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Enchanté... En fait, non. | Rylee

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MessageSujet: Enchanté... En fait, non. | Rylee Lun 9 Mai - 14:20

Mai 2016

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Celui qui avait dit ça ne devait pas connaître la vie de Siothrún. Il avait l’impression que la même journée se répétait, inlassablement. Il se levait, allait bosser, passait la journée à taper des articles sans intérêt, rentrait chez lui, s’engueulait avec sa colocataire et finissait la soirée enfermé dans sa chambre en compagnie d’une bouteille, avant de s’endormir, assommé par l’alcool et les médicaments. Pathétique ? Tout à fait. Et le pire dans tout ça, c’est qu’il s’en rendait compte. La dernière personne à qu’il avait parlé (et non avec qui il s’était engueulé) en dehors du cadre professionnel, c’était la femme qui l’avait ramassé un beau matin sur sa pelouse, parce qu’il était trop torché pour se souvenir d’où était sa maison. Y’avait du niveau.

Le pire dans l’histoire, c’est qu’il se rendait compte de tout ça. Il voyait bien qu’il était doucement en train de sombrer, de se transformer en déchet vivant et il se haïssait pour ça. Mais il était pris dans un tourbillon et il ne savait pas comment s’en extraire. Il n’avait pas la volonté et personne pour le pousser à être mieux. Il était invisible, il ne comptait pour personne. Il n’avait pas d’ami, pas de famille… Il n’était même plus dans son pays. Il était un paria, un traître. Et c’était pour oublier cette situation que la bouteille et les médicaments étaient devenus ses meilleurs amis.

Ce soir-là, il était sorti, ne supportant plus d’être enfermé entre quatre murs, ni les soupirs d’exaspération de Kate quand elle le croisait alors qu’il rôdait comme une âme en peine dans la demeure. Il avait besoin d’air frai, de voir de nouvelles têtes, peut-être même de se trouver de la compagnie pour un soir. De faire quelque chose d’autre… Là, ça consistait à aller boire, mais dans un pub, attention, avec des gens ! Il déambula un moment entre les groupes avant de se décider à accoster une jeune femme brune.

« Salut, est-ce que- »

Mais quand elle se tourna vers lui et qu’il vit son visage, il n’eut rien d’autre à dire que :

« Ah. Merde. »

Là, c’était clairement le karma qui lui en voulait, ce n’était pas possible autrement. Bon, il n’avait plus qu’à espérer que la cuisinière qu’il avait joyeusement critiquée de façon complètement injuste n’ait pas envie de lui faire sentir qu’il aurait mieux fait de se taire. Quoi qu’elle aurait tout à fait raison en réalité.
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MessageSujet: Re: Enchanté... En fait, non. | Rylee Lun 30 Mai - 11:07

Le boulot. Encore et toujours. Rylee y passait clairement tout son temps. Dès qu’elle était en jour de congé, elle paraissait être un véritable lion en cage. Elle nettoyait son appartement, allait exécuter quelques courses pour se nourrir la semaine, tentait de se changer les idées – en vain – et ne trouvait rien de palpitant à sa vie. Dès qu’elle s’arrêtait pour se poser un peu, elle réfléchissait trop. Tout le temps. Des centaines d’illuminations passagères lui traversaient l’esprit et elle tentait de les garder en notes dans un petit calepin. Evidemment, cela ne servait guère à grand-chose car la plupart du temps, elle hésitait à proposer des nouveautés au Chef de la cuisine. Elle était créative, plutôt douée, mais manquait cruellement d’assurance en elle. Encore plus depuis que son dernier plat avait reçu une très mauvaise critique de la part d’un journaliste. Bien qu’elle ne l’admettrait jamais devant ses collègues masculins, sa fierté en avait pris un coup – plutôt violent d’ailleurs.

Alors, pour décompresser le temps d’une soirée, Rylee se décida à enfiler une robe noire et des escarpins, à se maquiller légèrement, et elle déambula jusqu’au « Five Arches Tavern ». L’endroit était réputé pour les groupes qui y jouaient parfois ainsi que la bonne humeur ambiante. Nul doute qu’elle finirait par tomber sur une connaissance du voisinage ou une personne à découvrir. Elle prit place au bar et le barman sut immédiatement quoi lui offrir : un whisky avec une touche de Coca Cola et deux glaçons. C’était un remontant parfait pour elle. Fort et savoureux à la fois. Elle rit à son offre et accepta ; il la connaissait bien, depuis le temps. Néanmoins, elle n’avait jamais su abuser de l’alcool. Elle avait conscience de ses ravages. Et puis, elle n’était pas certaine que Dieu apprécierait un tel écart de comportement.

