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De tes rêves à mes rêves [PV Greg]

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MEMBRE ♣ Un voisin à surveiller
TON PSEUDO : MissPiggy
TES DOUBLES : William T. Hardy, Victor I. Cartwright, Théodore C. Pembroke et Seren A. Vaughan
TON AVATAR : Arthur -smoking- Darvill
TES CRÉDITS : Avatar: rustynails, signature:hedgekey et tumblr
RAGOTS PARTAGÉS : 4216
POINTS : 571
ARRIVÉE À TENBY : 17/06/2014

You are the only girl in my life
ÂGE DU PERSONNAGE : 32 ans (10 juin)
CÔTÉ COEUR : Pétrifié par une vision venue tout droit d'un passé.
PROFESSION : professeur de musique et d'art dramatique
REPUTATION : Vous avez vu les nouvelles? Sa femme a été assassiné et il était une victime lui aussi. Depuis qu'il est revenu de Liverpool, il est seul... Vous avez pas vu le boulanger avec qui il était toujours?



MessageSujet: De tes rêves à mes rêves [PV Greg] Ven 10 Mar - 0:41

Je l’avais attendu cet appel – ce petit coup de fil de rien du tout. Je n’avais pas depuis mon arrivée à Tenby une vie sociale grandement épanouie. En même temps, je n’avais jamais vraiment été le genre d’homme qui adore courir les grandes scènes pour s’étourdir face à cet univers constitué de mondanité. Jeune adulte, je préférais l’extase d’un bon roman emmitouflé dans une couette avec la personne que j’aimais plutôt que l’ambiance enfumée des bars du Londres de cette époque. Mais depuis le décès de ma femme, j’avais un peu plus refermé ma porte sur la vie sociale normale. Il y avait d’abord et avant tout ma fille qu’il fallait éduquer, voir grandir, protéger. Il y avait aussi cette peur que j’avais comme une obsession dès que je me retrouvais dans une foule. Il y avait ses nuits trop courtes et rarement rassurantes qui me laissait le cœur tendu sous l’impact. Si après il me restais du temps pour me donner envie de socialiser, il y avait le boulot et la composition que je n’avais jamais vraiment arrêté de faire.

J’aurais probablement pu en glisser un mot en passant devant son bureau. M’arrêter et demander à Greg s’il voulait bien venir chez moi pour m’écouter jouer. Pour donner vie à mes compositions avec douceur. Ironiquement, j’aurais eu peur d’avoir l’air trop insistant en cherchant à briser ce semblant de solitude qui m’habitait en allant chercher auprès de lui un certain réconfort créatif. Peut-être bien simplement parce que Greg justement n’était pas comme tous les autres collègues. Il avait une idée de celui que j’avais été avant. Une idée probablement distendue par le temps tout comme l’était mon image de lui. Mais une image toutefois.

J’avais donc attendu sagement son appel plutôt que de le relancer. Et j’avais même gardé un ton posé pendant l’appel et j’avais convenu d’une heure (à laquelle Laura pourrait aisément être couchée afin que l’on puisse avoir le champ libre sans ma gamine de trois ans qui demanderait de l’attention et de l’amour pour donner vie à de la musique).

J’avais quitté le boulot à midi – comme je n’avais pas cours l’après-midi. J’avais été récupérée ma fille en marchant et avec la poussette nous avions fait notre chemin jusqu’au magasin plus au cœur de la ville. J’en avais profiter pour acheter une bouteille de vin et une bière même si normalement ma maison ne contenait pas d’alcool. J’avais dansé sur de la musique avec ma fille en préparant à souper – quelque chose de facile avec les légumes pré-coupés que j’achetais avec une habitude systématique. Et à quelque part pendant que les morceaux de poulet se faisaient dorer dans une poêle avec les légumes, je me demandais si je n’avais pas mieux fait de l’inviter à diner aussi.

Mais je me rappelais qu’il se serait sans doute poser mille et une questions sur le pourquoi de ma peur des ciseaux, mon anxiété face aux bouchées parfois trop grosses de ma fille… Et je réalisais que mon comportement n’était pas entièrement rationnel mais je n’avais pas envie qu’il sache que j’avais cette angoisse chronique de ne pas être à la bonne hauteur, de ne pas satisfaire à la norme quelle qu’elle soit. Moi qui ne m’en étais jamais soucié, je devais avouer que sur certains points, mon incapacité à me remettre des événements me décevait quelque peu. Et je n’aurais pas aimé qu’il en soit témoin.

Vient ensuite le bain, le pyjama, cette histoire et le dodo sur les coins de dix-neuf heure trente – ma fille couvrant une légère fièvre qui m’inquiétait un peu depuis quelque temps puisqu’il y avait eu deux ou trois cas de rhumes, d’otites et autres microbes que les enfants se passait à la garderie comme les jouets. Et papa poule était inquiet. Il n’en fallait pas beaucoup d’ailleurs. Mais je réussis pour une rare fois à détourner mon anxiété en traversant le corridor de la chambre de ma fille jusqu’à la mienne pour aller changer de chandail. Celui que j’avais était humide encore d’une bataille de mousse faite avec ma petite. Paire de jeans, chandail en laine léger enfilé en rapidité par-dessus un vieux t-shirt de rock, j’avais l’air presque décontract n’eut été de cette nervosité naturelle qui m’habitait normalement depuis des années maintenant – deux ans bientôt quelque chose que je n’avais pas admis à Greg encore. En même temps, je me serais mal vu abordé les événements avec lui.

Je redescendis au rez-de-chaussée et me glissais dans le sofa avec un bouquin. Le salon était impeccable selon mes standards. Je n’aimais pas l’ordre immaculé. Le coffre de jouet de ma fille débordait un peu et j’aurais pu faire l’effort de ramasser mais cela aurait sans doute donner l’idée que j’avais fait un effort surhumain pour paraitre plus ordonnée que ce que j’avais été. Il me connaissait… À quoi bon mentir sur des apparences? Faire comme si j’avais vraiment changé au point de devenir un autre que celui que j’avais été. Non. J’avais opté pour le petit désordre des jours normaux. J’avais même laissé les photos évidentes d’Amy et moi. Lorsque j’entendis cogner à la porte, je sautillais presque sur place. Ma demi-lecture n’avait pas été très concluante. Je lui ouvris la porte avec un sourire : « Salut! Entre! » dis-je avec un sourire. « Bienvenue chez moi. Tu vas bien? » demandais-je.

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ÂGE DU PERSONNAGE : 34 ans
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PROFESSION : Écrivain
REPUTATION : Gregory est fraîchement débarqué en ville et les raisons de son arrivée ne sont pas méconnues des habitants. C'est le garçon qui est venu soutenir sa famille après avoir perdu sa soeur et il fend les coeurs. Si certains se souviennent encore de lui, beaucoup peinent à le reconnaître depuis tout ce temps. On se demande surtout ce qu'il a bien pu devenir... Et lui-même se trouve quelque peu déboussolé.



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MessageSujet: Re: De tes rêves à mes rêves [PV Greg] Ven 10 Mar - 3:42

Pourquoi avais-je cette impression d’être sur le point de mettre les pieds dans l’antre du loup ? Aiden n’avait rien qui pouvait m’effrayer à ce point. Mais c’était ça, c’était tout, c’était moi, lui, nous, un peu de tout ça. Quand j’avais quitté la taverne après notre dernier tête à tête pendant lequel nous avions tenté de mettre à jour les portraits de nos vies, j’avais été bien convaincu que je ferais bon usage de son numéro de téléphone. Après tout, un certain concours de circonstances nous avait remis sur le chemin l’un de l’autre, et j’avais tendance à ne pas chercher à contredire ces éléments tout droit sortis d’un étrange destin. Cependant, je m’étais mis à douter les jours suivants. Je m’étais mis à douter parce qu’il ne se passait pas un jour sans que je ne doute de tout. Ces rares moments où j’étais parfaitement honnête avec moi-même, je m’admettais que je n’étais pas heureux à Tenby. Certains parlent de leurs racines avec fierté, et j’en avais de la fierté, mais je n’étais pas fait pour ce genre de vie. Je n’égalais pas ces professeurs dévoués à l’éducation de leurs étudiants, j’arrivais à peine à laisser entendre ne serait-ce que la moitié de la passion véritable que j’avais pour la littérature lorsque je me retrouvais à devoir en parler au devant d’une classe entière d’élèves. Bref, c’était un peu comme si rien ne tournait vraiment rond. Mais ces instants de dangereuse clairvoyance me poussaient souvent à la culpabilité, et je me mettais alors à me souvenir de toutes ces choses positives qui auraient dû se montrer garantes de mon bien-être. J’avais la chance d’avoir une partie de ma famille à proximité, encore bien présente et bien en santé. J’avais passé des années à les négliger et voilà qu’ils pouvaient sans problème me téléphoner tous les jours - ou presque.

Sans doute que l’existence avec tant de proximité du personnage que représentait Aiden dans ma vie revêtait le même caractère « inquiétant ». Je ne savais plus me situer entre passé, présent et espoirs du futur. J’avais la sensation d’avoir perdu pieds dans le fil de ma propre vie, alors que je ne dépendais pourtant que quiconque et que je ne devais rien à personne. Je mettais le pied hors du lit tous les matins sans savoir ce qui me ferait vibrer dans la journée à venir - et c’était trop souvent trop peu de choses. Bref. Perdu dans cet incessant tourbillon de pensées, j’avais retardé cet appel pourtant promis. Je lui avais peut-être même laissé l’impression de ne pas avoir envie de donner suite, jusqu’à ce que je me décide enfin à l’appeler. Nous avions rapidement convenu d’une heure, et ce serait chez lui que nous passerions la soirée. C’était après tout la meilleure façon de renouer avec la musique, et la musique nous avait servi de rempart pour une suite… Ou en d’autres mots, de prétexte bel et bien concret. C’était plus accessible que mes mots, auxquels je n’avais d’ailleurs plus vraiment consacré de temps depuis mon retour en ville. Et puis, j’espérais vraiment qu’il s’y remette. J’espérais encore voir briller cette lueur de l’amour fou que je lui connaissais pour la musique, et plus ambitieux encore, j’avais l’espoir que cela anime en moi quelque chose de suffisant pour m’aider à voir plus clair dans mon propre brouillard.

Et pour revenir à cette porte qui s’ouvrait tout juste sur son visage, et qui me tirait un sourire beaucoup plus heureux que la véritable humeur que je me trimballais depuis des jours, j’avais l’impression de me commettre. Je ne savais ni trop pourquoi ou comment, mais entrer chez lui avait ce petit quelque chose d’une intimité hautement particulière. Je savais bien que la plupart des gens faisaient ce genre de chose, inviter des collègues à boire un verre ou à partager quelques ragots du boulot un soir de semaine. Mais nous, nous étions différents. Je n’étais pas certain de la façon dont je risquais de me sentir mis devant tous ces faits accomplis ; nous n’étions plus du tout, mais alors nous en étions même à des kilomètres, les deux jeunes adultes à qui l’avenir promettait tout que nous avions été du temps de notre relation. J’aurais presque espéré que cette porte s’ouvre sur le dortoir de l’université, dont les souvenirs m’étaient plus clairs en mémoire que certaines choses que j’avais faites la semaine dernière. Mais enfin, le cours des choses me rattrapait. Je souriais parce que j’appréciais de le trouver de bonne humeur - du moins, j’en avais l’impression.

