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La curieuse histoire du destin [PV Greg]

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MEMBRE ♣ Un voisin à surveiller
TON PSEUDO : MissPiggy
TES DOUBLES : William T. Hardy, Victor I. Cartwright, Théodore C. Pembroke et Seren A. Vaughan
TON AVATAR : Arthur -smoking- Darvill
TES CRÉDITS : Avatar: rustynails, signature:hedgekey et tumblr
RAGOTS PARTAGÉS : 4202
POINTS : 501
ARRIVÉE À TENBY : 17/06/2014

You are the only girl in my life
ÂGE DU PERSONNAGE : 32 ans (10 juin)
CÔTÉ COEUR : Pétrifié par une vision venue tout droit d'un passé.
PROFESSION : professeur de musique et d'art dramatique
REPUTATION : Vous avez vu les nouvelles? Sa femme a été assassiné et il était une victime lui aussi. Depuis qu'il est revenu de Liverpool, il est seul... Vous avez pas vu le boulanger avec qui il était toujours?



MessageSujet: La curieuse histoire du destin [PV Greg] Ven 30 Sep - 0:11

Certains profitent de l’été pour s’enfuir au soleil : faire le plein de cette bonne vieille vitamine D – trop souvent absente du Pays de Galles nuageux de par sa nature même. Pourtant, le temps dans le Pembrokeshire était clément en cette période de l’année. Les gens y venaient en foule pour assister aux divers événements, quel qu’ils soient, les sorties, les fêtes ou simplement les sentiers de marches qu’il faisait un véritable plaisir d’explorer – les pieds parfois même curieux dans un sable meuble et tiédis par les rayons du soleil.

Mes parents, suite au procès, m’avaient raccompagné dans cet environnement familier qu’était devenu Tenby – là où, pour l’instant encore, j’envisageais de finir de panser les plaies béantes que le procès semblait avoir laissé sur mon cœur qui avait – fort probablement – trop saigné au courant des dernières années. Et à leur contact, j’avais découvert à nouveau un curieux sentiment de manque. Eux aussi l’avaient probablement ressenti d’une manière presque cruelle – un manque et une absence causé par plus de vingt mois de procédures judiciaires qui nous avaient laissé essoufflé. L’absence de Noah, porté disparu depuis l’annonce du procès, m’avait pesé avec plus de force que ce que j’aurais voulu. La solitude de la maison était venu achevé la sensation de manque. J’avais tout pris : le parc, des jouets pour ma fille, mon violon, mon violoncelle, ma guitare et bien plus de partitions que ce qu’une personne sensée ne pose dans ses valises.

Et j’avais mis les voiles vers Sheffield, ma ville natale dont mes parents n’avaient jamais su comment s’éloigner. Leur univers aujourd’hui, la soixantaine progressant, s’y était si parfaitement meublé qu’ils semblaient s’être intégré dans la ville comme de vieux bâtiments. Les huit minuscules semaines de vacances de l’année scolaire britannique ne m’avaient pas semblé suffisant pour m’imprégner de l’odeur de la famille – cueillant au sein du tout petit appartement dans lequel j’avais moi-même grandi des forces que je n’avais pas cru encore avoir. Le violoncelle et moi commencions à retomber sur la même longueur d’onde après deux ans d’une colère silencieuse qui se traduisait par des silences et des regards, tous deux empreints d’amertume. Ma fille avait été un véritable papillon avec ses quatre ans qui timidement pointaient son nez à l’horizon. C’était presque à se demander si mes parents s’étaient plus ennuyé de moi que de leur petite fille. Des sourires, des éclats de rires avait surgit dans une famille normale.

Le fait de se réhabiliter à la solitude était plus difficile que ce que je le voulais. La maison, malgré la présence de ma fille, me semblait plus que souvent vide. Il manquait de vie adulte dans les pièces. Oh! Ce n’était pas que le fait d’écouter en boucle la petite sirène – nouvelle obsession de ma fille depuis quelque temps – commençait à devenir un peu saoulant… Mais c’était plutôt mon ressenti d’adulte majeur et un peu blasé. Et je commençais sérieusement à en vouloir à Polochon jusqu’à son existence même deux dimensionnelles. Le boulot aurait pu me sembler annonciateur d’une échappatoire minimale à la dure solitude. Mais le trop grand nombre de professeurs m’effrayait malgré tout. J’avais presque l’impression d’être toisé lorsque je m’aventurais dans la grande salle des profs pour récupérer en vitesse un café – indissociable ami de mes nuits encore passablement chamboulés par des cauchemars incessants.

Tout ça pour en venir au jour X : celui ou je n’avais pas réfléchi le matin et que j’avais déposé ma veste à mon bureau. Mon regard avait tiqué sur une nouvelle plaque sur un bureau juste à côté du mien : « Greg Nichols » et je n’avais pas pu m’enlever de la tête cette petite plaque. Des Greg… Il y en avait des tas. Des Nichols aussi. Mais la combinaison me fit un drôle d’effet. Bien sur que j’avais suivi les journaux : je savais que sa sœur avait péri dans un accident de la route quelques mois plutôt. Mais Greg… Greg avait les pieds dans des valises dans mon souvenir. Et j’avais presque pensé aller manger dans la salle des profs. Mais il y avait la répétition de la chorale et je me retrouvais distrait à grignoter mon sandwich en écoutant chanter mes élèves.

À quinze heures, il fallait que j’aille vérifier. C’est une espèce de sueur froide qui me parcourt l’échine lorsque je le vis… assis à son bureau. Cheveux ébouriffé, sans avoir vraiment beaucoup changé malgré les années qui se sont écoulés. J’ai vieilli – probablement plus que ce que je veux bien admettre. La peur et l’anxiété m’ont fait prendre quelques années sans que je le réalise. Sans avoir vécu encore l’horreur des premiers cheveux blancs, j’avais le sourire moins facile. Mais lui… c’était bien lui. Un souvenir de ses baisers volés au détour d’un corridor mais des années plutôt dans ce qui me semblait être complètement une autre vie : une vie ou mes aspirations me semblaient bien plus sauvages et viscérales, un besoin immense de liberté dans le ventre et très peu de peur pour me retenir – traqué comme un animal piégé. Des jeunes années me soulèvent pendant un bref instant. Ma voix me semble tremblante lorsque je trouve la force de parler. Deux octaves se sont envolés : « Greg… Salut. Ça fait plaisir de te voir. Es-tu parti en voyage finalement? ». La banalité de mon propos me frappe d’un coup. Plus de sept ans séparent notre dernière rencontre, notre rupture, de ce moment. Je déglutis lentement : « Je suis désolé pour ta sœur. ».

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Sans le savoir, nous avons vieilli. En bien ou en mal? Te recroiser après tout ce temps... une curieuse histoire... presque incroyable.
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ÂGE DU PERSONNAGE : 34 ans
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REPUTATION : Gregory est fraîchement débarqué en ville et les raisons de son arrivée ne sont pas méconnues des habitants. C'est le garçon qui est venu soutenir sa famille après avoir perdu sa soeur et il fend les coeurs. Si certains se souviennent encore de lui, beaucoup peinent à le reconnaître depuis tout ce temps. On se demande surtout ce qu'il a bien pu devenir... Et lui-même se trouve quelque peu déboussolé.



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MessageSujet: Re: La curieuse histoire du destin [PV Greg] Sam 1 Oct - 21:49

Un bureau, c’est trop d’espace à meubler. Trop d’espace qu’il faut s’approprier pour le rendre soit plus utile, soit plus familier. La vérité est que je n’ai jamais vraiment porté d’attachement aux endroits. J’ai trouvé mon chez moi en de multiple lieux au cours des dernières années, ma mère dirait avec plus ou moins de justesse que cela camouffle une incapacité à faire des compromis. Pourtant, la saveur des jours à Tenby fait bien partie de moi. Je l’ai ressenti en y remettant les pieds et en me mettant à la recherche d’un appartement, puis d’un boulot. Je la ressens en épiant discrètement les visages des jeunes qui vont et qui viennent dans les couloirs sur l’heure du déjeuner, me rappelant mes propres années de lycée dans cet établissement même. La couleur des mûrs a changé, les enseignants que j’ai eus n’y sont pour la plupart plus, et le menu de la cafétéria n’est plus le même. Mais toujours perdure ce même sentiment, cette même appartenance tenace, qui fait surgir quelques souvenirs à l’occasion d’un passage dans un lieu ou un autre que j’avais oublié. Le seul endroit qui ne m’évoque pas ce genre de chose est d’ailleurs ce bureau, dans lequel je passe le plus clair de mon temps en dehors des cours. Au fond, c’est parce que c’est toujours mieux que l’appartement que j’ai choisi et sur lequel je n’ai pas investi de temps encore, conservant par le fait même la décoration un tantinet trop féminine de l’ancienne locataire. J’y remédierais. Un jour, certainement.

J’ai mis les pieds au lycée avec la ferme intention de remédier au manque de confort de mon bureau, lequel porte fièrement mon nom sur une petite plaque métallique. L’apercevoir me laisse à tous les coups perplexe. Certains de mes anciens professeurs s’en moqueraient probablement ; je n’étais pas excellent élève en ce qui concerne la discipline. Toujours ce même souci de ne savoir tenir en place bien longtemps… Souci qui d’ailleurs me rattrape même lors de la correction de mes premières copies du trimestre. Je rêvasse, mon esprit s’égare alors que je lève les yeux sur le mûrs que j’ai décoré de quelques babioles des quatre coins du monde. Des photos aussi, sur lesquelles j’apparais souvent seul, quelquefois aux côtés de gens rencontrés, de guides, d’artistes. L’imaginaire actif de mes étudiants a beau me réjouir, je ne peux m’ancrer bien longtemps dans la lecture sans m’envoler autre part. C’est une sorte de nostalgie qui m’anime, de je ne sais trop quoi en fait. Il est vrai que la raison première de mon retour à Tenby n’avait rien d’un choix très personnel. Ça avait plutôt tout de l’obligation… Sauf que je refuse de voir les choses ainsi. Être disponible pour la famille ne devrait jamais être une corvée, surtout pas après l’avoir négligée des mois et des années durant à vivre de mes rêves les plus fous tout en mettant des centaines, voire des milliers, de kilomètres entre eux et moi. Je voulais bien devenir un adulte, mais c’était la première fois que je m’adonnais à un train de vie qui n’était pas celui de mes premiers choix.