Tandis que sa boisson arriva sur le comptoir, elle entendit une voix peu connue mais pas totalement inconnue non plus. Elle tourna son visage, avec un sourire qui s’effaça dès qu’elle comprit de qui il s’agissait. « Tiens donc ! Le fameux critique culinaire. » Lança-t-elle sur un ton médisant – ce qui n’était pas dans ses habitudes ordinairement parlant. Monsieur Breathnach n’avait pas manqué de l’humilier auparavant. Il était fort séduisant mais également plutôt arrogant. Rien que de l’entendre, elle avait eu envie de le détester immédiatement. Pourtant, elle avait presque de la peine pour lui. Il avait l’air d’une brebis égarée. Se radoucissant, Rylee tenta une nouvelle fois de lui décrocher un sourire. « Vous venez ici pour rédiger un article destructeur sur le pub ? Ou vous êtes juste en panne d’inspiration et vous avez besoin d’un verre ? » Demanda-t-elle, entre courtoisie et méfiance.
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MessageSujet: Re: Enchanté... En fait, non. | Rylee Mar 31 Mai - 22:24

« Coucou, c’est moi, le mec qui a défoncé injustement ton plat. » Y’avait clairement mieux comme entrée en matière. Pourquoi il lui en avait voulu d’ailleurs, à celle-là ? Encore un jour où il était de mauvaise humeur (comme… tous les jours en fait) et il n’avait rien trouvé de mieux que de se défouler dans un article. Il allait vraiment finir par se faire virer avec ses conneries. Mais d’abord, il allait se mettre la ville à dos. C’était malin, tiens !

Mais elle lui souriait et cela le déstabilisa. Il avait plutôt l’habitude qu’on l’insulte, qu’on lui en foute une ou juste qu’on l’ignore.

« Euh non, je ne passe pas ma vie à critiquer tout ce qui passe. »

Presque pas. Une grosse partie de sa vie quand même. En même temps, il avait l’impression qu’il lui restait que ça. Comme si que cracher son venin sur tout ce qui passait, ça le faisait exister aux yeux des autres.

« Je… je m’excuse si je vous ai fait du mal avec mon article, ce n’était pas mon attention. Je reconnais qu’il était très maladroit. »

C’était le mieux qu’il pouvait faire. Il n’allait pas non plus qu’il avait écrit n’importe quoi, il avait bien trop de fierté pour ça. Déjà qu’il en avait perdu pas mal ces derniers temps, il pouvait au moins garder le peu qu’il lui restait.

« Ecoutez, je vous offre un verre, on discute un peu et vous verrez que je suis pas le monstre que j’ai pu paraître être. »

Il la regarda en coin en haussant un sourcil, comme il savait si bien le faire. Allez, elle pouvait pas lui en vouloir encore longtemps, il respirait l’innocence et la pureté et le repenti… Bon, faut peut-être pas exagéré, mais il faisait au moins des efforts pour se rendre sympathique.
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MessageSujet: Re: Enchanté... En fait, non. | Rylee Jeu 2 Juin - 18:27

Tu n’es pas ce genre de femme qui a pris l’habitude de juger un livre par sa couverture. Ta mère te l’a bien enseignée : il faut gratter la surface pour en apprendre d’avantage. Evidemment, les critiques du journaliste t’avaient blessée suffisamment pour que tu aies envie de mettre un terme à cette discussion. Tu n’étais pas réellement disposée à te montrer des plus charmantes. Néanmoins, malgré ton orgueil, tu décidas de lui accorder le bénéfice du doute. Il avait plus l’air d’un homme totalement perdu que d’un bougre. Du moins, c’est ainsi que tu lisais sur son visage. Après, tu pouvais te tromper. C’était un risque à courir qui ne te coûterait pas grand-chose, si ce n’est un peu de dignité. Au pire, tu quitterais l’établissement pour retourner à tes pénates, bien sagement.

Siothrùn te confia alors qu’il ne passait pas son temps à être un critiqueur. Etant donné son métier, tu en doutas. Un léger sourire apparut sur tes lèvres, peu convaincue de ses paroles. « Si vous le dites. » Te contentas-tu de répondre, en haussant les épaules, reportant ton attention sur ton verre de whisky dont tu bus une gorgée. C’est alors que tu entendis ce qui ressembla à des « excuses ». Ce faisant, tu tournas ton visage pour planter tes yeux dans les siens, perturbée par ce retournement de situation. S’il semblait doté de bonnes intentions – au départ – la fin de sa phrase ne te plut pas vraiment. « Maladroit ? » Soulignas-tu avec une légère amertume. Ce n’est pas l’adjectif que tu aurais employé, dans l’immédiat. Non, tu l’aurais plutôt qualifié de « cruel » ou même « injuste », mais certainement pas maladroit.