« Hey… Merci. Ça va, et toi ? » La facilité à laquelle la plupart des gens - moi inclus - répondait par la positive à cette question alors que la réalité pouvait être complètement à l’opposé me fascinait toujours. Je le regardais quelques secondes, mais mes yeux se laissaient attirés par tout ce qu’ils pouvaient apercevoir d’un premier coup d’œil, par ce terrain encore complètement inconnu que représentait sa maison. J’entrais, comme il le suggérait, et aussi parce qu’il aurait été bête de faire autrement rendu à ce stade. « C’est un moment étrange, je dois avouer. » Pendant quelques secondes, j’avais presque redouté de rencontrer sa fille si rapidement... Le manque de familiarité avec les habitudes normales d’une famille me faisait oublier l’heure tardive. Enfin… Non, je ne craignais pas à ce point les enfants. Mais c’était une facette de mon ex que j’avais assimilé mentalement, pas encore dans la pratique. « Tu me fais visiter ? » Je me demandais si j’avais l’air de cet adulte aussi inconfortable dans les manières d’adulte que ce que je ressentais, ou si je me débrouillais suffisamment bien pour que rien n’en paraisse. C’était aussi que… Aiden et moi, ça n’avait jamais été de cet ordre.


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MessageSujet: Re: De tes rêves à mes rêves [PV Greg] Dim 26 Mar - 23:39

Les dernières années avaient été une fugue – non pas celle en do mineur que je me plaisais à composer le soir lorsque les insomnies me trainaient debout bien que j’aurais voulu qu’il en soit autrement. C’était une fugue réelle et poussée par la survie. J’avais établi au fur et à mesure des rencontres quelques petites relations avec autrui. Une amitié par ci, une connaissance de travail par là. Mais rien de véritablement solide. Ce que j’avais vécu avait mis beaucoup plus de ma vie sur pause que ce que j’étais prêt à admettre. Au beau milieu d’un concerto, j’avais cessé de jouer. Mes doigts s’étaient chassé de la si rassurante mélodie.

Honnêtement, je n’étais pas certain de posséder la force de reprendre la mélodie là où je l’avais laissé. Mon appartement avait été reloué. Mes affaires déménagées ici. Ma fille n’avait plus de souvenirs de ce ailleurs. J’avais fui pas obligation plutôt que par volonté. Et j’avais bien conscience que cette soirée, c’était en quelque sorte une trêve, un bref retour dans ce passé que je n’arrivais pas nécessairement à revoir en vis-à-vis parce que j’avais conscience que je ne pourrais plus jamais être le même homme que celui que j’avais un jour été.

Et pourtant, je m’étais senti anxieux de le voir arriver – comme si la seule présence de Greg pourrait vraiment jouer un rôle dans la réduction de mes peurs disproportionnées, dans la destruction de ce barrage qui me bloquait professionnellement à l’enseignement alors que ma véritable passion ne se résumait guère aux gammes et aux arpèges que l’on apprend infailliblement à des étudiants que limité la plupart du temps.

Conscient également du ridicule de cette pensée, je ne pus toutefois réprimer un franc sourire en le voyant sur le pas de la porte comme à toutes les fois où je le croisais dans les corridors de l’école en ressentant un certain sentiment de bien-être en le voyant. Je savais que j’étais ridicule à m’accrocher, ainsi, au passé. Mais pendant un bref instant, je me sentais comme si les dernières années n’avaient été qu’un mauvais souvenir. Une triste et illustre illusion. Machinalement, je répondis à son retour de question : « Bien aussi. » parce que je n’avais pas envie de lui parler des cauchemars, des nuits blanches que ma mine un peu chiffonnée trahissait bien que j’aurais voulu qu’il en soit autrement.

Je lui aurais probablement confié si je n’avais pas eu peur qu’il prenne ses jambes à son cou en sachant ce qui s’était passé et en réalisant à quel point j’avais changé. Nous étions à nouveau le renard et le petit prince. S’apprivoiser prendrait du temps. C’était visible dans cette espèce de gênes qu’il y avait entre nous deux. Une timidité que seul le temps et le changement de nos vie pouvaient expliquer qu’on le désire ou pas. Mais notre propre réalité biscornue me revient au visage lorsqu’il signala que la situation était étrange pour lui. Et j’étais capable de le comprendre. Ce grand nomade qu’il était devenu n’avait pas habitude des plans et son destin l’enlignait probablement vers autre chose n’eut été de la mort de sa sœur. Tout comme ma vie de sédentaire marié ne m’avait pas prédisposé à un veuvage précoce. Cela ne m’avait pas non plus aider à me faire à l’idée qu’il y aurait des gens qui partageraient ma vie après que ma femme soit enterrée depuis plusieurs années déjà. Moi qui m’étais toujours vu comme fluide, je me trouvais beaucoup moins défini par ce trait depuis. J’aimais la routine et les habitudes. Mais j’étais heureux de ne pas être seul ce soir. La porte fermée derrière lui, je rajoutais à sa remarque sur la curiosité de la situation en passant nerveusement une main dans mes cheveux. « Ne t’inquiètes pas. C’est aussi étrange pour toi que ce l’est pour moi. »

Pourquoi je me sentais si timide face à lui ? Peut-être que j’aurais du attendre, refuser… repousser cet élément pour que ma musique naisse un peu en ayant un avis un peu moins biaisé que celui de ma fille de quatre ans à peine qui voulait déjà commencer à toucher mes instruments – et je comprenais maintenant le stress de mon père quand je me rapprochais les mains pleines de glace de ses instruments lors que je n’étais encore qu’un petit pas plus grand que ma fille. D’ailleurs, l’étrangeté de la situation allait de pair avec cet oubli d’un élément de base que tout bon hôte n’oubliait jamais. « Oui… Avec plaisir. Il y a des endroits que je ne pourrais pas te montrer. » dis-je avant de réaliser qu’il y avait probablement un peu de froideur dans mon ton. Avec un petit sourire, je rajoutais comme explication. « Laura dort. »

Dans ma maison, un joyeux petit bazar régnait. Je n’avais jamais vraiment été axé sur le ménage – j’avais certes des phases un peu plus importante que d’autre pour l’organisation de ma maison, mais les nuits difficiles des derniers temps avaient facilement achevé. Ce n’était pas sale. On voyait simplement la vie dans la maison quelque chose d’essentiel pour toute maison qui abrite un enfant en bas âge. Avec un sourire, je rajoutais : « La légende veut que cette pièce soit le salon. Je pense que ma fille en a pris possession pour sa salle de jeu. Mais je dois avouer que c’est simplement plus facile de la surveiller ici pendant que je fais à manger. » Dieu merci qu’il ne mange pas ici parce que s’il voyait mes piètres talents de cuistot, il aurait tôt fait de se moquer de cette déclaration qui visait à détendre l’atmosphère. Le plus grand de la maison était à aire ouverte – je n’aimais pas les espaces clos. Sans les craindre, ils m’étouffaient. Après m’être éloigné vers le fond de la pièce où était situé le frigo et les autres électroménagers. « Il y a une salle d’eau ici – toujours pratique ma foi ! Je peux te proposer un truc à boire pendant que l’on passe dans la cuisine comme ça on pourra poursuivre la visite jusqu’en haut dans la bibliothèque et le bureau qui contient mon petit studio.» Je n’avais pas vraiment intention de lui faire visite la chambre que Noah avait habité pas plus que la mienne.

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MessageSujet: Re: De tes rêves à mes rêves [PV Greg] Sam 8 Avr - 3:49

Je souriais bien plus naturellement que je ne l'aurais cru à l'évocation de la présence de sa fille endormie dans la maison. Laura. Je me souvenais de son prénom, parce qu'il l'avait prononcé lors de notre dernier tête à tête. J'éprouvais beaucoup de curiosité envers ce petit être, parce qu'au fond de moi, je n'avais toujours pas assimilé le fait que la plupart des gens avec lesquels j'avais grandi avaient déjà fait ce genre de chose, former une famille. Je songeais parfois avec une certaine tristesse que ma soeur avait bien fait de ne pas faire des enfants, parce qu'ils se seraient retrouvé orphelins aujourd'hui... Mais en somme, je n'avais jamais vraiment eu l'occasion de développer la moindre relation bien personnelle avec des enfants. Même avec les étudiants du collège, je me sentais parfois gauche même si quelques collègues soutenaient que je ne m'en sortais pas plus mal que ça. J'étais curieux de découvrir cette enfant tout autant que d'être le témoin de l'attitude d'Aiden en tant que père, mais ce n'était peut-être pas une mauvaise chose que ce ne soit pas sur le point de se produire. Je n'étais toujours pas certain de ce que cela donnerait, de tenter de renouer une quelconque forme de lien entre nous. Il y avait peut-être bien déjà suffisamment d'éléments dans la balance pour ne pas en ajouter davantage tout de suite. La perspective d'une amitié avec Aiden me laissait songeur et quelque peu perplexe, je devais bien l'admettre. Je me disais tout à la fois que les années avaient suffisamment passé pour qu'il n'y ait plus d’ambiguïté sur quoi que ce soit, et qu'il y avait justement un trop grand fossé qui s'était créé entre nous. Ce n'était pas seulement la distance, mais les choix. Quelque part en cours de route, Aiden avait choisi que son avenir ne serait pas avec moi. Et moi, j'avais choisi de vivre le mien dans mes valises.

Ce qui se dégageait des pièces qu'il me montrait était d'une nature toute autre que ce qu'on aurait aperçu chez moi, fut été d'une situation où les rôles auraient été inversés. J'étais marqué par le contraste entre nos vies, une fois de plus. J'avais cette étrange manie de ne jamais m'éparpiller, et cela n'avait rien à voir avec une obsession de l'ordre. J'avais une personnalité quelque peu désorganisée, voire bien souvent tête en l'air, mais je n'accordais que très peu d'importance au matériel ou aux lieux physiques. En somme, chez moi ressemblait un peu à un magazine que l'on pourrait feuilleter dans un salon de coiffure, ou de ceux qui veulent vous vendent de bien modernes armoires IKEA. Je ne voyais pas l'utilité de m'installer vraiment quelque part ni d'investir de temps sur la décoration. Chez Aiden toutefois, ce n'était pas un tel souci qui se remarquait un premier, mais tout simplement la vie qu'il y avait entre ces mûrs au quotidien. Je relevais enfin les yeux vers mon hôte après avoir instinctivement balayé la pièce - le salon, donc, à en croire la légende - du regard. J'avais un de ces sourires... attendri, presque. J'étais conscient des nombreuses difficultés qu'il avait traversées, mais j'avais aussi l'impression que cette vie de famille était l'une de ses réussites. Il y avait comme un éclat évident et singulier de fierté, ou tout simplement de tendresse, lorsqu'il parlait de sa fille.

« Je veux bien quelque chose. » Très franchement, j'aurais opté pour un alcool quelconque. Question de détendre l'atmosphère. Non pas qu'elle était tendue, mais j'étais de ces gens à avoir un peu de mal avec les conversations rapides, le « small talk ». C'était un peu aussi l'habitude, sans pour autant avoir un goût si prononcé pour la boisson, car j'avais fait la plupart de mes rencontres dans des bars ou cafés, d'un bout a l'autre du monde. Sauf que je me souvenais aussi que même dans un pub la dernière fois, il n'avait pris qu'une eau pétillante. « La même chose que toi. » Je songeais à toutes ces barrières invisibles qui pouvaient se créer entre les gens, même ceux qui s'étaient un jour tout dit. Aiden était probablement la personne à qui je m'étais le plus ouvert, mais il avait aussi été ma plus grande déception. Ce paradoxe rendait le moment présent d'autant plus compliqué, que je ne pouvais cesser de vagabonder entre mes pensées et notre conversation. Je me faisais sans doute trop silencieux, et lui trop bavard. Mais son rôle d'hôte et la visite guidée qu'il m'offrait justifiait bien des choses, j'étais ravi en un sens que davantage de questions n'aient pas besoin d'être posées.