Je terminais, en m’efforçant de ne pas perdre la concentration, la lecture d’une copie quand une voix vint m’interrompre. Une voix que je m’étais attendu à entendre à nouveau, ce n’était qu’une question de temps quand on sait que j’avais déjà remarqué le nom accolé à la porte du bureau voisin au mien. La question était plutôt de savoir : pourquoi ? Aiden n’était pas originaire de Tenby et l’ironie de la situation m’avait frappé dès le premier instant. Je levais les yeux sur lui, mine détendue au possible. Car je ne savais pas très bien ce à quoi m’attendre de ce face à face venu d’un autre temps. Aiden faisait partie des souvenirs auxquels j’accordais beaucoup d’importance. Il avait fait partie d’un de ces instants de ma vie qui avait sans doute contribué à forger ma personnalité, bien que je me demandais parfois si c’était notre histoire ou notre rupture qui avait laissé le plus sa marque.

Quoi qu’il en soit, je ne pouvais retenir ce sourire amusé, quoi que traduisant bien malgré moi l’inconfort qui venait de me gagner devant ses propos. Je n’avais jamais été un homme très expressif, bien des choses restaient au plus profond de ma tête. En cet instant, je ne souhaitais pas lui dire qu’il choisissait probablement les pires sujets de conversation pour en lancer une. Mes yeux quittaient sa silhouette familière pour frôler inconsciemment la vue de tous ces objets ramenés de divers pays, éparpillés un peu partout dans mon bureau comme je l’étais moi-même de nature, éparpillé. Il ne pouvait pas savoir, il n’était pas obligé d’avoir tout capté d’un seul coup d’œil. « Ouais, j’ai voyagé un moment. » Pour ne pas dire, tout le temps. Les valises étaient ma vie, à laquelle j’avais mis un terme prématuré pour l’instant du moins. De mon simple gré,  cela aurait pu se continuer sans limite de temps. Puis, ses excuses… « Merci. » Peut-être que je ne voulais pas en parler avec lui. Peut-être que je ne voulais pas en parler tout court, même dans mon esprit ce n’était pas tout à fait clair. « Comment trouves-tu la ville ? » La logique aurait voulu que ce soit lui qui me pose la question, mais Tenby était ma ville natale. L’endroit où j’étais suis né et où j’avais grandi avant de partir étudier à Londres, là où je l’avais rencontré lui. « Pour être honnête, je ne pensais pas t’y trouver. » je disais, avec un sourire poli, oscillant entre la formalité et la familiarité. Et pour être honnête, je n’aurais pas forcément accepté ce job sachant que je l’y trouverais. Ce n'est pas spécialement contre lui, j'ai fini par oublier cette peine de coeur avec les années. Mais cela nous aurait évité ce genre de retrouvailles précipitées.

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MessageSujet: Re: La curieuse histoire du destin [PV Greg] Mar 18 Oct - 22:59

La vie pourrait aisément être comparée à un labyrinthe rempli de dédalles. Dans ces grands corridors, le choix que l’on fait à chaque bifurcation joue un rôle considérable sur l’issue que l’on trouvera à ce dernier. Même si au final, dans un absolu dramatique, la fin est même pour tous. Le chemin parcourus en sera systématiquement distinct.

J’avais longtemps choisi – et d’ailleurs, choisissais toujours – le plus sécuritaire des chemins. Mon enfance était marquée par les curieuses décisions financières de mes parents mais surtout par l’amour – indissociable et éternel que mes parents avaient eu entre deux et pour moi. Le salaire à six chiffres n’avait jamais été mon aspiration, parce qu’il n’avait jamais fait partie de ma réalité d’enfant. J’avais toujours trouvé plus intéressant d’avoir un instrument avec lequel je pouvais créer et m’exprimer, de trouver des bras réconfortants qui m’attendaient à la maison.

Je me retrouvais donc, à petit pas bien installé dans une trentaine qui avait commencé abruptement à hésiter sur ce que je voulais de ma vie. L’enseignement me suffisait – probablement par défaut. Ma vie sans musique n’aurait simplement pas la bonne valeur que je devais lui accordé. Et pourtant, sur le pas de la porte de Greg, je pouvais m’empêcher de l’envier un peu. Je n’avais pas connu de grandes aventures épiques. Je n’avais même jamais quitté mon Royaume-Uni natal. Sans l’intervention d’autrui qui m’avait enlevé l’envie de monter sur scène et de parcourir le monde, me causant la frayeur la plus grande que j’avais jamais eu dans ma vie, je l’aurais peut-être fait.

Du temps où nous étions quelque chose, je l’avais envisagé.

Mais ma vie était en apparence tranquille maintenant que le procès était passé et que l’histoire était là, étalée au grand jour dans une lumière crue qui me laissait, le sang battant dans mes oreilles parfois et une peur qui m’empêchait d’avancer me nouant le ventre en une opaque boule de nervosité.

La petite trentaine, la poussette, le vélo et le boulot conventionnel sur des horaires de huit à cinq. Traditionnel et normal. Conventionnel et banal. Seulement une ligne plus pâle qu’un anneau porté pendant des années avait laissé sur un annulaire gauche qu’il m’avait fallu retirer à grand coup de force. Tourner une page pour en écrire une nouvelle qui m’effrayait plus que ce que je voulais bien admettre. Lire les pages écrites non plus ne me tentait pas.

Mon regard était circulaire sur la pièce qui meublait le mur des photos colorés de pays étrangers. Loin de mon bureau qui, à l’instar de ma maison, trahissait le fait que ma fille était devenue l’axe principal de ma vie. Les dessins d’enfant y côtoyaient des photos de nous deux – et une vieille photo de famille – prise le noël des un an de ma fille. Une des rares photos que j’étais encore capable de regarder d’Amy.

Le message sur sa sœur est expéditif : un court merci. Preuve que c’est sans doute encore fragile ou qu’il n’a simplement pas envie d’en parler avec moi. Quelque chose que je comprends parce que nous sommes probablement rendus sur deux planètes différentes malgré toute notre bonne volonté. Et vient la question à savoir si j’aime la ville parce qu’il n’aurait pas pensé m’y voir. Citadin est dans ma nature ce que nomade est à la sienne. Village serait peut-être plus appliqué pour définir la petitesse de Tenby en mon humble avis. Le rouge rend de feu mes joues. « Ne t’inquiète pas… Je n’aurais pas plus pensé y atterrir. C’est un curieux concours de circonstances. » Il arrivait de rares moment où l’ambiance feutrée des bars de Liverpool, la diversité criante de Londres et la simplicité de mon quartier à Sheffield me manquait cruellement. Peu souvent les trois en même temps, mais les trois éléments étaient d’important marqueurs qui avaient contribué à faire de moi l’homme que j’étais devenu avec le temps. Sauf que je m’étais fait à cette ville.

Le cadre plus intimiste de Tenby, son bord de mer, ses sentiers… Tout cela ensemble constituait un important élément pour marquer mon chemin vers la guérison. Ce n’était pas une guérison physique – ces plaies là étaient depuis longtemps refermées quoi qu’encore visible en relief sur ma peau. Mais les lourdes séquelles psychologiques avec lesquelles je savais avancer à tâtons. Mais tout comme mon interlocuteur, il y avait des éléments dont je ne parlais pas. Je me contentais donc d’un petit sourire, probablement un peu plus gèné que ce que j’aurais voulu : « Je l’aime bien, ce qui est en soi une première pour une petite ville. » Nerveusement, je passais une main dans mes cheveux avant de rajouter comme pour une explication : « Ce n’est pas moi qui l’ai choisi à la base. » Je n’avais pas eu mon mot à dire. J’avais juste eu des boîtes à faire pour vider l’appartement. Certaines qui étaient encore rangé dans le grenier intact et qui contenait certaines des choses de ma femme que je n’avais pas trouvé me moyen de jeter. Même si Tenby m’avait aidé en un sens à faire le ménage dans ma tête et à trier mes idées. « C’est calme et paisible. Exactement ce dont j’avais besoin avec Laura après… » Mais je m’arrêtais ne sachant pas trop comment terminer cette phrase. Malgré le procès qui avait eu lieu. Et je ne voulais peut-être simplement pas qu’il me voit avec l’ensemble de mes plaies. « Tu te fais à l’enseignement ? » demandais-je en le regardant doucement. J’espérais silencieusement que cet effort de détourner la conversation de moi efface ce que j’avais déjà lancé.