C’est alors qu’il te proposa alors de t’offrir un verre. Tes sourcils se levèrent de surprise et tu balbutias quelque peu. « Oh… euh… » Tu n’étais pas habituée à cela, encore moins à Tenby. Généralement, les hommes te fuyaient. Les femmes aussi. Il faut dire que ton nom de famille ne donne pas très envie, dans le coin. T’es née ici, tu y as grandi et tout le monde connaît tes parents ainsi que tes cadets. Ceci n’est pas glorieux. Ta famille, ce n’est pas ton sujet favori. Tu hoches la tête, positivement, encore un peu secouée par sa proposition. « D’accord. Mais à une condition ! » Lanças-tu joyeusement, avec un franc sourire. Tu laissas quelques secondes s’écouler, histoire qu’il essaie de devenir ce que tu allais lui proposer comme marché. « C’est moi qui vous offre le prochain. » Expliquas-tu sans plus de cérémonie. Tu avais toujours fonctionné de la sorte avec tes connaissances. Ainsi, tu ne devais rien à personne. On serait quitte de te traiter de profiteuse qui se fait offrir des boissons alcoolisées sans rien donner en retour. Tu pris alors ton verre entre tes doigts, prenant une autre gorgée, et tu scrutas ton nouveau « pote de bar » de la soirée. « Alors… Parlez-moi un peu de vous et de ce qui vous amène à Tenby. » Demandas-tu, intriguée.
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MessageSujet: Re: Enchanté... En fait, non. | Rylee Lun 6 Juin - 10:58

Elle ne semblait pas d’accord avec son adjectif… et elle avait bien raison, même lui le savait. Mais s’il était prêt à faire des efforts, il ne fallait pas non plus pousser. Ses limites étaient cependant très basses. Franchement, ça lui aurait coûté quoi de reconnaître ses torts ? Rien. Il avait juste trop de fierté mal placée.

Sa proposition sembla la déstabilisée et il ne comprit pas trop pourquoi. Ce n’était qu’un verre, pas le bout du monde… et c’était un comportement social tout à fait habituel quand il s’agissait de faire la connaissance de quelqu’un dans un bar. Pour une fois qu’il se montrait sociable celui-là. Mais finalement elle accepta et un fin sourire vint étirer ses lèvres. Il aurait mal pris un refus, alors qu’il faisait un pas vers elle.

« Ah. »

Elle faisait durer le suspense et il commençait à s’inquiéter légèrement. Quelle allait donc être cette condition ? Qu’il lui fasse de vraies excuses ? Qu’il publie une critique élogieuse la prochaine fois ? Qu’il promette de ne plus jamais s’approcher d’elle et de la laisser tranquille ? Mais heureusement, ce n’était rien de ça. Il secoua doucement la tête en souriant.

« Tant que ce n’est que ça, ça me va. »

Ah, la raison de sa présence ici… Hors de question de lui dire la vérité. Heureusement, il avait un mensonge bien rôdé à force de le répéter encore et encore.

« Je viens d’Irlande, de la région de Belfast… Je travaillais pour un journal qui malheureusement, a dû se séparer d’une partie de son effectif. Comme mes articles étaient appréciés, le rédacteur en chef a proposé que je vienne ici, travailler à Tenby, dont le journal faisait parti du même groupe. Rien de très trépidant, vous voyez. »

Il fit une légère grimace et but une gorgée de son verre. Ca tenait la route comme explication et ça collait avec le fait qu’il exécrait cette ville. Il ne pouvait pas dire qu’il était venu de son plein gré, c’était écrit sur sa tête que ce n’était pas le cas et qu’il préférerait se trouver autre part qu’ici.

« Mais et vous, alors ? Vous êtes jeune et vous avez un métier qui vous permet de voyager. Qu’est-ce que vous pouvez bien faire dans ce trou paumé ? Vous n'avez pas envie de découvrir le reste du monde ? »

Et puis sinon, il y avait des gens qui se plaisaient ici... mais ça, il avait encore du mal à se l'imaginer.
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MessageSujet: Re: Enchanté... En fait, non. | Rylee Lun 6 Juin - 14:19

Tu ne sais pas vraiment pour quelle raison obscure tu as décidé de te montrer agréable avec ce goujat, en face de toi. Il ne le mérite pas, si on en croit ce qu’il a osé dire sur ta cuisine – de façon abrupte et injustifiée – dans un article que tu qualifierais de torchon à vaisselle. D’une certaine façon, il t’intrigue. Jamais encore on avait pu te blesser comme il l’avait fait, alors qu’il ne te connaissait pas le moins du monde. Du moins, pas sur la seule capacité dont tu étais si fière. Alors évidemment : ce fut un coup de marteau sur la tête pour toi. Au point que tu t’es sentie affreusement en colère contre lui. Toutefois, tu n’étais pas aussi amère et rancunière que tu le pourrais. Alors tu le gratifiais de ton sourire, espérant apaiser les tensions naissantes entre vous. Surtout de ton côté. Peut-être que, de cette façon-là, tu arriverais à mieux le cerner.

