parce que j’avais besoin de croire pendant un petit instant que le monde pouvait aussi contenir de bons moments.
Parce que j’avais besoin de ça pour ne pas me convaincre que la mort était une délivrance que je devais attendre.

Mais les idées noires font partie de cette liste de choses dont je n’arrive pas à poser l’existence tout simplement. Une longue liste de trucs que je n’arrive pas à aborder et ce n’est pas une simple question de confiance en l’autre mais simplement parce que ça m’amène dans les dédales de mon enfer personnel. La douleur est si vive à chaque fois que je la frôle que je ne veux simplement pas m’en approcher. J’en ai fait une immense boîte de pandore de laquelle je nie jusqu’à l’existence.

Et la liste de mes échecs auprès de Billie est encore plus criant que je sais que mon amie est un monstre d’orgueil et d’égoïsme en un sens. Il a fallu que je comprenne que Malone lui avait dit pour comprendre son silence et sa froideur. Au contraire de mon père (qui lui ne savait pas encore), ce n’était pas ma nature profonde qui la troublait, la dérangeait et la faisait me fuir… C’était le fait que je n’ai pas eu la force de lui dire à elle avant de « trahir » notre amitié dans une version tordue de la notion de fidélité.

J’aurais donc dû avoir la décence d’admettre d’ores et déjà mes sentiments et la douleur froide qui m’habitait depuis des mois avec plus de force que ce que je voulais. Mais j’avais la pudeur comme une seconde peau. J’avais une blessure que je n’arrivais pas à dénoncer et qui grossissait silencieusement comme une tumeur en m’amenant avec elle un peu plus à chaque soir que je le veuille ou non. Et le pire c’est que j’ai conscience que cette bataille qui se vit à deux entre elle et moi vient nécessairement au périple de ma vie.

L’arme que j’ai utilisée pour tenter d’éviter la question, pour détourner l’attention du désastre que je suis devenue au courant de son absence, ne met pas grand temps avant de se retourner contre moi dans un triste jeu du destin. Parce que son orgueil prend vite trop de place. Parce qu’il n’y a que moi qui doit importer dans cette discussion selon elle – et que j’ai exactement la même réflexion de mon côté : c’est à propos d’elle que l’on doit parler. Mon état à moi, je sais ce qu’il faut faire pour m’en sortir et je tente de ramasser le courage de le faire depuis des mois et des mois sans en trouver assez parce que mon cœur a assez saigné au courant des dernières années. Sa voix ne prend pas longtemps pour se poser et devenir ferme.

Je ne peux pas retenir un long frisson qui parcourt mon échine en me faisant doucement plié sous l’impact d’un seul geste. J’évite savamment son regard en détournant le mien. Mon cœur a trop crié pour être capable de tolérer les cris des autres. La fermeté de sa voix se confond avec un hurlement. Je ne fais qu’espérer que ce que je ressente ne se voit pas sur mon corps – sur les fins poils qui couvre mon corps qui s’hérissent comme le pelage d’une bête effrayée. Je ferme les yeux et un instant le temps qu’elle continue à déverser des évidences. Sa dernière phrase me fait l’effet d’un coup de couteau dans le cœur.

Ma voix si douce depuis que ma vie a fait naufrage retrouve force et colère en l’espace d’un instant : « Tu penses vraiment que je ne le sais pas ? » La docteur qui m’avait ramassé dans la rue en milles et un petits morceaux de moi ce fameux soir me l’avait dit que de me taire ne m’aiderait pas. Parce que dans les rues, j’avais peur de les revoir. Parce que me taire n’avait pas effacé le fait, le poids de la honte et la douleur que je ressentais. Il ne fallait pas être nécessairement un fin psychologue pour savoir que mon silence n’était pas bon quel que soit l’étiquette que l’on voulait mettre sur ma vie. « Tu réalises aussi que ça s’applique également à toi ? Éviter mes questions ne t’aidera pas plus à faire en sorte que tu te sentes mieux ! » Et voilà que je suis amère aussi. Parce que c’est comme si je ne la reconnaissais pas comme l’amie qu’elle est. Et ces temps-ci, mes amis appartiennent à une espèce rare dont je ne reconnais pas nécessairement la réalité. Ma voix est rauque quand je continue de prendre la parole en pilant sur mon orgueil probablement tout aussi mal placé que le sien. « Tout n’est pas une simple question d’être ton amie ou pas ! Arrête de faire tourner le fait que je n’ai pas la force d’en parler autour du fait que je n’ai pas confiance en toi ou que je ne te considère pas comme une amie. Je ne serais pas ici si je n’avais pas au minimum confiance en toi. Et je ne m’en ferais pas pour toi parce que je prends vachement assez de place dans ma tête en ce moment si tu n’étais pas importante pour moi merde ! » Je m’étonne presque de ne pas fondre en larme après tout cela de paroles probablement parce que la colère et l’injustice qui occupe une grande place dans ma vie prend un peu plus de place dans cet instant présent.

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