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MessageSujet: Re: La curieuse histoire du destin [PV Greg] Dim 30 Oct - 23:45

L’homme peut s’habituer à tout, même au pire. Et entre nous, ma situation depuis mon retour à Tenby était bien loin d’être si terrible. Je jouissais après tout de toute la liberté qu’un homme à l’aube de la trentaine bien portant, sans souci financier particulier, célibataire et libre de partager ses draps avec quiconque aurait attiré mon regard, pouvait espérer. J’étais certes revenu pour être auprès de ma famille et le climat familial n’était pas des plus réjouissant après la perte tragique que nous avions subie. Mais nous étions plus unis, tant parce que des milliers de kilomètres ne nous séparaient plus les uns des autres que parce que nous pouvions réellement compter les uns sur les autres. Je m’attendrissais depuis de petits gestes, la main remplie de tendresse que posait mon père sur l’épaule de ma mère lorsqu’elle cuisinait par exemple. Les petits déjeuners en famille que nous préservions précieusement comme une priorité tous les dimanches, même si la vie devait reprendre son cours. Le malaise provenait du fait que ma vie n’avait encore jamais été de rester au même endroit bien longtemps. Même si côtoyer des étudiants de tous les horizons avait quelque chose de particulièrement enrichissant, il y avait toujours une minute d’inconfort lorsque j’ouvrais les yeux le matin. Lorsque je réalisais que je verrais les mêmes mûrs pour de nombreux matins encore, et le même bureau, et la même classe, et les mêmes collègues.

Même revoir Aiden me laissait une étrange impression. D’abord parce qu’il avait été le seul à revêtir ce statut bien particulier toutes ces dernières années : celui que j’avais aimé, avec qui j’avais envisagé une histoire sur le long terme et qui m’avait brisé le cœur en choisissant une autre avenue. J’avais toujours conservé ce souvenir de lui avec plus d’affection que d’amertume. Après tout, les souvenirs des moments partagés ensemble alors que nous n’étions encore que des universités jeunes et fous désireux de conquérir le monde m’étaient agréables. Puis cette histoire unique, la seule dans laquelle je m’étais engagé complètement au fil d’une vie amoureuse qui s’était avérée plus mouvementée et variée par la suite, m’avait forgé dans une certaine mesure. Le revoir faisait en quelque sorte voler en éclats ce statut hors du temps au profit d’une nouvelle présence au quotidien. Je ne savais pas très bien quelle place lui donner, d’ailleurs. Parce que lorsqu’il se tenait devant moi comme il le faisait à l’instant, j’éprouvais à la fois ce souhait d’entretenir avec lui une conversation aussi fluide et naturelle que nous l’avions toujours fait par le passé, et cet inconfort en réalisant que l’homme face à moi n’était plus exactement le même. Je n’étais plus tout à fait le même non plus. À bien y penser, je ne pouvais pas même expliquer ce qui avait changé chez moi. Le temps, voilà tout, changeait les gens au fil des expériences et il était bien difficile à un moment donné d’identifier les particularité de ce qui avait évolué. J’étais peut-être un peu moins naïf, doté d’un peu plus de résilience aussi. Quelques années plus tôt, je n’aurais jamais été capable de mettre mon mode de vie de nomade entre parenthèse pour être le soutien de ma famille. Mais en vieillissant de quelques années, j’avais réalisé combien celle-ci était précieuse et méritait bien que l’on fasse quelques sacrifices pour elle.

J’écoutais Aiden avec une sorte de méfiance que je n’avais pas l’habitude d’offrir aux gens, pas même à ceux qui étaient de parfaits étrangers. Cela ne révélait qu’une chose : je n’étais pas certain de ce que je devais faire. Je sentais bien que j’avais manqué tout un pan de sa vie. Il y avait dans son regard et même dans sa posture quelque chose qui me semblait s’apparenter à une profonde fatigue. Peut-être était-ce le fait d’être père. Pendant quelques instants, je m’étais contenté de sourire à l’évocation du nom « Laura ». Mais je réalisais que ce n’était pas le prénom de la femme pour laquelle il était parti. Et je me rappelais avec une certaine dose d’incrédulité qu’il était naturel pour la plupart des gens de fonder une famille. Je n’avais jamais particulièrement envisagé ce genre de chose pour moi-même, alors je me sentais souvent en décalage lorsque je revoyais d’anciens amis du lycée qui avait déjà plus d’un enfant, parfois même plus d’un mariage à leur actif. Être de retour à Tenby depuis quelque temps m’avait fait vivre ces étranges situations à plus d’une reprise en tombant sur les visages tout droit sorti du passé de quelques camarades qui n’avaient jamais quitté le village natal.

Je me raclais la gorge sans y penser, juste avant de lui répondre : « Tu as une fille ? » Je ne savais pas très bien ce que cela m’évoquait tout compte fait, mais je n’avais pas à avoir d’opinion sur sa vie privée. Elle devait être belle. Après tout, sa mère l’était. Je n’avais jamais rien eu de personnel à l’encontre de la femme qu’il avait épousée… même s’il l’avait choisie aux dépends de notre histoire. Je me contenais de lui adresser un sourire. « Elle doit être merveilleuse, vous devez être comblés. » Je me débrouillais en général assez bien avec les mots, même si l’écriture m’offrait plus de confort que les conversations, mais je ne me doutais pas un instant de la bourde que je faisais en lui parlant de la sorte de sa femme.

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MessageSujet: Re: La curieuse histoire du destin [PV Greg] Ven 4 Nov - 14:25

C’est fou comment la réalité peut éloigner des êtres qui ont été aussi près pendant une période signifiante de leur vies. Cette image me frappait au moment où je jetais un regard consciencieux sur les souvenirs qui semblent provenir de loin dans son bureau. Le bagage qu’il a cumulé n’est en rien similaire avec le mien. Il doit dans ses aventures avoir vécu des choses extraordinaires, fait des découvertes qui n’ont pas d’équivalent. Je n’ai pas fréquenté l’école de la vie de la même manière qu’il l’a fait.

La distance me frappe encore plus cruellement lorsqu’il souligne le fait que « nous » devrions être comblés, ma femme et moi. Celle pour qui je l’ai laissé. Celle avec qui j’avais sincèrement eu l’intention de finir mes jours pendant un long moment mais que je n’avais pas pu – parce qu’au jeu du destin, j’avais tiré un mauvais jet de dés et que je me retrouvais dans une situation particulière : un monde de l’après. Après Amy. Après avoir failli mourir. Après le procès. Mais dans un monde qui contenait aussi des tonnes d’avant.

Moi qui croyais que tout le monde savait. Moi qui n’avais pas eu à expliquer depuis que le procès avec eu lieu. Moi qui vivais constamment avec les regards appréhensifs et traumatisés des gens qui ne sauraient simplement pas comment ils auraient réagi en étant mis dans la même situation. Moi, j’étais déstabilisé par le fait que pour une fois, un trop rare coup, je n’avais pas accès à ce regard qui comprenait ce que j’avais traversé (ou qui croyait comprendre ce que j’avais traversé parce que pour l’avoir vécu de l’intérieur personne ne pouvait ne serait-ce que s’imaginer ce que c’était comme traverser du désert).

Peu n’importe l’endroit où il a voyagé, ma vie n’a pas été ébruitée. Il n’a pas vu des photos de moi, les yeux rougis qui tente de me tenir droit. Il ne m’a pas entendu tenter de parler. Il n’a pas eu droit aux rapports qui expliquaient cruellement les blessures subies par Amy, celles dont je portais encore les marques. J’étais un canevas vierge. Réinventé les dernières années de ma vie peut sembler probable. Je peux mentir. Caché la vérité. Tendre un écran de fumée qui chasserait les images d’épouvante – ce véritable film d’horreur que j’avais vécu comme une histoire personnelle et réelle bien loin de Birds d’Hitchcock, qui nous donne une chair de poule plus grande qu’it. Je pourrais cacher que je savais exactement comment se sentaient les écorchés de Martyrs, que je m’étais senti aussi prisonnier de mon sort et d’une horreur sans nom que les personnages de Rec.  Je pourrais m’inventer une vie où rien n’était arrivé… où les forêts n’étaient pas aussi effrayantes que le labyrinthe de pan.

Et même si l’idée était tentante. Je n’arrivais pas à renier complètement ce que j’avais vécu. Parce que le traumatisme était là. Une plaie béante dont le sang n’était pas encore complètement séché malgré le temps qui avait passé et la vie qui avait continué son chemin. Parce que je savais que tôt ou tard, le voile tomberait et que la réalité se présenterait sans maquillage avec une honnêteté désarmante. Alors je dus trouvé un moyen de cacher ma surprise.

« Elle va avoir quatre ans en décembre. » Ça me fait presque me sentir vieux que de mettre quatre années depuis ce jour. Les quatre ans de ma fille marqueront aussi les trois ans du veuvage duquel j’ai de la difficulté à sortir. Mais j’avoue que je préfère volontairement parler de ma fille plutôt que d’aborder la plus petite mention de sa mère. Je me concentre à la place pour tenter de mettre de l’ordre dans la pagaille que la réalisation est en train de faire dans ma tête. Comment puis-je parler de la mort alors que je n’ai pas du tout envie de porter cette étiquette – surtout pas auprès de lui. Alors je préfère rester sur un sujet qui pour moi est moins sensible. Sur quelque chose qui, s’il me tire des larmes sera nécessairement des larmes de joies et non pas des larmes de tristesses à l’arrière-goût amer. « Et c’est une véritable princesse. », rajoutais-je avec un petit sourire. Mon univers entier à défaut de papillonner allégrement tournait autour d’un petit être de quatre ans. Parfois têtue, parfois fatiguée, parfois de mauvaise humeur, parfois le plus beau rayon de soleil que la Terre eut un jour porté. Je ne savais pas honnêtement si, sans ma fille, j’aurai eu le courage de me lever à chaque matin. Ses yeux étaient ceux qui me faisait me lever le matin. C’était ses yeux émerveillés d’enfants qui posait un regard critique sur le monde qui l’entourait avec les grandes réflexions – quasiment philosophiques – qui me donnaient espoir que le monde n’était peut-être pas aussi laid que ce que l’on pouvait croire après avoir vécu une tragédie comme celle qui m’avait frappé.