Il t’expliqua d’où il venait et les raisons de son arrivée dans la bourgade plate et sans intérêt. Morne. La tienne, finalement. Celle qui t’avait vue grandir et devenir celle que tu étais aujourd’hui. Dans sa voix, tu ne perçais pas l’ombre d’un enthousiasme. Et pour cause : il aurait sans doute préféré rester chez lui. Tu le comprenais. « Je vois. » Être envoyé dans un coin aussi perdu avait dû le rendre morose et agressif, rempli de déceptions et de tristesse. Tu pouvais le concevoir. Tes lèvres se posèrent alors sur ton verre, dont tu pris une gorgée assez modeste. Il n’hésita pas alors à exprimer sa surprise quant au fait que tu demeurais ici, dans ce « coin paumé » comme il disait. Tu ne pus t’empêcher d’émettre un léger rire. « Vous n’y allez pas de main morte ! » Dis-tu, sans donner un début d’explication au fait que tu restais à Tenby. Tu posas alors ton verre sur le bar, puis tu reposas tes yeux bleus dans ceux – très séduisants – du trentenaire à la langue de vipère.

« Pour être honnête, je suis née ici et je n’ai jamais eu le loisir de voyager. Comme j’étais l’aînée d’une fratrie de six enfants, je me suis longtemps occupée de mes cadets. Et ensuite… j’ai eu des désaccords avec mes parents, qui sont en plein divorce. » Expliquas-tu, dans un premier temps, sans évoquer la raison de cette dispute violente entre vous. Pourtant, elle portait un prénom : Faith. Ton ancien amour pourvu du même sexe que toi. Ca avait été scandaleux pour les Chrétiens qu’ils étaient de découvrir la bisexualité avérée de leur aînée. Et ton père ne te le pardonnera jamais. Aujourd’hui, tu t’en moques bien. Mais à l’époque, ce fut une autre histoire. « Ils m’ont coupé les vivres. Je n’avais pas de travail, à l’époque. Du coup, maintenant, je galère encore pour finir les fins de mois. Alors je m’imagine mal pouvoir faire le tour du monde un jour. » Répondis-tu posément, avec une mélancolie certaine dans ton regard et dans ta voix. Tu avais dû emprunter de l’argent pour tes études et ton logement ; et les taux d’intérêts ne sont pas sympathiques. C’est difficile de joindre les deux bouts pour toi. Alors tu travailles avec acharnement et tu exécutes des heures supplémentaires, même pour des tâches ingrates, afin d’obtenir un salaire décent. Finalement, après avoir eu quelques pensées sombres, tu souris à nouveau au Critiqueur. « Désolée… Ma vie n’est pas très palpitante, je dois l’admettre. D’ailleurs, je suis sûre que je vous ennuie déjà. » Confias-tu avec un amusement totalement hypocrite. Tu n’étais pas la fille la plus heureuse du monde, mais tu t’en sortais. Sans personne. Sans but précis. Au moins, tu respirais. Et la vie finirait bien par te montrer la voie, tu en étais persuadée. Comme dirait ta mère « Dieu a un projet pour chacun d’entre nous ».
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MessageSujet: Re: Enchanté... En fait, non. | Rylee Jeu 9 Juin - 10:36

Il haussa les épaules. Il n’était pas connu pour arrondir les angles, loin de là. Malgré ce que lu avait dit Fitzpatrick, à savoir être gentil et ne pas faire de vague, ce n’est pas pour ça non plus qu’il allait crier un amour fictif pour Tenby. Ou même simplement dire qu’il appréciait être là. Fallait pas déconner. Et puis, ça lui donnait une excuse pour se montrer désagréable. Comprenez-le le pauvre chou, il n’avait pas choisi d’atterrir là… Il ne voulait pas forcément de la compassion, il y était hermétique, mais au moins qu’on se mettre coulant avec lui.

Il écouta ce qu’elle lui raconta et fronça légèrement les sourcils. Dans le concours de la vie la plus merdique, elle tenait une place pas mal aussi. Surtout que si lui s’était foutu dans la merde tout seul comme un grand, elle, elle ne l’avait clairement pas choisi.

« Ah, la famille… »

Allait-il un jour rencontrer quelqu’un avec une famille dans les normes ? Il n’y croyait pas. A croire que les cellules familiales n’existaient plus.

« Non, non, vous ne m’ennuyez pas… Nous avons tous nos histoires et chacune d’entre elles est intéressante. Avant de venir ici et de me retrouver à écrire sur tous les sujets qui passent, du concours de cerfs-volants à l’excursion du troisième âge, j’écrivais sur des sujets plus politiques mais aussi sur les gens, des portraits et tout ça. Et c’est comme ça qu’on se rend compte que chaque vie, même la moins intéressante au premier abord, peut se montrer captivante, notamment par la personnalité de la personne. »

Mais pourquoi il lui racontait ça, au lieu de simplement hocher la tête avec un sourire embarrassé ? Mon dieu, mais c’est qu’il se montrait bavard. Et pourtant, il n’avait même pas encore bu un verre entier. Peut-être qu’il essayait de l’alpaguer avec ses histoires, pour qu’elle reste auprès de lui et que ça l’occupe. Ainsi, l’envie d’alcool qui arrivait souvent fortement en fin de soirée quand il était seul passait peut-être tout seul. Il avait déjà remarqué que quand il trouvait de la compagnie, il finissait généralement la soirée sobre. Et ce n’était clairement pas plus mal.