Peut-être était-ce la raison pour laquelle j'avais tant besoin de le voir, et de l'entendre jouer. La musique était, à mon avis, notre point de rencontre. Je n'étais pas musicien moi-même, mais suffisamment mélomane pour partager sa passion d'une certaine manière. Celle-ci était l'élément avec lequel j'étais le plus à l'aise, dans tout ce qui le concernait. D'une étrange façon, je me sentais concerné. J'avais été là, à l'époque où il y accordait tout ce qu'il avait - temps, dévouement, corps et âme. « Tu ne peux pas dire que tu n'as pas réalisé au moins un de tes rêves. » laissais-je glisser doucement, avec un sourire. Je repensais à cette époque de dortoir universitaire où, Aiden n'avait qu'un désir ; posséder son propre studio, ne plus avoir à s'enfermer dans celui de l'université ou lutter pour se l'approprier aux autres qui lui convenaient. Je me souvenais aussi des voisins de chambre qui n'appréciaient pas toujours d'entendre quelques instruments au milieu de la nuit. Comme si, socialement, il était plus acceptable de laisser entendre quelques expressions d'un plaisir charnel partagé que de simples notes de musique. « Je suis impatient de voir ton antre. » Impatient et curieux, surtout de savoir si nous pouvions encore... partager quelque chose, être amis.

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MessageSujet: Re: De tes rêves à mes rêves [PV Greg] Dim 16 Avr - 2:00

La vie de manière générale évoluait d’une manière très différente selon les moments ou les endroits. Chaque petite décision que nous prenions avait une influence majeure sur le restant de notre vie. Après tout, ce n’était que cela. Une inlassable suite de décision que nous prenions et qui nous amenait d’un endroit à l’autre. Je n’avais aucun doute que si j’avais accepté de suivre Greg hors du Royaume-Uni ma vie aurait été profondément différente. Notre couple aurait-il survécu à une vie de nomades? Aurions-nous eu réussi à percer dans nos arts respectifs si nous nous étions baladés? Si nous nous étions affichés? Après tout… même si le milieu des arts étaient un milieu essentiellement ouvert, la musique telle que je la concevais à grand coup de violon et de piano à queue ne semblait guère ouverte à l’homosexualité. Il y avait aussi cette question de la famille qui se serait poser : aurions-nous choisi de fonder une famille homoparentale en tenant compte de toutes les difficultés qu’engendrait une pareille situation?

La vérité, c’était que je ne le savais pas et que je ne le saurais jamais vraiment. Personnellement, je ne voulais pas savoir. Cela pouvait sembler curieux. En un certain sens égocentrique et axé sur ma propre douleur. Mais à mon âge, je savais que les expériences que l’on vivait nous formait. Elles faisaient de chaque personne ce qu’elle était. Et malgré la douleur que je ressentais, malgré les insomnies, si le choix était à refaire, il n’y avait probablement que très peu d’élément que je changerais dans les décisions que j’avais prise dans ma vie.

J’aurais peut-être pris un chemin différent ce fameux soir où tout avait été chamboulé bien contre mon gré. Mais je me plaisais dans beaucoup des rôles qui m’avaient été confiés. Je me plaisais dans mon rôle de père, dans mon rôle d’enseignant. Et c’était malgré tous le poids que je portais sur mes épaules. Malgré la peur, l’anxiété, les insomnies. Je trouvais le bonheur dans des petits riens du quotidien.

Ceci nous amenait donc à ce soir. Ce soir où malgré tout j’avais l’impression d’être dans une dimension parallèle. Une de ses rares occasions que je pouvais avoir de prétendre que rien ne s’était produit dans ma vie. Cet élément donnait une idée d’atemporalité à cette rencontre parce que j’étais capable en regardant dans le passé de soulever des éléments positifs – des bons souvenirs que je voulais nécessairement souligner. « Ce sera du vin. Mais je te ferais remarquer que nous avons eu une augmentation face à ta dernière visite chez moi. Ce ne sera ni à la bouteille ni dans un très chic verre en plastique. Mais dans un vrai verre à pied. » déclarais-je avec un petit sourire en ouvrant une armoire partiellement dégarnie qui trahissait le peu de fois où je recevais dans cette ville. Je saisis deux des coupes en cristal. Après tout, à vingt ans, nous avions été bien moins regardant sur la qualité de l’alcool que nous buvions (bien que j’eus toujours un faible pour le vin face à la bière) et encore moins pour le type de récipient que nous utilisions pour déguster le dit alcool. « Je suis désolé. Je ne t’offrirais pas de choix. Ce sera du blanc parce que je n’accepte toujours pas de tremper plus que mes lèvres dans du rouge. » déclarais-je avec un regard gentil. Pendant un bref instant, les deux univers, le passé et le présent se superposèrent comme une évidence. Je ne buvais pas de rouge également en raison de sa couleur. J’avais un problème avec le rouge maintenant. C’était à rajouter sur la petite liste de ces éléments qui m’angoissaient et que je savais pertinemment ridicule. Mais les liquides rouges étaient à l’instar des couteaux bannis de ma maison.

Je secouais la tête pendant un bref instant avant de recommencer à parler en chassant pendant un bref instant l’ombre d’idée noire qui m’avait traversé. « Je fais diablement trentenaire comme ça... Je le ferais encore plus si je n’avais pas oublié où j’ai mis le… » constatais-je en fouillant nerveusement dans un des tiroirs de la cuisine en espérant – juste ciel! – qu’il ne remarque pas que dans mon tiroir à couteau et autres instruments « dangereux » l’instrument le plus dangereux après le fameux tire-bouchon que je cherchais était un très inoffensif éplucheur à carotte en égalité avec la terrible paire de ciseaux à fines herbes. « voilà! » fis-je victorieux en sortant le tire-bouchon.

Et je n’étais visiblement pas le seul qui se rappelait de souvenir égarés sur le dos des années. Parce que sa petite référence sur mes rêves réalisés me fit sourire. Après tout, à la faculté, le petit dortoir que je partageais avec Noah avait été envahi par mes deux guitares, mon violon et mon violoncelle. Obtenir un studio pour pratiquer était un enfer digne des douze travaux d’Astérix. Il fallait savoir user de diplomatie, de stratégie et parfois se résigner à accumuler les plaintes des voisins d’appartements qui n’appréciaient pas en fin de semestre que l’on se trouve à répéter une symphonie pour déterminer une erreur de tonalité à quatre heure du matin quelle tragédie! « Le studio est un luxe… comme cette maison d’ailleurs. Et la même chose est vraie pour toi. Tu as voyagé. On a tous les deux réalisés une partie de nos rêves. ». Avec un petit sourire, je pensais à ce qu’il avait vécu et je brûlais d’envie de lui poser une tonne de questions sur les expériences qu’il avait réalisé à l’étranger. Probablement un élément qui venait avec le fait d’avoir une enfant de quatre ans définitivement plus curieuse que ce que je voulais bien admettre. « Et c’est plutôt une obligation ce studio en fait. C’est un luxe nécessaire, cet antre que je te permets gracieusement de découvrir. Ça permet une échappatoire quand je n’arrive pas à dormir. » et je ne jugeais pas pertinent de lui expliquer que ces nuits étaient justement régulières. Que c’était à tous les soirs que je me retrouvais à écrire. De toute façon, quand il verrait les cartables entiers remplis de composition, il comprendrait probablement le rôle salvateur que la musique avait joué dans ma vie depuis que j’avais perdu ma femme. Peut-être s’imaginerait-il que toutes ses compositions étaient le fruit de la petite dizaine d’année qui séparait notre séparation et notre reprise de contact.

Sagement, je l’entrainais en haut après avoir récupérer la bouteille de vin blanc dans le réfrigérateur. Plein de petits détails comme cela nous séparait du temps où nous étions jeunes et probablement un peu plus cons que ce que nous étions aujourd’hui. Après avoir gravi les escaliers sur la pointe des pieds, je l’entrainais vers la pièce dont je poussais la porte. « Voilà. C’est plus vaste que ma chambre dans le temps tu remarqueras. » La pièce était meublée juste assez pour que je m’y sente à l’aise. Un bureau pour composer – parce que je n’aimais pas l’idée de composer directement sur ordinateur. Je préférais écrire à la main avant de venir entrer chacune des partitions à l’écrit, un vieux futon déplié sur lequel j’avais fini plus de nuit que ce que je voulais bien admettre et mes instruments tous bien rangé… C’était la seule pièce de la maison qui trahissait un peu d’ordre. La seule pièce ou je prêtais une attention particulière au ménage. La bibliothèque dans la pièce débordait de classeurs qui contenait des compositions. La tranche indiquant soit la date ou le type dépendant du classement pour lequel j'avais opté selon le mois ou le niveau de fatigue. « Et on voit que c’est la seule pièce que ma fille n’a pas le droit d’approcher sauf pour les fois où je l’autorise. Ceci explique le tapis blanc qui n’est pas à l’épreuve d’une enfant et l’ordre… relatif certes de la pièce. Fin du tour. » déclarais-je avec un petit sourire avant de rajouter gentiment. « Je te sers un verre? »

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MessageSujet: Re: De tes rêves à mes rêves [PV Greg] Dim 30 Avr - 17:38

Franchement, j’étais de ceux à éviter la douleur. Ce n’était pas par lâcheté, mais tout simplement par trop grande sensibilité. J’admirais les gens qui arrivaient à la voir de front. Bien qu’on leur prêtait souvent quelques remarques désobligeantes, et que la société valorisait bien plus l’épanouissement que les difficultés trop longues à surmonter, il me semblait qu’il fallait bien plus de courage pour regarder la souffrance en face que pour la nier. Prenons le deuil, par exemple. La mort de ma sœur avait été l’une des rares épreuves de ma vie. Non pas que celle-ci n’ait toujours été faite que de réussites et de luxes, mais mon chemin s’était tracé sans trop d’encombres. Le seul autre événement marquant en ce sens avait été… cette rupture avec Aiden. Dans un cas comme dans l’autre, j’avais tourné le dos à la douleur pour m’aventurer vers la nouveauté. Les voyages avaient comblé ma solitude et, aujourd’hui, la sensation d’être enfin présent pour mes proches et de jouer au fils dévoué prêt à embrasser une vie de sédentaire pour être un pilier solide de la famille, me faisait parfois jusqu’à oublier le manque de ma sœur. Elle et moi avions beau ne jamais avoir été si proches, il était difficile de concevoir l’existence en l’absence d’une personne que j’avais toujours cru partie intégrante du cours des choses. Mais je jouais volontairement un rôle pour le bien de ma mère, et cela occupait presque tout mon temps.

Il était, par conséquent, beaucoup plus précieux que je n’aurais même su l’admettre, de pouvoir délaisser ma nouvelle image au profit de quelque chose de plus léger. Je n’étais pas homme aux conversations d’usage, mais la présence d’Aiden me reconnectait avec une partie de moi plus authentique, qui désirait ardemment parler de musique ou de littérature. Beaucoup plus que de la succession de ma sœur, pour ne citer que cet exemple. Ce plaisir, je m’en rendais compte, dominait la plupart des autres émotions que cette reprise de contact, et encore plus cette visite à domicile, éveillaient en moi. Le malaise de tous ces changements dans nos vies respectives se dissipait peu à peu. Ce n’était pas faute de constater combien nous étions différents ; je n’aurais par exemple jamais même pensé à garnir l’armoire de mon nouvel appartement de verres à pied. Ces choses m’importaient si peu… Mais j’éprouvais un certain plaisir à reconnaître Aiden malgré tout. J’avais toujours perçu en lui un gout du « bien fait ». Même si notre relation remontait à un temps où il avait cruellement manqué d’espace dans ce que je me souvenais être sa chambre au dortoir de l’université, il y avait toujours eu chez Aiden un gout plus marqué pour la stabilité. C’était peut-être étrange de se baser sur ses verres pour m’en faire une idée, mais ces petites choses me permettaient d’en apprendre un peu plus sur ce qu’il était devenu sans avoir besoin de demander. Chaque chose nécessitait un peu de temps et j’étais conscient de ne pas avoir encore atteint ce point où je me sentirais vraiment à l’aise de parler, ou de demander. Sans doute était-ce encore la chose pour lui, mais il se débrouillait encore à merveille pour jouer les hôtes.