Et c’était justement ça qui me rendait fier : ma fille, fragile en apparence, si petite, était d’une grande force de caractère. Elle n’avait pas mes peurs. Les étrangers, le noir, les orages… rien ne la paralysait. Sauf le fameux monstre qui vivait sous son lit et qui justifiait plus d’une nuit ou elle se joignait à moi dans mon lit. « Amy serait probablement fière de la voir aussi grande et aussi courageuse. Mais c’est moi qu’elle comble. » Ma voix insiste peut-être un peu trop sur le moi. Moi seul et unique parent que ma fille a en souvenir. Elle a grandi et beaucoup trop d’eau est passé sous les ponts avec elle. Sa mère est un lointain souvenir qui n’a plus tant de chose qui la rend concrète. L’odeur de son parfum, le son de sa voix, la douceur de ses caresses qu’elle envers elle lorsqu’elle lui donnait son bain… Ce sont tous des souvenirs qui ne lui évoque probablement plus rien. Elle avait quinze moi quand nos vies avaient été chamboulés. Il y avait des photographies dans la maison – sur ma table de chevet encore une. Cet anneau que je n’avais pas encore été capable d’enlever malgré le temps. Moi qui croyais que tout le monde savait, que les explications finiraient par s’effacer. Me voilà bien chamboulé par une révélation que j’ai à faire. « Amy est… » Non… commencer par ma femme me semble déplacé. Et je sais que je n’aurais pas la force de me rendre au bout de la phrase sans que des larmes ne se voit dans mes yeux. Sans que la douleur, silencieuse, de l’absence ne me trahisse. Sans que la frayeur dans laquelle je vis s’incarne comme un long frisson. Même si les années ont passés et que les sentiments peuvent avoir changé – j’ai redécouvert la pudeur des larmes. Devant lui, je n’ai pas envie de paraitre faible. Pas envie de laisser transparaitre l’animal blessé qui reste tapis au fond avec la peur au ventre. J’opte donc après un instant d’hésitation, un clignement d’yeux lent pour me ressaisir. « Je suis veuf. » Humble. Presque une réponse à un questionnaire de recensement ou à un document de l’État civil. Mon regard que je porte sur lui se veut fort pendant que je mets le bon mot sur la vraie situation de mon couple. Mais je sais très bien qu’il trahit la fragilité que je ressens à tous les jours.

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MessageSujet: Re: La curieuse histoire du destin [PV Greg] Sam 26 Nov - 23:33

Impossible de dire que j’avais eu la moindre petite idée de ce dont auraient l’air ces retrouvailles. Non, car même sans ignorer que nous partagions à présent, lui et moi, le même lieu de travail, la même ville, les mêmes collègues… Eh bien, je n’avais pas pris le temps d’y penser outre mesure. Toute cette histoire avait eu jusqu’à cet instant bien précis, une saveur d’irréel. Impossible également de dire que la tournure de cette étrange conversation me plaisait. J’avais l’étrange sentiment d’être tout à fait étranger au souvenir de notre histoire. Tout l’aspect rationnel de ma personnalité - il y avait bien une part de moi qui avait appris à l’être davantage en grandissant - me rappelait que non seulement quelques mois, mais des années entières nous séparaient d’une dernière rencontre en face à face. Et même si Aiden avait été la personne à laquelle j’avais le plus accordé d’importance sur un plan affectif de toute ma vie, le fait était que je n’avais jamais cherché à avoir la moindre petite nouvelle sur son compte après avoir quitté l’université et l’Angleterre au profit de mes aventures en solo autour du globe. Renoncer complètement avait été plus facile à l’époque, et je m’étais surpris à oublier bien souvent de seulement y penser. Quelque part au fond de moi, je savais bien que j’avais eu le cœur complètement brisé par cette rupture… Qui était aussi la seule véritable rupture que j’avais connue dans ma vie. Mais je n’avais pas laissé l’occasion aux sentiments d’être un poison et cela ne m’avait pas empêché d’avancer à mon rythme. Ça avait sans doute été ma petite vengeance… N’importe qui me connaissant un peu saurait dire que je ne suis pas bien méchant et donc, que cette vengeance n’avait eu de but d’affecter négativement quiconque. J’avais seulement trouvé réconfort dans ma liberté devenue totale. Non pas que notre couple avait été pour moi une prison, loin de là. Mais toute relation réclame des compromis, puisque le simple fait d’être deux garantit qu’il n’y aura jamais d’entente parfaite sur tous les sujets du monde.

Enfin, j’y pensais sans trop savoir pourquoi je laissais toutes ces réflexions me remonter en tête. J’y pensais aussi, et surtout, parce que je ne savais pas trop quoi lui dire. Nous avions fait chemin à part depuis si longtemps que je ne me sentais plus du tout le même en sa compagnie. Ce n’était pas même en raison du changement naturel qui s’était opéré en moi au cours des années, c’était parce qu’il n’y avait plus ces étincelles si particulières… Je me rendais compte que je n’avais plus en mon pouvoir cette possibilité de le faire rêver en lui parlant d’imminents et grands projets. Je ne savais plus le faire rire en disant des bêtises, et j’y pensais, je n’avais jamais été quelqu’un de particulièrement marrant. Les gens autour de moi ne pensaient pas à « drôle » pour me caractériser. Non pas que je n’avais aucun sens de l’humour, encore une fois loin de là, mais je me montrais souvent trop dans-ma-tête pour le partager avec les autres. Avec Aiden, fut une époque, tout était si naturel et si fluide. Me revenait vaguement ce sentiment que j’avais eu avant, celui d’être connecté à lui par une force incompréhensible et immuable. Je savais à présent qu’elle l’était, bel et bien muable. Comme à peu près tout, comme on peut perdre la vie en un rien de temps sans même avoir pu y penser.

J’étais vraisemblablement mal à l’aise et ce bureau me semblait encore plus étroit qu’il ne l’avait toujours été. Je souriais face aux propos qu’il tenait sur sa fille. Je souriais parce que je n’avais pas la moindre idée de l’effet véritable que cela pouvait faire de tenir à un petit être plus qu’à soi-même - et c’est bien ce que j’entendais dans ce qu’il me disait. Je souriais parce qu’au fond, et j’ignorais complètement comment cela était possible, j’arrivais à m’imaginer Aiden jouant le bon père de famille. Je pouvais l’imaginer écouter les caprices de sa fille, de sa princesse et de s’intéresser à toutes les choses qui pouvaient faire rêver la petite bien que ce soit à des kilomètres des intérêts de mon ancien amant. Peut-être que cela contribuait à me mettre mal à l’aise, cette pensée soudainement si évidente : Aiden avait toujours été fait pour ce genre de chose, pour le confort d’une famille. Mais mon malaise était encore pire quand je découvrais qu’il y avait plus que ce beau portrait de famille qui m’était venu en tête à l’évocation de sa progéniture. Plus, et plus triste surtout. J’éprouvais une pointe de culpabilité, aussi. Je n’avais pas eu de mauvaises pensées à l’égard de sa femme, mais je n’avais pas su éprouver un véritable enthousiaste devant toutes ces évocations. Et, à présent, elle était morte. Aussi morte que ma sœur, et étrangement, je n’éprouvais pas d’émotions plus vives à cette pensée… Comme si, mon corps et mon cerveau refusaient tout simplement de s’abandonner à de si grands éclats. Je me sentais épuisé, sans avoir de raison de l’être.

« Tu veux aller boire un verre ? » À l’entendre résonner dans la pièce après un silence assez pesant, ma voix me surprenait moi-même. Elle semblait étrangement enrouée, alors je me raclais la gorge pour reprendre. « Juste un verre, je sais qu’il y a ta fille… » Et même si je ne pouvais pas oublier cette donnée essentielle à l’équation, je devais bien admettre que je n’avais pas songé, en lui faisant cette proposition spontanée, qu’il s’y opposerait peut-être pour la simple raison qu’il avait ses devoirs de père… veuf… « Tout ça… » Je faisais, sans le vouloir, un signe pour désigner ce bureau. Pourtant, je voulais plutôt parler de ce qu’il venait de me confier, du temps qui avait passé en nous laissant à des années-lumière de ce que nous avions été, chacun individuellement et l’un pour l’autre. « Ça fait beaucoup, j’ai besoin d’un verre. » Et j’espérais franchement qu’il accepte.

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MessageSujet: Re: La curieuse histoire du destin [PV Greg] Jeu 2 Fév - 22:46

La dérive des continents est une théorie récente si l’on regarde cette grande image du temps qui passe. L’homme, si petit dans son existence – presque insignifiant – se trouve à se trouver poser en équilibre sur des plaques si immense qu’il n’est pas visible dans l’image globale que l’on oublie trop souvent. De sa perspective humaine, biaisée dans son essence, l’homme n’est pas capable de capter le mouvement délicat que l’épais manteau fait bouger sous le sol.

Cent ans plutôt, cela aurait été absurde de seulement évoquer l’idée que les tremblements de terre et autres séismes étaient causés par le mouvement imperceptible. La même chose pouvait être dites des êtres humains. Nous évoluions dans un monde curieux, étrange… Et au gré de nos expériences, comme porter par le vent de l’aventure, nous changeons d’endroits, glissons dans un ailleurs que nous n’avions pas nécessairement prévu de découvrir sous cet angle. Face à cette nouvelle réalité du monde qui nous entoure, nous n’avions pas vraiment le choix : il fallait nécessairement se lier à d’autres pour ne pas se laisser emporter par les courants.

Mais que se passait-il quand notre vie de continent quand on arrivait à croiser un autre morceau avec lequel sur cet océan tumultueux on avait fait un bout de chemin? Les formes modifiés et riches d’une histoire qui n’appartenait qu’à nous, nous reconnaissions quelqu’un qui nous avait fait grandir. Une plaque qui nous avait nécessairement laisser des écorchures et des traces.