Il eut une petite grimace ennuyée.

« Et désolé pour mes commentaires sur Tenby, c’est juste que… j’ai encore un peu du mal à digérer d’être là. Et puis, c’est surtout que mon pays me manque en fait. »

Il avait l’air un peu malheureux quand il lâchait ça comme ça. En même temps… Quand on voyait sa vie, on comprenait son air de chient battu. Trente-sept ans, pas de famille, pas d’attache, immigré de force… C’était surtout ce dernier point qui était le plus insupportable. Il avait beau ne pas être nationaliste, ni indépendantiste, cela ne l’empêchait pas d’être patriote et d’aimer son pays sans limite.

« Mais ne perdez pas espoir ! Vous êtes encore jeune, vous avez le temps de vous donner les moyens. »

Ecoutez-le parler celui-là… on aurait dit un papy, aors qu’il ne devait même pas avoir le double de son âge. Il eut soudain une sorte de mouvement de recul :

« Mais vous n’attendiez personne, j’espère ? »

Il avait perdu l’habitude qu’on lui parle de son plein gré…
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MessageSujet: Re: Enchanté... En fait, non. | Rylee Jeu 9 Juin - 11:57

Ta vie n’est pas très intéressante, tu dois bien l’admettre. Tu portes un nom de famille dont tu te serais bien passée. Pas à cause de tes cousins ou de la fratrie, non. Simplement les « adultes », les parents aux abonnés absents. Ton oncle et ta tante ne sont pas des tendres. Tes géniteurs non plus. La fuite de ton paternel, après avoir avoué malgré lui qu’il avait toujours mené une double vie, le prouvait bien. Quant à ta pauvre mère… elle se dépérissait à coup de médicaments et d’alcool, histoire d’oublier. Pourtant, elle avait encore des mineurs sous son toit. Elle devrait s’efforcer de se relever, ne serait-ce que pour eux. Néanmoins, elle n’a jamais été capable de vous élever. C’est toi qui as fait au mieux pour les plus jeunes. Tu as dû négliger ton enfance et toute ton adolescence. Du coup, on te qualifie de fille trop sage. Ca t’agace. Ce n’est pas un choix de ta part. T’as juste dû faire avec. « Ouais… » C’est tout ce que tu réponds au commentaire sur la famille, fixant ton verre avec des images qui défilent dans ton esprit. Vraiment, tu es mal tombée. Heureusement que tu as tes frères et tes sœurs. Sans eux, tu n’aurais pas pu tenir. Tu te souviens encore très clairement des coups de ceinture de ton paternel, quand il était en colère. Il était dur. Stricte. Impassible. Tu ne l’as jamais aimé, d’une quelconque façon. Il t’effrayait. Et le pire, dans tout ça, c’est qu’il est le pire hypocrite du monde à tes yeux.

Tu écoutas attentivement ce que le journaliste vint à te livrer sur ses activités passées. Certes, toute créature créée par Dieu méritait un brin d’attention. Toi, tu avais toujours été serviable et polie. Les vieilles dames te laissaient porter leurs courses encombrantes ou te donnaient le bras aisément pour traverser la rue. Parce que tu avais toujours été gentille et à l’écoute. De ce fait, tu ne pouvais que croire Sio. « Vu sous cet angle, vous avez parfaitement raison. » Pourtant, tu repensas à ton père. Lui, il ne méritait pas tes inquiétudes ni ta haine. Il croupirait en Enfer, tu en étais persuadée. De telles pensées n’étaient pas dignes de toi. Pourtant, tu ne pouvais les empêcher. C’était plus fort que toi : tu le méprisais de tout ton être.

Tu entendis le beau brun s’excuser pour ses commentaires désagréables sur ta bourgade natale. Ses justifications étaient acceptables. Tu pris alors la peine de lui sourire, timidement, avec une pointe de chaleur humaine. Non, tu n’étais pas rancunière à ce point-là. « Ca ne fait rien. Je crois que je n’apprécierais pas non plus d’être mutée contre mon gré. J’imagine à quel point la transition doit être difficile. Passer de Dublin à Tenby… c’est passer d’une grande ville à un trou paumé. » Admis-tu avant de rire doucement. Ce n’était peut-être pas grand, ici, mais c’était ton coin perdu. Le tien. Et tu l’aimais. Dans les grandes villes que tu imaginais dans tes songes, tu te disais que tu n’y aurais pas trouvé ta place. Tout va toujours trop vite. Il faut se speeder pour tout et n’importe quoi. Personne ne prend le temps de s’arrêter ou d’aider les autres. C’est triste. Ca te désole.