Je haussais les épaules avec un sourire bienveillant lorsqu’il m’expliquait que ce serait du vin blanc, pour lui signifier que je ne lui en tenais pas rigueur un seul instant. Une autre de ces différentes qui n’avait jamais posé le moindre souci entre nous. Après tout, j’avais profondément aimé l’équilibre entre nous, lorsque nous avions été ensemble. Il m’avait alors semblé que les différences, aussi banales soient-elles que le gout des vins, étaient essentielles pour s’épanouir. J’avais toujours aimé les petites particularités d’Aiden, voire ses manies. C’était une des choses qui m’avait charmé chez lui. Il était tout à la fois cet homme simple et posé, mais aussi cet original. Je percevais chez lui quelque chose de bien plus anxieux qu’à l’époque, mais je ne me permettais pas d’y porter de jugement. J’en savais suffisamment pour comprendre que la vie ne lui avait pas fait des cadeaux sur bien des aspects. Je n’aurais pas formulé cela tout haut, parce que j’aurais craint de l’insulter, mais je l’admirais à nouveau. Malgré tout, il affichait une bonne humeur agréable et contagieuse. Malgré tout, il m’accueillait chez lui avec une amabilité qui me faisait beaucoup de bien. J’avais si souvent l’impression d’avoir été vidé par les récents changements de ma vie que je ne savais pas très bien rendre aux autres quoi que ce soit qui fut digne de mention. Je n’étais sans doute pas un collègue très intéressant, et je n’avais investi que très peu de temps à me faire des amis dans cette ville qui était pourtant la mienne. En bref, j’appréciais que la compagnie d’Aiden ne me mette pas la moindre pression sur quoi que ce soit.

« Tu faisais déjà trentenaire à vingt ans. » Lui disais-je en levant les yeux au plafond une fraction de seconde. J’espérais qu’il voyait dans le sourire accompagnant la remarque toute l’affection qui s’y rattachait. Aiden m’avait gardé les pieds sur terre et je l’avais aimé pour cela. Sans lui, je n’étais pas bien certain que j’aurais tenu jusqu’à terminer mes études. J’avais presque envie de lui dire que sur le sujet des rêves réalisés, j’éprouvais presque de la déception. J’avais bien l’impression d’avoir trahi les miens, car même si je les avais vécu sans modération pendant un temps, j’étais revenu et j’avais en quelque sorte renoncé à faire comprendre à ma famille celui que j’étais vraiment, et qui n’était certainement pas homme à devenir enseignant au lycée. Quoi qu’il en soit, je ne voulais pas m’attarder sur ces pensées et j’accueillais la poursuite de la visite de sa maison, vers le studio, avec le plus grand des plaisirs.

Avant de reprendre la conversation, je m’accordais quelques instants d’observation de la pièce et des instruments. Ceux-ci faisaient glisser sur mon visage un sourire tendre. Je n’étais pas en reste avec les souvenirs, mais cet endroit en éveillait encore plus en moi. « Tu composes, ces jours-ci ? » C’était une envie folle qui s’emparait de moi, celle de l’entendre jouer à nouveau. « Oui, volontiers. » Je m’approchais de lui pour prendre l’un des deux verres, que je lui avais laissés entre les mains jusqu’ici. Je regardais le liquide clair versé dans ma coupe, et j’attendais que la sienne soit également pleine avant de lui dire : « Merci. » C’était étrange, comme cet endroit me donnait l’impression d’une intimité entre nous. Non pas celle d’avant, mais tout de même quelque chose de très personnel. J’avais l’impression que toutes les formalités s’éclipsaient enfin, pour ne laisser place qu’à l’authenticité. La passion, telle que la sienne pour la musique, était quelque chose qui me parlait directement au cœur et avec quoi je connectais immédiatement. « J’aimerais t’entendre. Enfin, après ton verre si tu veux. » C’était aussi la première fois où nos regards se croisaient vraiment, plus de quelques secondes. Et cela me faisait ressentir un curieux bien-être et il ne subsistait plus grand chose des appréhensions à mon arrivée chez lui.

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MessageSujet: Re: De tes rêves à mes rêves [PV Greg] Mer 10 Mai - 22:26

L’énergie dans la pièce est curieuse, chargée d’une bien étrange émotion. Mes mains ne tremblent pas lorsque je vais doucement chercher la légère lame pour retirer le plastique qui recouvre le liège de la bouteille. Je sais que ce que je qualifie d’arme, ce qui rend mes mains tremblantes n’a rien pour effrayer ne serait-ce qu’un enfant. Mais ca doit être la première fois que mes mains ne sont pas prises de bien curieux frissonnement alors que je manipule ce qui est classé dans mon esprit plus traumatisé que ce que je veux bien admettre une arme.

Cette généralisation-là, je ne la faisais pas dans cette vie antérieure qui côtoie le aujourd’hui qui se traduit par mes mains tremblantes. Curieusement, je me sens bien, parce qu’il me considère exactement comme celui qui était là avant, l’homme que j’ai en quelque sorte laissé derrière quand ma femme est morte, quand j’ai continué ma vie sans elle. Il se rappelle qu’avec mon amour du classique, j’avais déjà attrapé la trentaine dans cette jeune vingtaine que nous avions partagé.

Ceci aussi me semblait étrange parce que j’avais l’impression que toutes ces nuits entrecoupées de mauvais rêves, tous ces frissons qui m’avaient attendu, toutes ces peurs que je sentais naître en moi m’avaient en quelque sorte rajeuni. Une partie de moi s’était convaincue que les adultes n’avaient pas peur des orages, de la solitude, des couteaux, de laisser leur enfant seul, de perdre ceux qui étaient proche d’eux. J’avais grandi avec cette illusion que d’être adulte c’était justement de ne pas avoir peur.

Et pour une rare fois, j’avais l’impression de l’être dans cette situation. Diablement en contrôle de toutes ses peurs qui normalement me condamnaient à la solitude de ma salle de composition, qui me poussait à éviter les restaurants, les endroits peuplés, les bars, les couteaux, les gens. Je consacrais ma vie à éviter le sujet de conversation, l’évidence au milieu de la pièce. Ma nervosité, mon stress, mon anxiété.

Et pourtant mes gestes étaient, pour une rare fois, précis, une confiance que j’avais rarement depuis des années et qui me faisait… étrange. Une bien curieuse histoire, une situation particulière. Le mythe que j’allais bien, que tout était parfait et que rien d’anormal ne s’était passé. Je retrouvais une étrange confiance en faisant tourner le tire-bouchon dans le liège. Une dizaine d’année plus tôt, j’aurais sans doute fait sans vraiment regarder. Mais la preuve que j’avais changé était dans des petits détails, ce regard délicat que j’eus pour la bouteille en lui prêtant malgré tout une oreille attentive. Il était moins bavard : ça contribuait en quelque sorte à l’ambiance particulière de cette soirée. Je n’avais plus l’habitude de me mettre en avant-plan sur une scène. Mais si après tout, je l’avais invité pour lui faire entendre ce que j’écrivais ce qui voulait sans doute dire me mettre en avant-scène d’une manière qui ne m’était plus coutumière.

Deux verres de vins sont versés. Il est si près que pendant un bref instant, je sens l’odeur de son parfum me chatouiller les narines. Je me surprends presque à bredouiller un « De rien » à son merci qu’il me fait en prenant une coupe. Il me semble étrange presque naturel de prendre une longue gorgée de vin. Je ne devrais probablement pas faire ça. Je bois trop peu depuis le décès de ma femme pour être en mesure de garder les idées claires en prenant une trop grande quantité. Ma gorgée n’atteint pas une folle quantité. Et je sais très bien qu’il me faudrait bien plus d’un verre pour effacer entièrement comment je me sentais. « Je compose, oui. » Mais il me semble que cette réponse n’est pas assez pour expliquer, pour répondre convenablement à la question qui m’a été posé, cette myriade de questions qui réveille un besoin d’exposer mon art que je croyais mort à jamais.

Le sourire se dessine délicat sur mon visage, un peu d’intrigue. « Plus ou moins en continu depuis deux ans et demi… À tous les soirs. Je l’ai dit… ça aide les insomnies. » Je réalise après l’avoir dit qu’une faille vient de se voir dans le masque que je porte. Une faille énorme que je n’avais pas prévu de laisser voir. Celle-là est pourtant difficile à ne pas voir. Les nuits entrecoupées ont laissées des cernes là où l’on les attendait indubitablement. Des traits tirés qui étaient un peu plus pire à cette période de l’année et qui se traduisait l’association de Mars et de la pire période de toute ma vie. Nerveusement, je passais une main dans mes cheveux les ébouriffant un peu au passage. Il me faut une excuse, une manière de dévier la conversation de la discussion que l’on pourrait avoir. Parce que je n’ai pas envie d’en parler avec lui. Pas maintenant parce que j’avais l’impression que ça briserait une partie de la douce magie qui s’était installée entre nous. La solution était devant moi comme une évidence. Parler de musique, détourner l’attention vers autre chose. « J’ai un problème d’harmonique sur le deuxième mouvement de la symphonie sur laquelle je bossais depuis trois mois qui entraine une difficulté de transition dans la pièce. Trois fois rien probablement. Je travaille donc sur des pièces mineures pour l’instant. » dis-je doucement.

Nos regards s’accrochent l’un à l’autre et un curieux frisson parcours ma nuque. Oh! Quelle curieuse sensation. Pendant un bref instant, je m’imagine mes lèvres se presser contre les siennes dans un baiser mi-délicat, mi-violent. Un baiser qui serait à la fois tendre et empreint d’un grand manque d’affection comme pour rattraper ce laps de temps immense qui avait séparer la dernière fois. J’ignore si c’est son regard ou le mien qui cède en premier mais je sais que le mien se retrouve bien vite à aller danser au fond du verre avant de répondre à la demande. « Oui, volontiers… une préférence pour l’instrument ou suis-je le seul maître à bord de cette décision? Et je me doute que la question va faire un peu bête mais… Je joue un truc que j’ai écrit? » Bien sur que je la sais la réponse à la deuxième question. Je sais déjà la pièce que je lui interprète d’ailleurs parce que c’était sans doute le but de cette rencontre de toute façon. Ça… juste… de la musique et du vin. Rien de plus! Pas d’arrière-pensée.

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MessageSujet: Re: De tes rêves à mes rêves [PV Greg] Sam 27 Mai - 2:58

Avez-vous déjà eu cette impression ? Celle d'être consciemment en train de jouer avec le feu et de ne rien faire du tout pour empêcher la situation de chuter vers la catastrophe. Relativisons. Aucune catastrophe n'était présagée. Il s'agissait d'une coupe de vin, deux pour être plus exact, et d'une soirée amicale. De compositions qui seraient partagées, si Aiden m'en faisait l'honneur et le plaisir. De discussion sur le passé, ou sur ce que nous étions devenus. Rien de plus, rien de moins. Mais je savais au fond de moi que c'était déjà beaucoup. La vérité était que je souffrais terriblement de solitude ces derniers temps depuis mon retour au pays et que je n'avais pas investi beaucoup de temps à soulager ce manque. C'est-à-dire que, je n'étais pas le type d'homme à chercher la séduction pour la séduction. Je ne fréquentais pas vraiment les bars dans l'optique d'y faire des rencontres. Même sur un plan amical ou professionnel, je n'avais pas fait de très grands efforts. Au lycée, j'étais bien persuadé que la plupart de mes collègues n'avaient pas encore la moindre idée de mon nom. Cela m'amusait parfois, lorsque je songeais que j'avais probablement des racines plus profonde à Tenby que certains d'entre eux. D'autres fois, ça m'attristait, car le manque qui m'habitait ne semblait pas possible à remplir. J'étais profondément insatisfait de tant de choses et me contenter d'avancer une journée à la fois ne laissait que l'insatisfaction grandissante, au lieu de l'apaiser.