Personnellement, je devais avouer que je n’avais pas eu beaucoup de retour dans les dernières années des autres personnes avec lesquelles j’avais vraiment partagé un moment de ma vie. Et je devais avouer que je me sentais quelque peu démuni face à Greg. Son souvenir malgré les années était resté frais. C’était après tout avec lui que je m’étais fait surprendre en position compromettant par Noah dans nos jeunes années. Le bout de route que nos deux existences avait fait ensemble avait été quelque peu idéalisé. Quelque peu modifié.

Et comme un tremblement de terre, j’avais brisé cette union si belle qui m’aurait sans doute mené ailleurs que ce moment précis. L’enchâssement de nos deux existences n'était probablement plus possible maintenant que j’avais fait tant de dégâts sur sa vie. Et je le réalisais alors que mon regard couleur d’herbe s’accrochait non loin du sien. Dans le sien, je ne ressentais pas le doute que je savais présent du mien, pas cette espèce de brisure qui montrait que l’épicentre de mon propre séisme avait fracturé les bouts de ma personnalité et que je les avais abandonnés loin derrière moi.

Pourtant, pendant un bref instant, il m’apparait fragile en apprenant que la mort ne m’a pas épargné. Il y a une gêne dans que je perçois pendant un bref moment dans ses gestes et dans sa parole. Le choix des mots qui n’est pas aussi précis que ce qu’il a eu l’habitude de faire avant dans une vie antérieure.

Son offre me tente. Là n’est pas la question. Je n’ai jamais vraiment été fait pour la solitude et je le sais. Et malgré ma présence depuis quelques années dans cette ville, je me sens seul dans cette ville. Personne ne connait l’homme que j’étais avant le chambardement. Ils ne connaissent que le résultat à demi-détruit d’un odieux crime, que le père anxieux qui n’est l’égal que des ruines que laissent derrières elles les plus grands séismes. Une vague de destruction. Mais lui ouvrir une porte, c’est ouvrir un univers des possibles.

Nerveusement, je jette un coup d’œil sur ma montre. Un geste que je n’aurais jamais fait dans ma jeune vingtaine avant d’accepter son offre. Parce que j’avais encore cette insouciance avant de me retrouver une fracture. « Avec plaisir. J’ai un peu de temps avant de devoir aller la chercher à la garderie. Juste un instant, je vais aller récupérer mon manteau. »

Et je fais exactement ce que je dis. Et je l’examine pendant un petit instant. Honnêtement, il n’y aurait pas loin d’un milliard de choses que j’aimerais lui dire. J’aimerais lui demander s’il m’en veut de l’avoir plaqué pour une autre – de ne pas avoir accepter de le suivre dans ce bout d’aventure. Mais je me serais senti mal de secouer des événements qui avaient probablement pris le chemin des oubliettes depuis tout ce temps. J’aurais aimé lui demandé s’il avait eu d’autres personnes dans sa vie – mais la question ne se posait pas. Il était adorable… c’était certain que quelqu’un avait trouvé au moins temporairement le chemin jusqu’à son cœur.

Mais je ne pouvais pas parce que je n’avais pas conscience de la grandeur du gouffre qui nous séparait. Alors pour l’instant, il n’y avait que le bruit de nos chaussures sur le carrelage de l’école. Je savais apprécier le silence normalement. Il y avait plein de moment où le silence était apprécié mais celui-ci me semblait curieux parce que nous avions tant à dire à mes yeux. Tant à dire pour rattraper ses nombreuses années qui s’étaient écoulés et qui m’avaient peut-être valu quelques cheveux légèrement plus clairs… une personnalité moins affirmée et un enfant.

Je rompis le silence alors que nous nous orientions vers le five arches tavern laquelle n’était pas trop bruyante, ni trop occupée pour l’heure. Tant mieux! Les gens dans cette ville se faisait bien vite des idées surtout en me voyant trainer avec un autre homme. Après tout, je n’avais jamais été vu avec une femme qui ne soit pas ma mère – ou si peu souvent que les rumeurs tournaient bien vite. « Alors… Qu’est-ce que tu as vu comme pays exotiques…? » Pour être franc, ce n’était qu’un prétexte pour me le permettre de reprendre contact avec la terre étrangère que je voyais en lui. Il ne sentait plus seulement comme les souvenirs enfouis de ses dernières années mais aussi comme le plaisir honnête qu’une relation longuement élaborée créait. Tout irait bien n’est-ce pas?

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MessageSujet: Re: La curieuse histoire du destin [PV Greg] Dim 12 Fév - 2:46

Aiden... était probablement la seule et unique personne à qui faire le récit de mes voyages m'était une tâche difficile. Je n'avais pas oublié, qu'il avait été le confident de tous ces projets avant même qu'ils ne soient à la veille de devenir réalité. Mieux que quiconque, et même si nous avions tout un monde à rattraper ainsi qu'un fossé immense entre nous dont j'ignorais si nous voulions vraiment le franchir, je savais qu'il pouvait comprendre les aspirations qui m'avaient conduit à tout plaquer pour bâtir ma vie non pas autour d'éléments stables, mais dans la plus étourdissante des libertés. Je ne m'étais jamais refermé sur moi-même, bien au contraire. Je n'avais pas choisi une vie de solitude, tel que l'avait si souvent laissé entendre ma mère par moments d'inquiétude dans les premiers mois qui avaient suivi mon départ d'Angleterre. Je m'étais seulement choisi avant les autres, tout en acceptant d'ignorer pleinement ce que l'avenir me réservait. J'avais rencontré un tas de gens passionnants, bien qu'ils n'aient pour la plupart été que de passage ou étaient à un certain moment passés d'amis sincères à correspondants virtuels. Ceux avec lesquels j'avais eu le sentiment de connecter davantage étaient sans aucun doute ceux qui, comme moi au moment où les chemins s'étaient croisés, éprouvaient l’éternel ivresse de devoir prendre le temps de tout découvrir. J'avais aussi partagé certaines choses au travers des mes livres, deux en un peu plus de huit ans de vagabondage entre toutes ces villes où j’avais vécu quelque temps. Et que dire, je n'avais jamais écrit autant sur la toile qu'en étant loin de tout et de tout le monde, chose que je peinais à faire depuis que j'étais de retour à Tenby et que j'occupais ce poste d'enseignant. Les copies de mes élèves, les cours et les communications pour le bien des activités au lycée me prenaient tout mon temps. Mais Aiden n'avait jamais été l'interlocuteur de mes récits parce que nous avions coupé tout contact juste avant que je ne mette les voiles. Quelque part, au fond, il n'avait jamais vraiment cessé d'appartenir à ce rêve qu'il avait contribué si intimement à le éveiller en moi lors de nos années universitaires. Et, quelque part, son souvenir avait sans doute contribué à me faire prendre quelques décisions de destination plutôt que d'autres.

Malgré toutes les possibles appréhensions, j'étais enchanté de l'entendre me poser la question. Nous venions tout juste de traverser quelques rues en préservant un étrange silence qui avait des relents de tant de convenance… Comme si nous étions devenus des adultes - nous l’étions - et qu’il nous fallait par conséquent nous comporter de la sorte, avec juste assez de retenue et les bons sourires coupables de ne pas avoir été présents pour l’autre pendant une période bien plus longue que le temps passé ensemble. Je ne me souvenais pas de cela, de silences entre nous, et ceux-ci arrivaient à me tirer une certaine nostalgie. Je ne lui en avais pas tenu rigueur pour autant et n'avais pas non plus cherché à le briser à tout prix, étant toujours ébranlé par les révélations qu'il m'avait faites sur ce qu’il avait vécu ces dernières années. Ces mêmes évènements qui, me semblait-il, avaient changé l'Aiden que j'avais connu. C'était le danger, de se croire trop familier. J'essayais de trouver un équilibre quelque part entre ce que nous avions été et qu'il était impossible de nier de par cet étrange sentiment de familiarité qui m'habitait rien qu'à poser mes yeux sur lui... et la conviction que je devais plutôt apprendre à connaitre l'homme qu'il était aujourd'hui devenu sans égard au passé. Il ne servait à rien de se complaire dans une époque révolue et je n’étais pas sans savoir que quelque chose avait changé en moi également. Ces derniers temps, j’essayais surtout de ne pas trop y penser, sans quoi j’éprouvais si durement le mal du pays… chez moi, là où j’avais pourtant grandi.

« Tu aurais adoré. » Le franc sourire qui avait illuminé mon visage dans une expression complice n’avait été que bref, alors que je réfléchissais à la chronologie de mes débuts en tant que globetrotter. Je levais les yeux, dans une expression un peu gênée, vers le serveur qui venait prendre notre commande. Une bière blonde, pour moi. « Quand je suis parti, j’ai passé plusieurs mois, presque un an, à parcourir les villes françaises. J’étais terrifié à l’idée d’être seul. » Ça n’avait pas été dans mes plans, à l’origine. Si cette révélation ne le concernait pas directement, ainsi que notre rupture, j’étais persuadé qu’il aurait pu s’en amuser. De me savoir déconcerté, et terrifié, alors que j’avais toujours clamé haut et fort l’appel des contrées lointaines. J’étais pourtant resté tout juste à la frontière de l’Angleterre. « J’ai ensuite été en Espagne, au Portugal, aux Pays-Bas, en Belgique, l'Allemagne… Puis l’Europe de l’Est, la Hongrie, la Roumanie, la Grèce, la Pologne, quelques mois en Russie. Et j’ai fait la Scandinavie. J’ai vécu deux ans à Copenhague. » Cette époque représentait aussi la seule relation que j’avais eue, après Aiden, bien qu’elle n’ait duré que quelques mois. J’étais surtout resté au Danemark pour compléter mon deuxième roman, et juste avant de ne ressentir à nouveau l’appel d’un ailleurs. « Le boulot m’a amené aux États-Unis à quelques reprises. J’en ai profité pour visiter quelques pays d’Amérique du Sud. Quand j’ai appris pour ma sœur, j’étais au Brésil. » J’aurais aimé pouvoir lui communiquer plus habilement l’excitation de découvrir de nouvelles cultures. J’avais l’impression de lui servir une plate énumération. C’était bien loin des images qui s’éveillaient dans mon esprit ; les petits matins à prendre le café en pleine jungle ou alors dans un café branché du centre-ville de Stockholme, la mer du nord, les plages d’Espagne... « J’aurais sans doute été en Asie, si je n’étais pas rentré. » Je laissais mon regard s’attarder sur lui quelques instants.