Tu remarquas son air triste. Ca te fit un pincement au cœur. Tu n’aimais pas voir les autres de cette façon-là. Toi-même, qui étais dotée d’une profonde mélancolie, tu essayais de toujours sourire. Il lâcha alors que tu ne devais pas perdre espoir sur les voyages. Tu ne pus t’empêcher d’émettre un rire cristallin, très léger. « C’est vrai. Je verrai bien ce que demain me réserve ! Ceci dit… Je ne suis plus si jeune que ça. » Oui, tes vingt-six ans te guettaient gentiment. Bientôt, tu serais dans la fameuse moitié de la vingtaine, celle qui se rapproche dangereusement de la trentaine. Tu n’aurais plus l’excuse de ton ignorance ou de tes années innocentes. Bientôt, les gosses t’appelleront « Madame » et tu seras seule dans ton appartement avec tes chats – que tu n’as pas encore, hein – en guise d’unique compagnie.

Le journaliste émet un mouvement de recul subitement, comme s’il avait l’impression de gêner. Tu le regardas, interloquée. Il te posa une question, comme s’il venait de réaliser qu’il pouvait t’importuner par sa présence. Tu souris. « Non, je n’attendais personne en particulier. » Expliques-tu calmement. Tu étais bien venue ici toute seule et sans compagnie à rejoindre. Finalement, tu étais très solitaire. Trop, peut-être, aux dires de tes proches. « J’aime bien venir ici pour décompresser. Ecouter les gens, les observer. Boire un verre tranquillement avant de retrouver le quotidien. Comme une petite parenthèse… » Dis-tu sur un ton rêveur, avant de prendre une dernière gorgée de whisky. Le verre est terminé. Et là, tu te rends compte que tu as parlé à haute voix. Tu regardes alors ton interlocuteur et tu ris légèrement à nouveau. « Pardon, je divague ! »

Tu es gênée. Tu te sens idiote d’avoir parlé de la sorte. C’est ton côté « fleur bleue rêveuse ». Tu n’aimes pas trop le laisser parler en public. Tes pensées, tu préfères les conserver pour toi. Alors, tu fais une tentative pour changer de sujet. « Sinon, vous avez visité un peu le coin ? Il y a des endroits sympas, quand on sait où chercher. Vous savez, Tenby n’est pas si horrible que ça… Enfin, je crois. » Oui, ta maigre expérience ne te permettait pas de l’affirmer. Tu n’avais guère dépassé les frontières de la bourgade. Pas comme lui. Du coup, tu étais sans doute mauvais juge.
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MessageSujet: Re: Enchanté... En fait, non. | Rylee Mer 10 Aoû - 15:38

Elle ne semblait finalement pas rancunière, lui parlant sur un ton badin et ne prenant pas mal ses réflexions peu fondées sur Tenby. Et allez savoir pourquoi, ça l’adoucit. Oui, il y avait un cœur derrière cette façade. Un cœur un peu flétri, un peu cassé, mais un cœur qui ne demandait qu’à redevenir complètement vivant. Mais il allait falloir qu’il arrête de descendre la ville, de lui faire porter tous ses maux. Il était coincé là, il devait s’y faire, il n’avait pas le choix. Même quand le procès serait terminé, s’il était acquitté (chose dont il doutait fortement), il allait sûrement devoir rester là, il ne pourrait pas retourner chez lui. Ce serait trop dangereux et il n’était de toute façon pas sûr de vouloir y remettre les pieds. Alors autant commencer à préparer l’avenir, non ? Qu’il arrête un peu de s’apitoyer sur son sort…

Ne jamais perdre espoir, voir toujours l’avenir, il aurait aimé avoir cette philosophie de vie. Ce n’était malheureusement pas le cas. Son éducation avait toujours été tournée vers le passé. Regarde tes ancêtres, ce qu’ils ont fait, protège leur nom et leur réputation… Toutes les décisions prises dans la famille reposaient sur l’héritage, les empêchant d’avancer correctement. Et s’être enfui à dix-huit ans n’avait pas changé grand-chose, malheureusement. Il lâcha une banalité :

« La jeunesse, c’est dans la tête, pas le nombre d’années. »

Mais il y croyait à cette phrase. Il y avait bien des gens vieux avant l’âge… Et parfois, il avait l’impression le matin en se levant d’avoir quatre-vingts ans tellement il est fatigué, ou d’en avoir vingt quand il retrouvait un peu d’espoir. Il répondit à son sourire.

« Je comprends… J’aime bien aussi venir dans des endroits comme ça pour juste penser à autre chose, laisser les problèmes à la porte et ne les récupérer qu’en sortant. »

Enfin, ça, c’était ce qu’il disait, la vérité était un peu différente… mais parler avec elle lui faisait oublier un peu tout ça. Alors qu’il ne la connaissait pas certes, mais au moins, elle ne le jugeait pas. Elle lui parlait normalement alors qu’il avait dit des saloperies sur son dos. Et c’était tellement peu habituel qu’on veille bien lui laisser sa chance qu’il en était grandement touché.