Et puis, il y a avait les mots d'Aiden. C'était pourtant mon affaire, les mots. Mais j'étais étrangement silencieux depuis que j'étais arrivé chez lui. Je préférais lui laisser toute la place. Sa présence me faisait du bien. Être chez lui revêtait une note bien étrange, certes, cela ne changerait pas de si tôt. Mais c'était aussi rassurant et je me sentais apaisé. Tout autour, c'était lui. Un lui bien différent de celui avec qui j'avais partagé mes années universitaire, mais quelque chose qui m'était malgré tout familier. Parmi ses mots, il y avait ces allusions à ses insomnies. Je me contentais d'un regard et d'un bref sourire. Ce n'était pas sujet à plaisanterie, je détestais d'ailleurs savoir que sa vie n'était pas un long fleuve tranquille... Car je savais qu'il y avait aspiré, à quelque chose de stable. À une vie familiale, à un bonheur conjugal. En somme, tout un tas de choses que je n'aurais pas vraiment pu lui offrir pour un tout aussi grand nombre de raisons. Le simple fait que nous étions un couple du même sexe aurait compliqué les choses pour lui. Étrange, non ? Aiden n'était pas le genre d'homme à avoir peur d'assumer ses préférences, mais je savais aussi qu'il avait toujours secrètement rêvé d'entrer dans un cadre de confort. Bref. Je trouvais peut-être bien un certain réconfort dans le fait que sa vie ne semblait pas aussi simple, finalement. C'était quelque chose sur quoi on se rejoignait, ces dernières années et tout particulièrement ce soir où il n'y avait finalement que lui, et moi.

Je ne mesurais certainement pas l'ampleur du drame qu'il avait vécu avec le décès de sa femme. Il ne fallait pas m'en tenir rigueur, car je n'en savais pas tous les détails. Égoïstement, j'étais sans doute plus heureux de la sorte, ayant la possibilité ainsi de nous imaginer une connexion mystique. Après toutes ces années, nous étions à nouveau réunis. J'aimais l'entendre parler de musique. Mon sourire s'élargissait sous le flot de ses paroles, qui me rappelaient combien il n'avait pas tant changé sur certaines choses. Toujours là à s'enthousiasmer, mais aussi à témoigner de son anxiété. Aiden sous-estimait souvent son travail, du moins avant. J'avais presque envie de lui dire que je le trouvais adorable, de ne pas avoir changer sur ce point. Le regard d'Aiden fuyait, cependant. Avec la bonne excuse de devoir me demander ce que je voulais entendre. Je devais bien admettre que... Cela m'importait peu. Ce n'était pas par manque d'intérêt pour la musique ou quoi que ce soit, mais j'étais... absorbé par autre chose. Absorbé par le danger potentiel de toute cette situation.

« Joue ce que tu veux. » Lui disais-je, en réalisant au même moment où je prononçais ces mots qu'il aurait facilement pu interpréter cela comme de l'indifférence de ma part. C'était pourtant bien loin du compte ! Je me reprenais donc. « Joue moi... quelque chose qui corresponde à ton état d'esprit, à la façon dont tu te sens. Et c'est encore mieux si c'est toi qui l'as écrit. » Bien entendu, j'étais là pour entendre ses compositions, c'était écrit dans le ciel depuis le début de l'échange. Et puis, je savais bien que je jouais à nouveau avec le feu en faisant une telle proposition. Je ne savais pas très bien ce qui me motivait d'ailleurs, je laissais simplement le sentiment de l'instant prendre le pas sur toute once de rationalité. Je détestais être l'adulte responsable auquel je jouais depuis des semaines.

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MessageSujet: Re: De tes rêves à mes rêves [PV Greg] Lun 5 Juin - 1:44

La musique avait toujours occupé une place de choix dans mon petit univers. Mes parents avaient fait de leur passion leur métier. Tant pis pour la richesse monétaire. Culturellement et humainement, nous étions riches. Mes parents préféraient notre petite maison envahie par les instruments face à plus grand mais moins garni de différents instruments. J’avais appris à lire la musique avant d’apprendre à lire. J’avais appris à écrire sur des partitions avant d’apprendre à bien m’exprimer et débattre de mes opinions. Certes, mes parents n’étaient pas traditionnels. Mes collègues d’université avaient grandi avec les groupes des années soixante-dix à quatre-vingt-dix. J’avais grandi bercé par Mozart, Chopin, Bach… J’avais grandi dans un monde musicalement dépassé mais qui était à la base de toute formation.

C’était logique que la composition devienne mon moyen de panser mes plaies. La musique était une partie de ma personnalité, des racines. Adolescent, je ne parlais pas beaucoup. Timide et caché derrière les nombreuses heures de composition. Noah m’avait fait sortir de ma grotte, de mon silence. Il y avait eu la littérature, les mots purs. Mais leur attrait n’était jamais le même que celui d’une mélodie. Les mots ne se trouvaient pas nécessairement caché dans l’environnement naturel qui nous encerclait. Parce qu’ils étaient une convention crée par les hommes. Et même si l’écriture de la musique était une affaire similaire – une convention, un ordre purement établi par une élite… il n’en restait pas moi qu’elle était présente partout dans le monde qui nous entourait. Dans le chant des oiseaux. Dans le rire d’un enfant. Dans les paroles que l’on disait. Dans le ressac des vagues contre les rochers. Dans le vent. Dans un orage. Dans les peurs. La vie était musique. Et la musique ne connaissait aucune limite culturelle – pas de barrière de langue. Elle transmettait des émotions à l’état pur.

Les émotions, là était le point. La base. J’avais parlé aujourd’hui. Une tonne de mot. Mais peu de véritable mention à comment je me sentais vraiment. Des mentions de ses nuits courtes. Mais pas de mot à vraiment poser sur comment je me sentais. J’avais même menti en disant que j’allais bien. Parce que j’allais au jour le jour. J’allais doucement. Un petit pas à la fois incapable de regarder la grande image sans maintenant prendre peur.

Mes lèvres étaient sur la coupe et j’étais en train de boire une gorgée lorsqu’il me demanda ce que je redoutais probablement un peu au fond de moi. Jouer ce que je ressentais. Lui offrir mes tripes en un certain sens sur une partition. J’avalais probablement un peu trop vite l’alcool que j’étais en train de boire. Une partie de moi avait peur de ce que j’étais pour sortir. J’étais capable de visualiser certaines de mes partitions que j’allais chercher en silence. J’hésitais pendant un instant pour l’instrument. Ma main passa sur un cartable d’une couleur et un second d’une autre couleur. Piano ou violoncelle? Mon hésitation ne dura pas nécessairement très longtemps. À mon souvenir, il préférait également le violoncelle mais je n’en étais pas certain.

Après avoir fouillé pendant un instant dans le cartable, j’en sorti une partition que j’installais sur le lutrin. Je finis le verre de vin avant d’aller chercher mon violoncelle de son support et de tirer une chaise pas trop loin de lui ni du lutrin. Une partie de moi espérait qu’il ne remarque pas mes mains qui tremblaient légèrement lorsque je pris l’archet. J’aurais aimé pouvoir lui dire que la pièce qu’il allait entendre avait un titre. Mais la vérité, c’était que beaucoup de mes pièces comportait maintenant des dates en place de titre tant la composition prenait une place importante dans ma routine quotidienne. Au même titre que ce café qui laissait pratiquement son odeur sur ma peau dépendant des saisons. Je choisis de ne pas dire le titre, parce que j’avais choisi une de ces dates symboliques du dernier mois. Trois anniversaires nous séparaient de cette date.

Un respire et je plongeais dans ce vide en me lançant dans ce qui me semblait plus difficile que le flot de parole presque continu qui m’avait caractérisé. La pièce commençait douce et délicate. L’archet frôlant à peine les cordes dans un mouvement presque sensuel et délicat. Lentement mais surement, le rythme montait. La tempête se dressait comme un orage. Une montée dans l’harmonique qui se traduisait par cette impression de désordre. Cette tempête qui m’habitait continuellement depuis trois ans. Un curieux sentiment de culpabilité que je traduisais par cette colère que je n’arrivais pas nécessairement à exprimer convenablement – la rage d’être celui qui survit mais sans réellement survivre. D’être celui qui reste. J’avais fermé les yeux pour ne pas qu’il voit probablement cette petite lueur de folie. Venait la peur qui se dessinait par des gestes brusques et graves. J’ouvris les yeux un instant en espérant qu’il ne capte pas que mon cœur débattait dans ma poitrine. Mon regard capta le sien pour une deuxième fois dans cette soirée alors que la tristesse s’installait dans les mouvements amples. Mais il me semblait que la tristesse était ici mêlée d’une délicate impression de tendresse, d’amour qui subsistait. Peut-être parce que mes yeux étaient accrochés sur les siens. Après avoir calmé mon cœur qui débattait dans ma poitrine et mes mains qui tremblaient, je déposais l’instrument. Pas de salut formel.

Je ramassais la bouteille de vin et m’en versais un deuxième verre avant de les déposer sur la table basse à côté du canapé où Greg était assis. Nerveusement, j’essuyais les larmes qui perlaient dans le coin de mes yeux avec ma manche en espérant qu’il ne les remarque pas mais j’oubliais sans doute celles qui avaient roulés le long de mes joues – un geste que je reprochais parfois à ma fille sans réaliser que c’était de moi qu’elle le tenait. Je remontais mes jambes sur le canapé comme je faisais il y a longtemps dans une vie antérieure. Ma voix ne fut qu’un murmure : « ... ça ressemble plus ou moins à ça… » et je ramassais la coupe pour en boire une longue gorgée.

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MessageSujet: Re: De tes rêves à mes rêves [PV Greg] Sam 10 Juin - 4:18

Étais-je égoïste, de vouloir tout oublier ? Oublier la peine, oublier les échecs, ce qui ne se déroulait franchement pas comme nous l'avions prévu, espéré ? Nous avions cela en commun, Aiden et moi. Nos vies se croisaient à nouveau par ce qui me semblait être un énorme hasard et nous étions face au constat que rien ne s'était déroulé tel que prévu... Oh, il y avait certainement des réussites. Je n'avais pas encore rencontré sa vie, mais j'avais bien capté la façon dont il en parlait. Tous les pères n'étaient-ils pas ainsi amoureux de leur princesse ? C'était un sentiment qui m'était difficile à comprendre dans sa profondeur, mais qui me semblait ce qu'il y avait de plus naturel au monde. Sa fille était une grande réussite. Ce studio l'était aussi, comme je l'avais souligné un peu plus tôt. Et de mon côté, j'avais toutes ces villes visitées en souvenirs qui m'avaient suffisamment enrichi pour pouvoir écrire et vivre de façon relativement confortable dans mes valises au travers du monde. Malgré tout, il y avait toutes ces ombres au tableau. Tout ce qui faisait en sorte que nos fronts s'étaient creusés de quelques rides, que l'inquiétude se peignait trop facilement sur nos visages à moins que ce ne soit une petite touche de lassitude. Je ne comptais plus les matins où je me levais du lit sans avoir vraiment de but, juste parce qu'il fallait le faire. Comprenez-moi bien, j'étais un amoureux de la vie et malgré toutes les embûches récentes, je ne baignais pas du tout dans un état dépressif. Je voyais encore de belles choses autour de moi. Mais rien de ce qui avait pu habiter mes derniers jours n'avait d'égal le sentiment que je ressentais en entendant à nouveau sa musique.