Sans savoir pourquoi, j’éprouvais une gêne quelque peu dérangeante à lui confier ces bribes de ma vie des dernières années. Craignais-je de lire dans ses yeux qu’il n’y voyait là qu’un beau rêve ? Bien des gens qui m’avaient vu partir et m’aventurer en tous ces pays me regardaient de cette façon, comme si j’étais tout simplement et purement déconnecté de la réalité… et je l’étais sans doute ! Je n’avais jamais eu l’impression de pouvoir m’y coller, à une vie de sédentaire. Boulot, métro, famille, mariage… Ces choses n’étaient pas faites pour moi.  Et je savais que de son côté, il en avait bavé. En perdant sa femme, en menant la vie d’un père célibataire. Mes yeux avaient dérivés sur la surface plate de la table, où l’on venait tout juste de poser nos consommations. Je laissais le liquide clair de ma bière m’absorber quelques instants, avant d’ajouter sans le regarder : « Je n’ai jamais mis les pieds en Italie, tu sais ? » Je n’avais jamais assisté à ces opéras dont il me parlait avec tant de passion à l’époque. Je n’avais pas oublié.

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MessageSujet: Re: La curieuse histoire du destin [PV Greg] Dim 12 Fév - 22:05

Il y a des souvenirs qui nous marquent plus que d’autres. Des cassures dans notre échine comme je l’ai déjà mentionné mais aussi des moments qui savent rappeler en nous les meilleurs moments de notre existence.

Beaucoup de ses moments heureux des huit dernières années, je les avais scellé sous vide pour ne pas retoucher à celle vers qui ils me renvoyaient systématiquement. C’était le seul et unique moyen que j’avais trouvé pour ne pas que la douleur ne m’étreigne totalement au point de me faire disparaitre plus souvent qu’autrement. Ma fille, quelques photos et mon alliance voilà les seuls éléments que j’avais conservé. De la dernière année et de ma brève aventure avec Noah, je n’avais pas non plus conservé une grande quantité d’éléments. Je n’avais jamais été homme à me satisfaire du placard. Je n’y avais jamais vraiment été contraint d’ailleurs... avant ma relation avec Noah. C’était pour cette raison et pour la grande solitude que son absence laissait que j’avais préféré repoussé dans une petite boîte les souvenirs heureux d’avec lui. La conséquence était bien simple : si l’on repoussait ma relation avec Noah aux oubliettes et que l’on se tenait bien loin de la boîte de Pandore que représentait ma femme… Mes derniers souvenirs de bonheur étaient tous représenté dans le souvenir un peu poussiéreux – car vieux de près d’une dizaine d’année de ma relation avec le brun.

Il y avait les baisers volés, la tendresse des premiers moments, cette première fois presque magique en un sens… Et la liste était longue. Ce serait mentir que d’affirmer qu’au courant de ses dernières semaines depuis le moment où j’avais vu son nom sur une petite plaque jusqu’à notre rencontre je n’y avais pas pensé. J’avais de loin suivi ses aventures, j’avais acheté ses romans mais la lourdeur du quotidien m’avait rattrapé et ils avaient fini par prendre la poussière sur le coin de cette bibliothèque. Me promettant de les lire un jour prochain…

En ce moment précis, l’image qui m’évoquait était celle de cette intimité.  Dans cette douce langueur qui avait autrefois suivi l’étreinte de nos corps, après ce simple baiser voler qui avait trop dérapé, nos esprits avaient vagabondés d’un bout à l’autre de l’univers. Les corps repus de désir et encore chaud blottis l’un contre l’autre, je l’avais écouté mille et une fois me parler de ce désir de voyage que je n’avais pas nécessairement. Ce n’était pas seulement un rêve, mais des plans en ébauche qu’il dessinait avec ses mots. Il était plus volatile que moi avec mes racines si lourdement ancré dans mon sol anglais. Le métier dans lequel je voulais exceller, c’était un qui demandait stabilité. J’avais quand même au détour de quelques conversations glissé des détails sur des voyages que j’aurais peut-être aimé faire mais sans la même conviction que celle qu’il avait qu’un jour rêve deviendrait réalité.

Assis sur le banc du pub, je prenais le temps de détailler son regard, ses cheveux ébouriffés. Le passage du temps semblait moins sévère sur lui que sur mon corps. Mais notre histoire n’était pas la même. Et nous pourrions écrire les prémisses de cette nouvelle (peut-être qu’ancienne serait mieux) amitié à mi-chemin sur la nostalgie et la familiarité qui subsistait entre nous. Je voulais personnellement au moins d’un pont pour réunis nos deux falaises. Un semblant de passage entre ce hier qui ne guérirait jamais vraiment et ce demain.

Son sourire me pinça le cœur. Il était adorable avec ses fossettes qui se creusait lorsqu’il jugeait pertinent de sourire. Une brève lumière sur son visage si sérieux. Lui aussi était devenu adulte en un sens. Lui aussi avait été rattrapé par le train-train quotidien en un sens. Le petit éclair de complicité faisait le curieux effet d’un clair-obscur sur notre relation. Pourquoi le retira-t-il si vite pour prendre cet air pensif ? Peut-être réfléchissait-il à ce qu’il avait vécu et à comment me le présenter. J’aurais probablement un air pire si jamais il me demandait de parler de ma femme – bien que je me doutais que cela ne serait pas le cas… nous avions bien des sujets à aborder avant Amy.

Je me contente de commander une eau pétillante avec du citron – trop responsable et trop sage. Et puis, je tends l’oreille à son récit. Je sourcille doucement en l’entendant me dire qu’il avait eu peur de la solitude au début. J’ai presque un petit sourire et je retiens cette simili-culpabilité à l’idée de l’avoir su seul et déboussolé. Mais il avait eu de la chance pour la France. Et bien… bien vite, je ne retiens pas un air admiratif qui me vient naturellement lorsque j’entends la liste complète des destinations qu’il a faites. Des pays dont j’ai rêvé à milles et une reprises pour leur bagage culturel… pour leur influence sur cette musique. Et je retiens une myriade de questions folles qui veulent déborder jusqu’à lui. J’aimerais bien vite être une petite souris pour pouvoir allégrement me glisser à travers les souvenir qu’il avait accumulé au courant des dernières années.

Ce qu’il aurait vu dans mes yeux aurait été une tempête d’étoile filante qui brillent à l’image de ses bandes dessinées dont ma fille raffolait déjà sans en comprendre le moindre mot qui y était écrit. Le récit européen était ce qui m’intéressait le plus. Et je ne pus retenir un éclat de rire à demi-cristal, à demi-perdu lorsqu’il me rappelle ma curieuse relation avec l’Italie – ce pays que je n’ai jamais vu mais dont la culture classique ravive en moi un si fort sentiment. Je reprends le dessus sur cet éclat de joie qui me semble venir d’un autre moi – c’est ce moi de vingt-deux ans aux cheveux en pétard qui rigole. « Quel drame ! Mais quel genre de globe-trotteur es-tu ! »  et pendant un bref instant, je réalise que c’est une bonne chose que je n’ai pas pris d’alcool. « Ma vie d’artiste frugal, que j’avais jusqu’à ce que j’emménage ici, dans un petit appartement de Liverpool qui se nourrit de pâtes comme un étudiant me semble tellement plus palpitante maintenant que tu me dis que tu n’as pas vu l’Italie. » ironise-je avec un sourire.

Je reprends le contrôle de mes émotions et de ce rire que je n’ai pas entendu si souvent depuis que ma vie a fait naufrage. Mon regard se raccroche dans le sien et je me calme quelque peu… Il y a du sérieux dans son regard et ma réaction de gamin semble quelque peu déplacé. « Tu n’as pas trouvé trop dur de survivre de ton art ? As-tu appris d’autres langues… ? Berlin est-elle aussi belle que ce dont on parle… ? » demandais-je réalisant bien trop tard que le flot de question avait bien pu paraitre dérangeant et presque étouffant.

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MessageSujet: Re: La curieuse histoire du destin [PV Greg] Dim 19 Fév - 2:12

Certains soutiennent que c’est la nouveauté qui engendre le désir - au sens large. Que la routine, à l’inverse, est un tue-l’amour plus puissant que tous les défauts du monde. Plus jeune, je me serais objecté à de telles affirmation en y répondant qu’aucune étreinte passionnelle, qu’aucun regard et pas même celui des plus beaux yeux inconnus, n’avait d’égal à la toute simple présence d’un être aimé. J’avais été ce qu’on peut appeler un romantique, et j’avais connu de telles choses que les papillons dans le ventre ou l’ivresse étourdissante d’un bien-être de tous les jours en raison du sentiment amoureux. Les souvenirs des couloirs de l’université m’étaient restés bien plus clairement en mémoire que tout un tas de choses de moindre importance s’étant déroulées dans les dernières années. Mais j’étais aussi cet homme qui n’avait pas su rester au même endroit bien longtemps, qu’importait les gens rencontrés ou les coups de cœur pour des paysages ou des communautés. J’avais gouté à cette infinie possibilité de constamment découvrir la nouveauté, et j’avais éprouvé si fort cette possibilité de la trouver plus attrayante à chaque nouvelle frontière que j’avais franchie… Peut-être était-ce bien ce qui expliquait mon étrange sentiment, face à Aiden. J’étais, dans la plus étrange ironie qui soit, de retour au village qui m’avait vu grandir et que j’avais tant souhaité quitté afin de réaliser le périple qu’avaient constituées mes dernières années. J’étais, par conséquent, plongé au cœur même de mes bleus les plus profond - pouvait-il seulement s’imaginer combien le voyage me manquait déjà ? Mais j’étais aussi aux côtés du seul être qui avait à ce point compté pour moi que j’en avais oublié cet appel de l’ailleurs pour désirer me concentrer sur une relation. En face d’Aiden, j’étais à la fois deux parties de moi-même, quelque part entre passé et futur, dans la douce instabilité d’un présent qui me donnait les bleus.