« Pas trop encore, il va falloir que j’y remédie. »

Comme beaucoup de gens, Sio connaissait moins la ville dans laquelle il vivait à présent que les touristes qui venaient y passer quelques semaines. Il n’avait même pas pris le temps de visiter, se contentant des trajets nécessaires et restant tout le reste du temps enfermé chez lui.

« Je sais, je suis mal placé pour critiquer dans ce cas-là, mais… je sais pas vraiment quoi faire. Il va sûrement falloir que je me mette dans la peau d’un touriste. »

Et puis, il n’avait pas non plus le droit de trop s’éloigner. Il espérait qu’il y avait des trucs sympathiques à faire dans la ville même.

« Par exemple, vous, vous connaissez bien la ville. Qu’est-ce qui d’après vous pourrait faire que je tombe sous son charme ? »
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MessageSujet: Re: Enchanté... En fait, non. | Rylee Ven 19 Aoû - 12:17

Tu n’as jamais été une mauvaise personne. Tu n’aimes pas médire sur les autres, car tu as beaucoup trop souffert de leurs regards méprisants, ne serait-ce qu’à l’énonciation de ton nom de famille. Et puis, rien ne s’est arrangé quand tu as commencé à t’afficher avec une fille. Être homosexuelle, à Tenby, ce n’est pas chose aisée. T’as pourtant voulu combattre tout ça. T’avais réussi. Jusqu’à ce que ton rêve t’éclate en pleine tête et que tu te retrouves seule, à te reconstruire tristement. Désormais, tu te sentais plus équilibrée. Tu t’étais retrouvée, en tant qu’être humain. Tout était enfin à sa place. Et, pour le coup, tu profitais allègrement de ta vie tranquille.

Ca t’amuse lorsque Sio te fait remarquer que la jeunesse est un état d’esprit et ne dépend pas exclusivement de l’âge établit sur un bout de papier. Tu souris avec plaisir. « Vous marquez un point. » Affirmes-tu, tout en prenant une gorgée de ta boisson alcoolisée. Puis, tu te laisses divaguer à tes pensées les plus sincères, bien qu’un peu trop « fleur bleue ». Etrangement, le jeune homme ne le prend pas à la rigolade et semble plutôt d’accord avec toi. Il paraîtrait que, lui aussi, apprécie de pouvoir laisser ses problèmes devant la porte d’un établissement plutôt que de les emporter avec lui. Serait-ce alors une preuve que vous vous ressemblez plus que vous ne le pensiez ? Il est encore trop tôt pour élucider la question.

Avec gentillesse, tu essaies d’en apprendre d’avantage sur lui. Tout ce que tu connaissais, c’était son nom, son métier et l’histoire de sa venue forcée à Tenby. Alors, tu lui demandes s’il a déjà visité le coin. Etant donné son visage embêté, tu comprends rapidement qu’il a émis un jugement rapide sur la bourgade. Ca te fait rire. Il t’explique alors qu’il devrait probablement se mettre dans les baskets d’un touriste. Tu ris. « Ce serait déjà un premier pas pour s’acclimater. » Expliques-tu avec douceur, tandis que tu le regardes. Non, tu es persuadée qu’il n’est pas un mauvais bougre. Il est juste blessé, seul et triste. Ca peut se comprendre. Tu ne sais pas comment tu te sentirais si on te parachutait dans une ville inconnue. Quoiqu’il en soit, il semble enfin s’intéresser d’avantage au monde extérieur à ce bar et te demandes même conseil. « Saint Catherine’s Island est vraiment sublime, si vous en avez entendu parler. La plage est aussi appréciable, quand il ne fait pas trop froid. Et, personnellement, j’adore notre église, Saint Mary’s Church. » Dis-tu, un peu rêveuse. Tu as passé bien du temps dans le bâtiment. Bien qu’il ne t’inspire pas que de bons souvenirs, tu dois admettre que tu adores cet endroit rempli de mystères et de foi. Evidemment, ce n’est pas au goût de tout le monde. « J’avoue qu’il faut aimer les anciennes bâtisses, dans le coin. Moi, je pense qu’elles sont pleines de charmes et d’histoires. » T’exclames-tu, avant de rire légèrement. Puis, tu finis par reprendre une gorgée de ton verre de whisky, que tu reposes. « Honnêtement, si vous prenez un peu de temps pour observer les alentours… je suis sûre que vous finirez par apprécier Tenby. » Comment cela pourrait-il ne pas être le cas ? Toi, tu as toujours vécu ici et cela te plaît beaucoup. Tu ne partirais pour aucune raison. Du moins, pas pour l’instant.
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MessageSujet: Re: Enchanté... En fait, non. | Rylee Sam 3 Sep - 23:53