Il me semblait que depuis mon entrée chez lui, j'avais attendu ce moment. Où les barrières naturelles du temps finiraient par vraiment s'envoler, pour nous plonger dans l'agréable illusion que nous y étions encore... dans ce dortoir d'université où nous avions partagé tant de choses et un petit bout de nos vies. Combien de fois lui avais-je, à cette époque, demander de sortir le violoncelle ? Combien de fois lui avais-je passer la remarquer que jouer de cet instrument, me faisait tout de suite penser à l'étreinte sensuelle d'un corps ? Et ce son, j'aimais tellement le son du violoncelle. C'était donc sans mot que je l'écoutais jouer la composition de son choix. Malgré la tristesse qui teintait les notes, j'éprouvais une douce euphorie. Malgré le tumulte des staccatos, je me laissais bercer. Nul besoin de réfléchir, d'intellectualiser ou de poser des mots sur ce qui s'en privait à merveille. Dans cette nouvelle vie que j'avais ici, il y avait tant de fois où je me sentais obligé de réagir, obligé de parler. Je pouvais en cet instant seulement écouter et ressentir.

J'aurais d'ailleurs voulu que la musique ne s'arrête pas. Cette connexion, entre moi et sa musique, entre mon regard et le sien, me faisait le plus grand bien. Certes, elle n'éveillait pas seulement des émotions positives. Je reconnectais doucement avec ce qui avait été l'un des échecs les plus difficiles à surmonter... Je n'avais jamais souhaité considérer notre rupture comme un échec, mais il avait été difficile de ne pas le ressentir ainsi les mois l'ayant suivi. C'était il y avait tant d'années, mais c'était soudainement si frais à ma mémoire et à mon coeur. Je regardais Aiden déposer le violoncelle sur son flanc à ses pieds et je clignais des yeux, sans un mot pour briser ce silence. Je réalisais petit-à-petit les émotions vives qui l'habitaient également, et qui échappaient à ma compréhension. Une partie de moi aurait voulu avoir un accès à celles-ci et le flou dans lequel je me trouvais me faisait me sentir comme un étranger, après avoir pourtant éprouvé à nouveau cette percutante connexion entre lui et moi.

Je le regardais se verser une deuxième coupe de vin et mes yeux allaient se perdre quelques instants dans le contenu du mien, que je n'avais qu'à peine bu à moitié. Aiden prenait place à mes côtés et j'ignorais toujours ce que je devais lui dire. Il devait le savoir. Forcément, il avait senti, à quel point sa musique m'avait fait du bien. Pourtant, une part de moi ne pouvait se résoudre à le lui témoigner en mots, car il était... brisé, parce qu'il venait d'exprimer musicalement. J'étais par conséquent, quelque peu confus. La question se posait à nouveau : étais-je égoïste ? Je réfugiais ma coupe dans une main, celle qui était opposée à la présence d'Aiden à mes côtés. Et l'autre main, je venais la poser sur la sienne, qui était également libre. Il ramassait sa coupe de son autre main, et j'espérais que ce n'était pas à cause de ce geste. Mon cerveau s'embrumait, il me semblait... Et pourtant, je ne reculais pas. J'avais le sentiment d'être exactement où je devais me trouver, au moment précis où je devais le faire.

« Aiden... » commençais-je doucement. « Je suis navré que tu te sentes ainsi. » J'avais toujours trouvé ces paroles creuses. Un peu comme comme ces condoléances que l'on servait allègrement lors de funérailles. Mais ces paroles étaient nécessaires. Nous exprimions notre solidarité de cette façon, et même si cela pouvait sembler superficiel, nous avions besoin d'être soutenus pour éviter de sombrer. « Je suis désolé aussi... Parce que malgré tout, j'ai trouvé ta musique magnifique. » Lui confiais-je à demi-mot. À vrai dire, j'avais tout juste remarqué que ma voix était devenu un chuchotement, alors que je tournais doucement la tête dans sa direction pour trouver son regard encore légèrement embrumé de cette infinie tristesse et des larmes ayant perler sur ses joues rougies.


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MessageSujet: Re: De tes rêves à mes rêves [PV Greg] Mer 28 Juin - 6:01

Les émotions diverses et puissantes étaient dans la base de plusieurs œuvres auxquelles nous pouvions être exposé au courant de notre vie. Prenons les paysages peints par Van Gogh à titre d’exemple, la peinture épaisse, les mouvements saccadés de son pinceau et les tourbillons si caractéristiques de son style trahissaient plusieurs éléments au niveau de sa santé mentale et des sentiments qui l’habitait à ce moment précis. Il y avait une détresse, une fragilité et un tourbillon dans ses toiles qui étaient tous autant des marqueurs criants de ce moment présent dans lequel on s’inscrivait. Ce qui était vrai en peinture l’était tout autant en musique, en théâtre, au cinéma, en bande dessinée et en littérature. Rares sont les artistes dont on peut dissocier entièrement l’œuvre de la personne qui se cachait derrière. Et je n’étais pas différent des autres.

Enfant, je n’avais pas connu une véritable douleur. J’avais grandi dans une maison modèle, avec des parents aimants. J’avais donc rédigé plus de chansons heureuses que de triste. Ma frustration d’adolescent s’était transmise à mes œuvres qui dataient de cette époque. Créer, pour moi, c’était justement d’être en mesure de mettre mes tripes sur la partition, de mettre l’espèce de tempête qui m’habitait. Les dernières années, à partir du moment où j’avais recommencé à composer, avaient été marqué par la tornade d’émotion à la fois douce et destructrice. Une partie de moi craignait qu’en allant chercher l’aide dont j’avais besoin, la composition me soit maintenant impossible.

J’étais donc prisonnier d’un puit sans fond et je commençais à me rendre compte du niveau de fatigue que j’avais accumulé. J’étais épuisé parce que je me battais constamment pour flotter à la surface d’une marre d’émotions, pour que la seule chose qui soit visible dans mon apparence soit un semblant de normalité. Je savais bien jouer la comédie : ce faux bonheur, cette assurance presque timide…

Sauf que ce soir, j’avais joué devant quelqu’un. J’avais accepté de baisser ma garde en prenant mon instrument devant lui. Accepté d’exposer ce qui se cachait sous ce masque : la vulnérabilité, la douleur vive, les larmes… J’avais conscience des risques encourus. Je sentais pourtant la chaleur des larmes, leur amertume avec une certaine honte. Il me fallait du vin, moi qui cédais que très rarement à des comportements de ce type. J’étais mesuré, calculé : j’affichais tout ce qui était nécessaire mais jamais cette vive brisure que mes larmes trahissaient. Ne rien ressentir était essentiel.

Greg n’était justement pas une bonne méthode pour me couper entièrement de mes émotions, il y avait un passif lourd associé à notre relation : des milliers de baisers, des soupirs d’extase, de la tendresse… Beaucoup trop pour que je fasse comme s’il était Liam ou Aloy qui m’avaient toujours connu avec ces fissures que je laissais parfois entrevoir. Je tentais vainement de ramasser les miettes de mes émotions quand il se rapprocha un peu pour déposer doucement sa main sur la mienne. Je la fixais probablement pour ne pas aller chercher ses yeux avant d’être certain que je ne serais pas en train de m’effondrer au sol en mille et une miette.

Ce fut le son de sa voix qui fit en sorte que ma tête se leva pour aller chercher ses yeux – un réconfort essentiel. Il avait aimé, sans nécessairement comprendre ce que j’avais traversé. Il ne s’était pas enfui en courant devant ce que je percevais comme des émotions brutes. « Merci beaucoup d’apprécier. » murmurais-je en faisant doucement glisser nos mains l’une contre l’autre de telle sorte que nos doigts se trouvent à s’emboîter les uns dans les autres. C’était étrange qu’après tout ce temps et tout ce qui s’était passé nos doigts s’enchâssaient encore à la perfection – peut-être parce que c’était ma main droite et pas la gauche qui portait encore mon jonc parce que je n’arrivais pas à tourner la page sur ma femme. Et il y avait ses yeux sombres, une nuit dans laquelle on pouvait se perdre.

Ce ne fut pas mon habile acte qui choisit l’action qui suivit. Non! Instinctivement, ma main gauche redéposa ma coupe sur la table avant de se glisser doucement dans sa nuque, jusqu’à la racine de ses cheveux. Délicat, une main-papillon qui l’effleura à peine comme s’il était l’un de ces trop nombreux instruments de musique qui se trouvait dans cette pièce comme une des composantes de ma pagaille personnelle. Ma main se fit quelque peu insistante alors que je le ramenais vers moi pour le coller. Nos nez se frôlèrent presque dans un mouvement rapide… si rapide. J’étais capable de sentir la légère acidité du vin dans son haleine qui s’était rajouté à l’odeur de son parfum. Nos deux haleines se mélangèrent en une fraction de secondes. L’hésitation fut brève : des millièmes de secondes à peine. Mais ce fut mes lèvres qui allèrent doucement se poser sur les siennes. Le baiser était violemment doux. Pour une rare fois, l’éternelle inquiétude qui vivait dans ma tête comme une seconde nature se tut entièrement. C’était si peu présent que je n’avais pas envie que ça se finisse sur le coup. Cette embrassade n’avait rien pour rappeler notre première fois : j’avais l’assurance d’un homme de trente-deux ans, presque trente-trois… pas celle d’un jeune homme de vingt ans tout juste. Ma langue glissa jusqu’à aller chercher la sienne, danser avec elle, explorer sans tabou, sans honte, sans peur.

Mais lorsque je m’imaginais ma main descendant doucement vers sa chemise pour en défaire doucement les boutons sans que mes lèvres ne quitte les siennes, l’effet me fit comme une douche froide. Accepter de l’exposer voulait dire s’exposer à me faire subir la même chose. Ça je n’étais pas prêt. Avec un homme autre, avec quelqu’un qui ne m’aurait pas connu avant, ça aurait probablement été plus facile. Mais son corps m’était familier, du moins assez pour que je sache l’apprécier à sa juste valeur. Je me reculais quelque peu en rougissant. « hum… Je… hum… pas… » mais qu’est-ce que je ne pouvais pas faire? La culpabilité venait de m’envahir d’un coup sec. L’embrasser? Non! Ça, j’en étais capable et je le savais. Prendre le risque de me laisser glisser dans ses bras? C’était définitivement cela. Je ne pouvais pas perdre les souvenirs – je n’avais qu’eux et ma fille comme attache dans le monde. Les deux m’étaient nécessaire pour mon bon fonctionnement. Je repris ma coupe et avalais le fond d’un trait en retournant à fixer ses mains.