Malgré tout, un immense plaisir m’envahissait à le voir rire. Quelques secondes durant, c’était comme si toutes les années s’étaient envolée pour ne laisser que notre complicité, et cette satisfaction que j’avais toujours éprouvé à lui tirer de vives réactions. Je n’avais jamais été de ceux à attirer énormément l’attention, à tout le moins pas vraiment volontairement, mais Aiden m’avait toujours fait éprouvé l’envie de me démarquer… à ses yeux. Je me rappelais ce constat avec un amusement nostalgique, et me laissais emporter par ses questions. Il me semblait bien que cela faisait une éternité qu’on ne m’avait pas poussé à en parler. À mon retour auprès de ma famille, bien que quelques membres de la famille aient bien glissé quelques commentaires polis sur mes années de voyage, c’était surtout la tragédie du départ de ma sœur qui avait été au cœur du sujet. Ce verre partagé, même si j’étais le seul de nous deux à consommer de l’alcool et que je songeais que j’aurais dû me montrer aussi sage que lui et son eau citronnée, m’ouvrait une porte vers une partie de moi-même… que j’avais enfouie au placard avec mes sacs de voyage.

« Je ne suis jamais allé à Liverpool. » constatais-je avec amusement. Aiden et moi avions toujours partagé un amour des arts, mais en terme de musique, j’avais toujours été davantage du genre à apprécié le vieux rock. J’étais de ce fait un fan inconditionnel des Beatles, c’était une ville d’Angleterre que j’apprécierais sans nul doute. Je trouvais un peu de consolation dans le fait qu’il y avait encore des destinations, au sein même de notre pays, qui pouvaient me donner ma petite dose de voyage, si j’y accordais un long weekend. « Je parle un peu français… » expliquais-je avec le sourire, parce qu’il fallait bien savoir se faire comprendre en sol français. « Et j’ai appris le danois, à force de vivre avec un. » J’avais toujours le sourire, mais je n’étais pas tout à fait à l’aise de parler d’une relation que j’avais eue après lui. Période bien floue de ma vie, que j’avais quittée avec tout autant d’empressent qu’elle était surgit sans prévenir dans le cours des choses. Je savais pourtant que ce ne devait pas être un sujet tabou, que nous étions passés à autre chose… Mais j’avais moi-même éprouvé un certain agacement à l’évocation de sa femme. Lequel m’avait aussi fait éprouver beaucoup de culpabilité, étant donné ce qui lui était arrivé. J’étais de toute façon trop content d’avoir un nouveau sujet sur lequel rebondir. « Berlin est fascinante. L’art y est partout, le cinéma, la musique… Tout y est en constante effervescence. » Oh, je savais qu’il aurait aimé y séjourner. Beaucoup plus que moi, d’ailleurs, qui se surprenais à imaginer ce que cela aurait été d’y aller avec lui. Je me voyais de loin, trainé de force à toutes sortes de concerts et dans les musées. Aiden aurait adoré discuté de musique avec ces artistes en vogue, croisés un peu partout dans les cafés du centre-ville. J’étais par ailleurs étonné de la facilité avec laquelle cette réalité alternative se dessinait dans mon esprit, sans le moindre effort.

« Ne crois pas que l’on vit très bien de la publication d’un bouquin ou deux… » Non, en effet. J’ignorais s’il idéalisait mon parcours ou s’il plaisantait, puisque Aiden était si bien placé pour savoir que vivre de son art à notre époque n’était pas la chose la plus aisée si l’on restait dans les sphères de la création pure. « J’ai souvent dû écrire pour les journaux locaux, ou pour la presse londonienne. J’ai même eu un boulot dans un café, à Copenhague, et j’ai bossé dans une ferme en Roumanie, quelques semaines… » Je haussais les épaules doucement, avant de prendre une gorgée de ma bière. « Pour te dire la vérité, ce job de prof me fait encore plus peur que tout le reste. » Je n’avais pas calculé de lui faire cette confidence. Le sourire que j’affichais n’arrivait sans doute pas à camoufler totalement le fait que je n’étais pas à ma plus grande aise d’être de retour à Tenby, sans compter que cette situation semblait de plus… permanente. J’essayais surtout de ne pas y penser, afin de vivre une journée à la fois sans commencer à tout remettre en question. « Et toi, Aiden, tu composes toujours ? » En posant la question, je réalisais la déception que cela représenterait si ce n’était pas le cas. Je ne pouvais imaginer cet homme sans sa musique. Pendant longtemps, il avait représenté pour moi une certaine forme d’idéal en ce sens, et je l’avais beaucoup admiré de se dédier à sa passion avec tant de vigueur.

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MessageSujet: Re: La curieuse histoire du destin [PV Greg] Dim 19 Fév - 11:20

Il y a des moments où l’imaginaire prend le dessus sur le récit de la réalité. Sans nécessairement être en train de délirer, l’imaginaire nous permet de s’évader d’une réalité qui est parfois loin d’être facile à supporter, de se projeter dans un futur qui nous est inconnu et d’explorer des possibilités que nous n’avons pas pu faire. Dans ce grand univers des possibles, le rêve nous permet de faire mille et une choses que l’on ne s’imagine pas nécessairement réaliser. Je le voyais régulièrement dans les jeux de ma fille où tour à tour elle était une princesse, une fée-sorcière.

Le récit de voyage de Greg me faisait un effet similaire. J’étais presque capable de m’imaginer une vie dans laquelle je n’avais pas de fille ni même tout ce bagage de doute que je conservais auprès de moi. Je m’imaginais avec ce grand sac à dos qui aurait tôt ou tard fini par se transformer en une petite valise avec moi. Une vie en soi si loin de ma personnalité, si loin de celle à laquelle je me vouais présentement.

J’étais encore capable de l’imaginer. Encore capable d’abstraction. Capable d’envier ce qu’il avait dû voir, vivre, sentir et ressentir dans les différents pays. Je savais que pour l’instant encore, je n’étais pas encore assez fort pour m’aventurer à l’extérieur. Londres me faisait peur – et pourtant j’y avais vécu. Remettre les pieds à Liverpool m’avait donné la nausée pendant toute la durée du procès. Sheffield, la ville de mon enfance, avait été marqué par quelques crises anxieuses que mes parents n’avaient pas vraiment réussi à comprendre. Je m’étais forgé ma propre prison. De ma geôle de cauchemar, je n’arrivais pas à rouvrir la porte. L’évidence était sans doute que j’avais maintenant peur de cette liberté – cet univers des possibles.

En m’ouvrant la porte doucement et en m’exposant à sa réalité, il me donnait presque envie de l’ouvrir cette porte… toute grande. D’en sortir pour aller explorer. J’étouffais un autre éclat de rire lorsqu’il me confia qu’il n’avait jamais vu Liverpool. Je n’aurais jamais pensé m’y installé… n’eut été de ma défunte épouse toutefois. Dans une vie antérieure, avant qu’elle ne soit associée à la ville de tous mes cauchemars, j’avais aimé cette ville. Je l’avais aimé d’amour. Sa scène artistique, sa musique, son histoire… Sauf que je ne pouvais m’empêcher de penser qu’il était plus chanceux que moi. Avec un demi-sourire, je confiais : « Copenhague compense sans doute pour Liverpool. » Après tout… Bien de l’eau avait coulé sous les ponts depuis les Beatles – les scènes de Liverpool m’avait permis de vivre. Et j’avais pu jouer mes compositions à de multiples reprises dans des lieux divers – une petite réputation… Pas assez pour remplir les grandes salles que le moi de vingt ans aurait voulu du temps où j’étais avec lui… Mais assez pour payer une partie de notre loyer, quelques luxes, cet instrument.

La mention d’un Danois me fait un étrange pincement au cœur. Bien sûr que je me doutais qu’il avait eu quelqu’un dans sa vie avec tout ce temps qui s’était écoulé sous les ponts. Mais ça me faisait étrangement mal. Pourtant, sur ce point-là, je n’étais pas homme à donner une quelconque leçon. J’avais été marié – pas seulement fréquenté quelqu’un. Et puis j’avais aussi fréquenté quelqu’un. Même si je n’étais pas certain que fréquenter soit un terme pour ma relation avec Noah. La fréquentation et la cour avaient toutes deux cette saveur d’authenticité et de grand jour. Il avait d’avantage comblé une espèce de vide, une transition… Et puis non. Je l’avais aimé. Mais je n’étais pas bon pour me condamner au placard.