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MessageSujet: Re: De tes rêves à mes rêves [PV Greg] Lun 10 Juil - 3:52

Nous cherchons tous le réconfort. Ou le confort, tout simplement. J’étais même prêt à dire, parce que je le croyais sincère, que si nous n’avions pas besoin de toutes ces petites choses chacune à leur tour selon les évènements de la vie - d’encouragements, d’un sourire le matin, d’un regard complice au boulot, d’une tape dans le dos après un bon coup ou des grands efforts -, nous serions des êtres bien plus solitaires. Cette façon de voir les choses me venaient probablement de ce que je ressentais au plus profond de moi-même, depuis toujours. J’aimais la solitude. Oui, vraiment, j’avais toujours eu l’impression que mes plus belles réussites provenaient de ces fois où j’avais su en tirer profit. En voyage, je n’avais pas eu à faire de compromis pour quiconque. J’avais choisi chacune de mes destinations selon les envies du moment et les rencontres, sans ressentir forcément d’attaches sur le long terme malgré quelques personnes plus marquantes que d’autres. C’était aussi durant cette période que j’avais su écrire mes bouquins. J’avais été en complète phase avec moi-même, à l’écoute de mes besoins et prêt à satisfaire mes rêves et ambitions de toujours. Mais, il fallait bien un mais. Voire plusieurs. Mon quotidien n’avait plus rien à voir avec toute cette période de ma vie où j’avais eu une telle sensation de liberté. J’avais donc à nouveau besoin de réconfort. Et j’étais sans doute bien peu subtil, de par mes mots ou mes gestes. Le pire dans tout cela, c’était que je n’avais pas forcément en tête qu’il se passe quoi que ce soit. Une part de moi recherchait une réponse à ce mal que j’avais au creux de la poitrine, ce manque. Mais une autre, plus rationnelle, voyait les risques. Aiden ne pouvait être une simple amourette de réconfort. Aiden représentait à lui seul les plus beaux souvenirs que j’avais. Il était aussi mon collègue au lycée, mon seul repère, car je peinais à me faire à l’enseignement.

Si l’on m’avait demandé de façon théorique, d’ailleurs, j’aurais répondu que non. Qu’il ne pouvait se passer quoi que ce soit entre nous. Ma main sur la sienne, le volume de ma voix qui s’abaissait pour laisser cette conversation ne devenir que murmures… Ce n’était pas pour qu’il se passe quelque chose. Enfin, pas vraiment. C’était parce que j’avais décidé de ne pas lutter. Nous avions un passé et quelque chose en nous ne l’avait pas complètement oublié, malgré les années passées et les expériences qui avaient été faites chacun de notre côté, l’un sans l’autre. Pourtant… Pourtant, je ne résistais pas quand je sentais sa main sur ma nuque. Je ne résistais pas parce qu’une partie de moi, que j’avais forcée au silence sans doute depuis tout à l’heure où l’atmosphère avait pris une drôle de tournure entre nous par souhait d’être raisonnable, désirait savoir quel effet cela ferait. Je le laissais faire. Il y avait cette pulsion intempestive en moi, qui aurait pu me pousser à prendre l’initiative. Seulement, non. C’était Aiden. Je n’étais pas au fait de toutes ces choses qui le tracassaient, mais je le connaissais suffisamment bien pour avoir pris conscience de leur existence et de l’immensité de la place qu’elles prenaient dans sa vie. J’avais lu l’émotion la plus vive dans ses yeux, après qu’il ait joué. Je désirais ardemment goûter ses lèvres à nouveau, même si je n’avais de cesse de me répéter que mon cerveau devait être embrumé par l’alcool où la tristesse des dernières semaines pour laquelle j’étais dans le plus grand des dénis, mais je ne faisais rien… Ce fut lui qui vint chercher les miennes. Cette simple pensée me faisait frissonner de plaisir. Aucune explication rationnelle ne pouvait justifier cela, ni le comportement ni l’émotion et le plaisir qui s’y associaient. C’était absolument une mauvaise idée, mais je m’en fichais plus qu’éperdument.

Trop tôt, il se séparait de moi. Je flottais encore un peu dans ce temps qui s’était arrêté et qui m’avait semblé alléger tous les maux du monde. J’ouvrais les yeux pour poser mon regard sur lui et cet air terriblement embarrassé qu’il me servait. « Ce n’est rien. » Et c’était faux de le dire. Pendant quelques secondes, j’étais vexé. C’était un sentiment étrange, parce que je ne lui en voulais pas le moindre du monde. Ni de m’avoir embrassé ni de… le regretter ? Car je savais tout autant que lui que c’était déraisonnable. Malgré tout cela, impossible pour moi de ne pas être déçu, qu’il n’ait pas ressenti la même chose. Après tout, Aiden m’avait blessé en choisissant de faire sa vie avec une autre. Nous n’étions pas parfaits, mais nous étions ce que j’avais aimé le plus. Je baissais les yeux quelques instants, mitigé. J’étais quelque part entre l’inconfort, l’agacement et le besoin de parler. Aiden s’attaquait au contenu de sa coupe, et je ne pouvais m’empêcher d’avoir les yeux rivés sur lui, même si je faisais mon possible pour me convaincre de cesser de le regarder de la sorte. « Mais ce serait te mentir que de te dire que je n’ai pas eu envie que tu m’embrasses. » Était-ce l’alcool, ou l’engourdissement du baiser, toujours était-il que je n’avais pas envie de me taire. Pas envie de prétexter que ce n’était rien, comme je l’avais insinué une seconde avant. J’étais tout de même dans la retenue, parce qu’il y aurait pu y avoir des mots plus violents. Comme le fait que j’étais en train de brûler d’un désir qui m’était presque devenu étranger. Ce n’était pas simplement charnel, même si bien sûr, l’envie de le toucher n’était pas absente en ce moment. C’était une envie de proximité, bien plus spirituelle. Envie de sentir qu’il en avait envie, lui aussi.

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MessageSujet: Re: De tes rêves à mes rêves [PV Greg] Sam 19 Aoû - 1:40

Se perdre dans les bras d’un autre. N’était-ce pas l’une des plus belles choses que la vie pouvait nous donner? J’aurais pourtant voulu pouvoir nier ce besoin d’aimer, de me sentir aimer. J’avais de la difficulté avec l’apparence de mon corps depuis ce fameux soir. Les rares amants que j’avais eu depuis le début de mon veuvage n’avaient pas vu mon corps nu dans une lumière aussi crue que celle qui régnait dans la pièce immaculée : leur bref passage d’une seule nuit tout au plus deux ne venait pas avec un souvenir lointain d’un corps qui n’était pas meurtri. Mais il y avait toujours des questions que j’avais pu élider d’un haussement d’épaule pour combler ce besoin viscéral. Noah avait été unique parce que je n’avais pas eu de questions du tout…

Était-ce donc la source de ce malaise que je ressentais en sentant ce nœud au creux de mon ventre en embrassant Greg. Il avait un jour su me faire sentir beau… Plus que beau… Il m’avait fait me sentir désirable et aimé. Quelque chose que je n’associais plus à ma peau blême qui ne voyait que rarement le soleil, à cette mine fatiguée que mes nuits me faisaient trainés, à ces ridules naissantes que la trentaine avait amenées dans ses valises et à ces marques que la vie m’avait laissées. Je ressentais le besoin de boire encore malgré le verre maintenant vide qui gisait dans ma main. Peut-être que juste assez pompette, je serais capable de faire taire cette voix que j’entendais et qui réussissait à me convaincre que je ne pouvais pas être aimé physiquement par un autre homme.

Ma conscience toutefois me rassura que je n’en avais pas besoin… Je ramassais le courage nécessaire de remonter doucement mes yeux vers les siens. Son regard si sombre me fixait avec une intensité que je peinais à décrire quand je le croisais si bien que je ressentis une espèce de frisson qui me parcourut l’échine lorsque sa voix traduisit ce que ses yeux semblaient dire. Cet instinct que je sentais au fond de mon ventre prit le dessus sur ma tête raisonnable qui me dit que ce n’était pas une bonne idée : je m’entendis murmurer : « Je… pourrais très bien recommencer. Ce n’est pas l’envie qui me manque. »

Je m’en voulus encore d’avoir frôler cette annonce presque simpliste – il y avait même une assurance que je ne me rappelais plus jamais avoir eu dans ce genre de relation depuis des mois et des mois. C’était pourtant de courage dont je manquais. Je redéposais ma coupe sur la table basse pour me rapprocher de lui et flirter encore doucement avec ses lèvres : je me découvrais tour à tour l’agace et l’aguiché, dans un curieux jeu. Cette danse lascive en un sens aidait, parce qu’il n’y avait plus l’anxiété normalement si présente dans ma tête… Il n’y avait que des mouvements à demi-calculé, des exquises de baisers qui pourraient aisément nous amener beaucoup plus loin si je ramassais le courage d’aller les chercher pour une seconde fois.

Ce ne fut pas très clair lequel des deux céda en premier à la tentation de l’écrin rose de l’autre. Mais chose certaine, nous nous retrouvâmes de nouveau, lèvres contre lèvres. Ce n’était pas comme les baisers gloutons d’un amant d’un soir. Ceux-ci étaient empreints d’une tendresse, d’une douceur indéniable… réveillant le fait que tous les deux en quelques sort nous avions soufferts dans les dernières années, que nous ressentions tous les deux en un sens une absence dans notre vie qui nous avaient marqué. Même si la douce étreinte était d’abord pratiquement chaste, la raison qui me dominait finit par se taire alors que mon poids se glissa sur lui et que je me retrouvais à l’enjamber doucement. Des souvenirs de ces enchevêtrements de jambes où deux virilités venaient nécessairement à se frotter l’une à l’autre dans une envie pressée de jeunes adultes remontaient aisément à ma mémoire dans cette position. Ma main glissa délicatement jusqu’à ces cheveux pour s’y blottir ébouriffant au passage l’épaisse toison sombre. J’aurais voulu réduire à néant l’espace qui nous séparait mais sans aller plus loin qu’un baiser, un éternel baiser délicieux.

Pourtant, ce n’est pas faute d’en vouloir plus. Une partie de moi oublie pratiquement que je n’ai plus vingt ans en venant doucement glisser cette main gloutonne de sa peau glisse contre sa chemise pour y attaquer un bouton d’un geste presque affamé. Mon index se glisse contre son torse… Mais je finis par regagner la conscience et éviter ce qui aurait nettement pu être une tragédie. Une légère pression pour l’éloigner. J’avais le souffle court d’un simple baiser mais qui avait tellement plus dans son sens que des lèvres doucement pressées l’une contre l’autre. Mes joues étaient rougies par la tornade d’émotions. « Je… Ce ne serait pas raisonnable d’aller plus loin. ‘suis pas prêt… », murmurais-je doucement. Malgré tout, malgré ma propre suggestion de se limiter à ce petit bout de peau et à ses lèvres, je ne voulais pas retirer mon poids qui devait peser sur ses jambes. Mon corps était prêt, mais ma tête n’était pas prête à s’aventurer sur un tel trajet.

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ARRIVÉE À TENBY : 12/09/2016


ÂGE DU PERSONNAGE : 34 ans
CÔTÉ COEUR : Libre comme l'air
PROFESSION : Écrivain
REPUTATION : Gregory est fraîchement débarqué en ville et les raisons de son arrivée ne sont pas méconnues des habitants. C'est le garçon qui est venu soutenir sa famille après avoir perdu sa soeur et il fend les coeurs. Si certains se souviennent encore de lui, beaucoup peinent à le reconnaître depuis tout ce temps. On se demande surtout ce qu'il a bien pu devenir... Et lui-même se trouve quelque peu déboussolé.



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MessageSujet: Re: De tes rêves à mes rêves [PV Greg] Sam 2 Sep - 1:56

Je ne voulais pas être raisonnable. Cela avait placardé mon existence d'un ennui terrible depuis des semaines, des mois déjà. Vivre dans un appartement, payer le loyer et les factures de téléphone, préparer les cours, me rendre au lycée selon un horaire établi à l'avance. Je n'étais pas fait pour ce mode de vie. Ceux qui l'étaient, ou qui s'en accommodaient, pensaient souvent qu'il s'agissait d'un refus de grandir. Je leur répondrais que cela n'avait rien à voir, que la maturité et l'âge adulte ne reposait pas sur des paramètres préétablis : mariage, boulot, métro, dodo, loyer, gosses. Je n'étais pas même certain d'être fait pour cette notion de couple telle qu'on l'entendait traditionnellement. Je n'étais pas fait pour quoi que ce soit qui demandait de se ranger gentiment sans s'autoriser de rêver. Cela n'avait rien à voir avec la fidélité, car je pouvais très bien m'imaginer ne partager mes jours, mes draps et mon coeur avec une seule et même personne. L'amour était le seul domaine dans lequel je savais me montrer exclusif. Du reste, j'aimais être libre. Découvrir de nouveaux horizons, goûter de nouvelles saveur, tenter de nouvelles expériences. Qu'était la vie sans un peu de prises de risques ? J'avais besoin de ce sentiment d'exaltation, cette impression qu'il y avait toujours quelque chose de nouveau à accomplir ou à atteindre. Ce n'était pas que je n'appartenais nulle part, c'était que j'appartenais partout. La souffrance qu'il m'en coûtait de rester à Tenby pour les parents m'avait toujours semblé naturelle à endurer, le genre de compromis que toute personne sensible ferait pour le bien commun. Ma famille comptait pour moi. Je voulais faire ce qu'il convenait de faire, même si je n'avais jamais adhéré à ce genre de réflexion auparavant.

Passer la soirée avec Aiden me ramenait tout à la fois à ce jeune adulte, étudiant d'université, que j'avais été au long de notre relation. J'éprouvais le même vertige, cette hâte d'un avenir que je ne connaissais pas et qui enivrait déjà malgré tout. J’étais aussi tourmenté par la certitude que ce qu’il disait était vrai : ce n’était pas raisonnable. Nous avions un passé et c’était précisément ce qui compliquait les choses. J’avais profondément envie de tout oublier, de poser mes mains sur ses hanches et de l’attirer à moi pour goûter encore et encore ses lèvres, pour me sentir apaiser par sa chaleur contre mon corps, mais… Nous ne pouvions nous abandonner à une telle simplicité. Nous n’étions pas des amants qui se permettaient une nuit de plaisir ou de tendresse. Nous étions deux êtres s’étant déjà aimés. Cela rendait les choses si confuses dans mon esprit, comme si le fantôme de cet amour revenait nous hanter et s’immisçait en mon cœur comme s’il ne l’avait jamais quitté. Je me surprenais à croire que c’était probablement le cas. Hormis Aiden, je n’avais jamais aimé de cette façon. J’avais eu quelques partenaires, mais jamais je n’avais partagé ma vie en pensant que cela avait une chance de se poursuivre dans le temps. Ils n’avaient tous été que des compagnons de passage. Qui m’avaient appris et fait évoluer, mais je n’en avais eu aucun dans la peau comme cela avait été avec lui. Ce qui me frappait le plus, quand je repensais à notre couple, c’était la facilité avec laquelle j’avais pu tout à la fois éprouver l’ambition de découvrir le monde et la volonté de rester à ses côtés. S’il ne m’avait pas quitté… J’aurais tout fait pour que cela fonctionne. J’y avais cru.

Je perdais doucement la tête. Perdu dans quelques pensées. Absorbé surtout par nos baisers. Mes lèvres désiraient les siennes, les attrapaient, les fuyaient, les retrouvaient. Il était tout simplement impossible de penser calmement et j’aurais sans doute voulu, malgré la petite voix qui me dictait que cela pouvait devenir une situation extrêmement compliquée, que ça ne s’arrête pas. Comment résister à cette initiative qu’il prenait, me dominant temporairement comme du temps où nous étions tout simplement insouciants de tout, sauf de notre plaisir. J’aurais pu tout oublier, ne pas être raisonnable, tout simplement vivre un peu à ce rythme fou que je n’avais jamais retrouvé sans lui malgré tout ce que j’avais pu faire et voir. J’ouvrais les yeux à regret en me mordillant la lèvre délicatement, le regard mi-amusé, mi- songeur. À vrai dire, même s’il s’était dressé devant moi un miroir, je n’étais pas certain que j’aurais été en mesure d’y lire une véritable expression détachée des autres. C’était une panoplie d’expressions qui se faisaient de l’ombre les unes et les autres. Il se tenait toujours là, à califourchon sur moi.

« Même en souvenir du bon vieux temps… ? » Ce n’était pas moi, d’insister ainsi. De ne pas être à l’écoute des émotions des autres. Je la voyais bien, cette appréhension qu’il avait dans les yeux. Elle faisait écho à celle que j’avais moi-même, de compromettre nos changes d’être à nouveaux… des amis ? À cet instant, cela paraissait si improbable. Je le regardais tendrement, incapable d’ignorer que je pouvais aussi lire dans son regard l’étincelle de désir qui devait également animer le mien. D’une main légère, je caressais sa hanche au dessus de ses vêtements. « Pardonne-moi… » J’essayais de chasser cette sensation hypnotique qui me faisait le regard avec tant de désir, je détournais la tête. « Je suppose que ce n’est pas ce que tu avais en tête, lorsque tu m’as invité pour cette soirée… » Surgissait alors au beau milieu de toutes les autres émotions, la honte. J’avais honte de mon comportement, de m’être montré affamé de la sorte. Mais je savais que ce n’était pas une simple question de manque, c’était le manque de lui. Cela m’avait pris avec une telle force, alors que je pensais m’être bien remis de notre rupture car des années nous en séparaient.

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Tu ne pourras jamais rattraper la pierre après l'avoir lancée; les mots après les avoir dits; l'occasion après l'avoir perdue et le temps après qu'il soit passé — Victor Betis.
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MessageSujet: Re: De tes rêves à mes rêves [PV Greg] Mer 13 Sep - 5:07

Lors d’une rupture, beaucoup de choses se disent. Des hybrides parfaits à mi-chemin entre des réalités nécessaires et des mensonges à peine voilés s’échangeaient ouvertement. C’était sans doute pour rendre la douleur moins pire, l’absence de l’autre moins lourde à porter. Le cliché du « ce n’est pas toi, c’est moi. » était sans doute voisin du « je ne t’aime plus. ». Mais les deux étaient également faux. Une séparation n’était jamais l’affaire d’une seule et unique personne – elle était d’avantage le composite entre les paroles et les gestes de deux personnes. Tout autant que l’absence de sentiments était faux. Il subsistait toujours en un sens quelque chose de spécial dans la relation que l’on avait pris le temps de bâtir avec une autre personne. Rester ami avec un ex était également impossible pour la même raison… du moins à mes yeux.

C’était étrangement facile de basculer pour retrouver le chemin jusqu’aux bras de Greg. Aller chercher ses lèvres était presque instinctif comme geste. Mes mains ne me donnaient pas l’impression de chercher à trouver leur place sur son corps : elles donnaient d’avantage l’impression de retrouver l’endroit qu’elles avaient quitté à contrecœur bien des années plutôt. Il aurait fallu que j’aille une excuse en ma possession pour justifier que j’étais si envahissant de son odeur, de son corps en un certain sens. Je n’arrivais pas à me convaincre que deux verres de vin étaient suffisants pour que je sois presque apte à frôler la parfaite indécence auprès de quelqu’un.

Si je fermais les yeux, je pouvais pratiquement m’imaginer cette vie parallèle que je n’avais pas eu : ce qu’aurait été notre vie si je n’avais pas rencontré Amy. J’idéalisais probablement cette relation… mais ce court écart confirmait quelque chose que je savais au plus profond de moi : je n’étais pas fait pour la solitude. Une relation venait nécessairement avec des compromis. C’était dans son essence une constante négociation visant à combler les besoins de deux individus distincts. Nous aurions eu nos conflits mais j’étais persuadé qu’ils en auraient valu leur peine.

Ceci nous amenait donc à mon poids contre le sien dans ce moment qui ressemblait étrangement à un tas de préliminaires que nous avions eu par le passé : des lèvres se mélangeant, des vêtements qui disparaissaient, deux désirs se frôlant presque versatiles. Si les gestes étaient naturels et innés, comment se faisait-il que l’angoisse venait prendre racine dans mon ventre comme une réalité? L’angoisse était toujours là… mais avec les autres hommes qui avaient partagés mon intimité, j’avais réussi à la faire se taire, à l’ignorer assez pour me laisser aller quitte à ce qu’un amant de passage s’interroge et me trouve laid. C’était probablement l’histoire que nous partagions qui la rendait si difficile à faire taire.

Je voyais pourtant dans ses yeux le désir qui brûlait, la tendresse qu’il aurait. Mais il n’aurait probablement pas compris ce qu’il avait sur les yeux. Même son insistance (que je comprenais) ne réussit pas à faire taire le nœud qu’il y avait. Comment diable pourrait-il me trouver aussi beau avec toutes les cicatrices physiques que je portais? Je peinais à me regarder alors admettre qu’un autre pourrait aimer l’histoire qui s’y lisait m’étonnait fort probablement. Sa main sur ma hanche m’arracha un frisson léger : c’était doux comme geste, mais cela restait un geste également relié à cette intimité que l’on partageait. Son excuse m’arracha un spontané « Tu n’as pas à t’excuser. » même s’il insistait, j’étais responsable du blocage qu’il y avait de mon côté. S’il avait été un homme dont j’ignorais le nom, cela aurait été possible.

Ce que je vis après dans ses yeux, me fit un pincement au cœur. De la honte… voilà ce qui le poussait à détourner le regard. Les paroles n’étaient guère mieux et me laissèrent avec une espèce de vide au fond de mes tripes. Je lui devais des explications… Et tout aurait pu être si simple si j’avais été en mesure de simplement déconnecter mon cerveau : d’ignorer ce que ce dernier s’acharnait à répéter comme pour me convaincre que j’étais indésirable. J’avais pourtant plus que largement mérité mon droit au bonheur. Je m’étais naturellement fait mille et un scénarios catastrophes sur ce qui pouvait se passer dans cette soirée… mais l’intimité n’avait pas fait partie de ceux pour lesquels une solution de repris avait été trouvé au préalable. Ma main glissa doucement sur sa joue pour aller se perdre dans ses cheveux. J’étais le roi du signal contradictoire mais j’aurais aimé avoir la force de laisser nos mains se redécouvrir. D’une voix douce, je m’entendis dire : « Honnêtement, je n’avais pas pensé me rendre aussi loin avec toi. » La question restait sans réponse. Qu’est-ce que j’avais voulu en l’invitant ici? Ce n’était sans doute pas une invitation simplement naïve de l’amener dans mon univers. Ou alors j’étais bien plus con que ce que je pensais. Parce qu’une relation comme celle que nous avions vécu ne disparaissait jamais vraiment complètement… Surtout quand un veuvage difficile changeait la nature de notre sexualité. Ma main glissa doucement le long de sa joue pour ramener son visage face au mien. J’avais besoin de pouvoir contempler ses traits du visage que je connaissais trop bien parce qu’ils constituaient un repère lequel pourrait aisément être une base pour pouvoir me reconstruire. J’avais besoin de familiarité pour retrouver mon équilibre. « Je ne suis juste pas prêt à te faire l’amour. » j’insistais sur le mot. Je savais très bien que la pagaille que je ressentais dans ma tête ne pouvait pas être une simple baise sans conséquence. Nous étions collègues et avions trop d’historique pour être une simple partie de jambe en l’air. « Je voudrais… mais quand Amy a été… » Vraiment? C’était le moment pour mentionner cela? Je blâmais ce demi-aveu que je reformulais. « Elle n’est pas morte de maladie… et je ne suis pas encore prêt à ça. » avouais-je doucement. Ça voulait tout dire mais sans rien dire. Mon front alla doucement se caler sur le sien. « Mais je me sens tellement seul, que j’ai voulu avoir du temps avec toi. » En voilà beaucoup d’informations en un seul temps.

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Sans le savoir, nous avons vieilli. En bien ou en mal? Te recroiser après tout ce temps... une curieuse histoire... presque incroyable.
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MessageSujet: Re: De tes rêves à mes rêves [PV Greg]

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De tes rêves à mes rêves [PV Greg]

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