Je ne peux m’empêcher de me sentir légèrement piqué par le ton plutôt direct qu’il emploie pour me dire que l’on ne vit pas de deux romans. Je le savais également. Je l’écoutais avec un petit sourire malgré tout. « Je sais combien c’est difficile. Mais en un certain sens, tu as réussi à vivre partiellement de tes écrits. Le journal reste une forme d’écriture. » dis-je avec un sourire à demi-entendu. C’est sur que ce n’était pas l’image de la littérature telle qu’il l’envisageait. Et je le savais. Je regrettais presque d’avoir ouvert la bouche pour dire ces éléments. Il me semblait que j’étais bête quelque peu. Et naif! « Mais ça te fait un beau bagage d’expériences malgré tout. Ça ne m’étonne pas que l’enseignement te fasse peur. Ça me tétanise également. » m’empressais-je de rajouter. En même temps… Il n’y avait pas grand-chose qui ne me tétanisait pas. Il me trouverait sans doute ridicule s’il en venait à apprendre que j’avais peur de mille et une choses : le noir, la solitude, les couteaux, le froid, la peur, les élèves, le public.

Et voilà qu’il fit doucement dériver la conversation vers moi. Plus précisément ma relation avec mon vieux crayon de bois avec lequel je composais sans relâche depuis que mes parents m’avaient appris à lire la musique. Je me surprends à hésiter à la réponse qu’il faut vraiment donner à cette question. Le doute doit se lire pendant un petit instant sur mon visage. « En quelque sorte, je compose encore. » Oh qu’il me semble que ma réponse est curieuse.

D’instinct, je me sens obligé de préciser le fond de ma pensée. Peut-être ne se rappelle-t-il pas en détail de toutes ses conversations que nous avons eu? Peut-être même est-ce avec un autre que j’ai eu cette discussion sur l’existence même d’une pièce de musique. La vision que j’ai de la vie d’une œuvre musicale. Je me penche un peu sur la table dans sa direction avec les yeux qui pétillent. « La musique est un art social – du moins j’ai l’audace de le croire. Pour qu’une composition existe… il lui faut un public… Et c’est là que ça coince. » Pas nécessairement sur le fait de trouver un public que j’ai envie de rajouter. Trouver des gens pour entendre n’est pas si problématique que cela… Sauf que le problème vient de ma part et non pas du public qui est assis et qui accueille l’œuvre à bras ouvert. C’est avec un sourire que je commence. « Laura est un bon public là n’est pas la question… Mais je ne suis pas remonté sur scène depuis… » mais les mots se coincent dans ma gorge. Il n’y a pas de bonnes manières d’expliquer comment ma femme est morte. Je reformule à la place la phrase : « … presque trois ans… » Et puis je réalise que c’est mieux de le mettre comme moi. Si la mention d’un homme avec qui il a partagé sa vie me brouille le cœur me serre le cœur, la mention de ma femme doit être une véritable torture. Alors j’opte pour l’option la plus neutre de toute. / Je chasse le petit chat qui s’est installé dans ma gorge. Ma main fouille dans la poche intérieure de mon manteau et je l’observe un instant en doutant de ce que je vais faire : « Donc je compose. Beaucoup encore. Mais des pièces fantômes. ». Je finis par extraire un stylo de ma poche et sur une serviette de table, je griffonne mon adresse et mon numéro de téléphone. « Mais si jamais tu as envie d’entendre mes fantômes… »

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MessageSujet: Re: La curieuse histoire du destin [PV Greg] Mar 28 Fév - 4:22

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J'ignorais complètement si c'était le boulot, le problème, ou alors si le mal n'était tout simplement pas en moi... La plupart des gens s'étant aventuré juste assez longtemps dans ma vie pour prétendre me connaitre un peu diraient que je ne pas du tout un pessimiste, mais j'avais souvent été amené à me rendre compte que bien des choses ne fonctionnaient pas avec moi. Je n'avais jamais su rester au même endroit, je n'avais jamais entretenu une relation longue - et la seule qui avait compté au point de me donner l'impression qu'elle aurait pu durer, s'était soldée par une rupture. Je portais mes yeux sur Aiden, sans trop savoir pourquoi ces pensées polluaient mon esprit alors que la conversation était pourtant sur une note heureuse, empreinte de souvenirs agréables. Je ne lui en tenais pas rigueur d'avoir choisi une autre que moi, et d'avoir emprunté une direction qui n'aurait jamais pu être la mienne. Mais cela faisait surgir en moi ce même question qui revenait à différentes époques de ma vie, pour différentes raisons. Étais-je donc capable de quelque chose, sur le long terme ? J'étais conscient que l'on pouvait envier mon parcours de globe-trotter ou même d'écrivain. Non pas que j'eus tout découvert et encore moins que je me considérais tel un prodige de la littéraire, loin de là. Je savais simplement admettre que beaucoup pouvaient rêver de ce genre de vie, mais j'étais bien suffisamment ancré en moi-même pour m'avouer que ce qui motivait l'écriture dans ma vie, et ce qui avait motivé toutes ces années de voyage... était aussi, d'une part, cette constante et cruelle insatisfaction chronique. J'étais pourvu d'un étrange mal de vivre, comme s'il me manquait toujours une part importante de moi-même dont je ne connaissais pas même la nature ou le gout. J'étais en quête, et je ne savais trop vers quoi m'orienter.

Inutile de préciser que cela me laissait coupable, lorsque ces pensées me revenaient régulièrement en tête. Coupable, parce que je constatais que d'autres avaient tout de même moins de chance. Je n'avais jamais eu à vivre un traumatisme d'une quelconque nature, à tout le moins rien de si grave. La mort de ma soeur était de loin l'évènement le plus tragique que j'avais connu, mais... Je l'avais côtoyé de loin. Quand on me l'avait appris, j'étais quelque part en train de voguer dans une vie que je pourrais presque qualifier de parallèle. Sans pour autant avoir coupé le contact avec ma famille, j'avais trouvé un certain réconfort dans le fait de vivre loin d'elle. Cela provoquait chez moi régulièrement un manque, et de ce fait même, chaque conversation au téléphone ou via Skype était plus réjouissante que le poids du quotidien. Heureusement, quand j'entendais Aiden me parler de la musique, et lorsque je voyais ses yeux briller dans un éclat semblable aux souvenirs qui fleurissaient encore dans mon esprit, je ne pouvais m'empêcher de sourire. Les nuages volaient plus loin, me sortant de cette réflexion trop profonde et quelque peu déprimante qui venait souvent m'oppresser lorsque j'essayais de donner un sens à ma vie ces dernières semaines. J'avais besoin de l'adrénaline de l'inconnu, mais je pouvais bien dire que... l'entendre parler de sa passion me procurait un effet semblable et tout aussi grisant. J'avais toujours aimé cela chez lui, cette façon d'aimer inconditionnellement... Sa musique ! J'avais tendance à apprécier les gens qui tenaient à quelque chose, qui vibraient d'une vocation particulière.

Étrangement, je lui étais reconnaissant de la tournure de la conversation. Quelque chose me gênait, sans que je ne puisse précisément identifié quoi. J'étais véritablement heureux d'avoir retrouvé Aiden et d'avoir partagé ce verre avec lui. J'étais heureux, malgré le choc de certaines révélations, d'en savoir sur la vie qu'il avait menée depuis que nos chemins s'étaient séparés et j'étais soulagé que nous ayons brisé la glace. Un nouveau face à face entre nous était inévitable depuis que j'avais compris que nous étions pour enseigner dans le même lycée, en tout cas jusqu'à la fin de l'année au moins si j'en croyais le contrat que j'avais signé en acceptant le boulot. Mais il était difficile de ne pas succomber à cette facilité, c'est-à-dire à cette impression que nous nous connaissions encore si bien. Cela devait bien faire un siècle que je n'étais pas exprimé si librement, et j'avais peur d'en faire trop. Après tout, nous n'étions pas vraiment des amis. Au présent, nous étions encore l'un pour l'autre presque des inconnus. Je ne voulais donc pas céder à la tentation de m'ouvrir le coeur pour lui raconter toutes ces choses qui pouvaient bien me tourmenter ou m'inquiéter - et franchement, il y en avait une tonne. Être en sa compagnie appelait chez moi, et malgré moi, plus d'authenticité que le masque de résilience face à la situation de ma famille et face à la posture que j'avais accepté de prendre afin d’être présent pour elle, même s'il m'avait pour cela fallu abandonner mon mode de vie.

« Pourquoi pas ? » Je lui adressais un sourire tout simplement franc, et amical, alors qu'il me donnait son adresse et son numéro de téléphone. Mon regard s'y attardait quelques instants. Il me semblait que tout aurait dû me porter à lui dire non, ou à éviter seulement de trop vouloir m'investir dans les cendres de souvenirs passés... Mais je me sentais seul, et j'entendais au travers de ses mots que c'était également le cas de son côté. « En fait, quand tu voudras. Je ne suis pas très occupé ces jours-ci. » Je n'étais pour ainsi dire jamais occupé. Je n'avais certes pas fourni beaucoup d'efforts pour nouer de nouvelles relations depuis mon retour et... c'était bien ironique, quand on pensait que j'avais pu le faire en quelques jours seulement à de nombreuses destinations dans le monde ! Mais bon, je n'étais pas du tout dans le même état d'esprit que je l'avais été durant mes voyages. « En dehors des copies à corriger, bien sûr. » à mon tour de me laisser prendre par un petit rire qui semblait alléger l'atmosphère. « Il faudrait bien que j'y aille pour cela, d'ailleurs. Ça me prend un temps fou et t'as pas idée du retard que je me tape. » Je prenais la dernière gorgée de ma bière avant de le regarder encore quelques instants. Je n'avais à vrai dire aucune idée d'où tout cela allait nous mener ni même si nous aurions véritablement une prochaine rencontre en tête à tête de la sorte. Rien ne garantissait qu'il y aurait suite... Mais j'avais ce numéro et je.. me laisserais porter par les hasards, et... peut-être bien un coup de fils, d'ici peu.

Topic terminé

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MessageSujet: Re: La curieuse histoire du destin [PV Greg]

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