Il l’écouta, hochant la tête. Il se disait qu’il était peut-être réellement le temps de faire des efforts et d’arrêter de subir la situation. La vie ne deviendrait pas rose du jour au lendemain, mais il pourrait peut-être juste arrêter de compter les jours qui le sépare du procès. Profiter de ce qui étaient sûrement ces derniers instants de liberté ? Mais en même temps, s’il se retrouvait à se plaire ici, tout risquait de lui être arraché du jour au lendemain. Et ça lui faisait peur. C’est pour ça qu’il cachait son manque d’amour et d’affection sous une grosse couche de connard-attitude. Il ne put s’empêcher de dire :

« Parce que parfois, il fait trop chaud ici ? Mais merci, j’irais voir. J’aime bien l’architecture et j’ai beau ne pas être très religion, je trouve que les églises sont de magnifiques preuves des différents courants architecturaux. »

Même pas du tout religion. Ses parents étaient de fervents catholiques, comme de nombreux nationalistes. En bon adolescent rebelle qu’il avait été, Siothrún avait rejeté la religion quand il avait eu seize ans, comme tout le reste d’ailleurs. Et il s’était rendu compte qu’il vivait tout aussi bien sans. Ca ne lui avait pas donné envie d’y retourner par la suite. La seule chose qui avait été bien, c’est que son éducation religieuse avait été un atout quand il avait rejoint l’IRA. Même si maintenant il se disait qu’il aurait mieux fait d’être rejeté. Enfin.

Quand elle lui dit qu’il allait aimer Tenby en regardant un peu ce qu’il y avait autour, il sourit doucement. Il avait envie de la croire.

« J’espère bien… Vous pourriez être mon guide. »

Il but une gorgée de bière, sans la quitter du regard, observant sa réaction. Ce n’était absolument pas à double-sens ou quoi que ce soit. Il essayait juste de sociabiliser. Aller se balader dans Tenby, ce serait un bon moyen de faire connaissance non ? Ca ferait un sujet de conversation. Et sans vraiment savoir pourquoi, il avait envie de passer du temps avec elle. Un regain d’humanité ? Peut-être bien.

« Et puis… Ca me fera une série d’articles intéressantes, je pourrais mettre la ville en avant, peut-être même la redorer aux yeux de ses habitants… je ne sais pas. »

Non, il ne savait pas. Il ne savait même pas pourquoi il se justifiait. C’était ridicule. Il détourna légèrement les yeux. Et puis, elle était bien gentille, mais elle n’en avait sûrement rien à faire. Mon Dieu, était-il devenu à ce point un handicapé social qu’il n’était plus capable d’avoir une conversation intéressante ?
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MessageSujet: Re: Enchanté... En fait, non. | Rylee Jeu 13 Oct - 15:36

Ce bar, il t’était familier. Pas parce que tu étais une compagne de beuverie, experte dans l’ingurgitation honteuse d’alcool, mais bien parce que tu y traînais de temps en temps. Il faut dire que la plupart des jeunes n’avaient pas beaucoup d’endroits où se rendre, dans le coin. Pour cela, il fallait se rendre à Swansea. Et encore ! Cela devait être bien loin de Londres, la bourdonnante capitale anglaise, bien que tu n’y avais jamais mis les pieds. Ceci dit, rencontrer de nouvelles têtes était plutôt agréable. Quoique, dans le cas présent, on ne peut pas affirmer que le journaliste et toi aviez envie d’apprendre à vous découvrir l’un et l’autre, puisqu’il était un fervent écrivain de la plume négative, à ton grand désarroi, en critiquant ouvertement un plat mangé dans le restaurant de « Chez Victor ». Soit le lieu de ton travail et ta création culinaire.

Contre toute attente, la conversation était plutôt agréable – bien que Sio’ ne paraissait pas enclin à ranger sa langue dans sa poche, ne manquant pas d’effectuer une petite moquerie sur les températures du coin. Tu souris, amusée, malgré son sarcasme. « Je n’irais pas jusqu’à dire qu’il fait « trop » chaud. Mais les températures sont plus douces quand le soleil daigne se pointer. Et puis, les fleurs sont magnifiques au printemps. » Affirmes-tu, avant de rire doucement. Ceci dit, tu te figes un peu lorsqu’il te parle de la fameuse petite église, dans laquelle tu avais passé ta plus tendre enfance et ton adolescence, aux côtés de tes parents. Ton vieux, quel hypocrite ! Il prônant la parole de Dieu, bien qu’il ne fût qu’un mécréant. Un mythomane. Et, malgré toute ta bonne volonté, tu ne pouvais t’empêcher de le détester. « J’ai passé suffisamment de temps dans cette église pour vous assurer qu’elle est magnifique. » Affirmes-tu, malgré tes mauvais souvenirs d’autrefois.

Tu es étonnée, lorsque le trentenaire te demande – à sa façon – de le guider dans la bourgade. « Oh euh… eh bien, oui ! Pourquoi pas ? Avec plaisir, même ! » Balbuties-tu, avant d’afficher un sourire sincère. Il essaie alors d’argumenter les raisons de cette soudaine motivation, évoquant l’envie de redorer son blason auprès d’autrui. Il ne poursuit pas son discours, préférant s’arrêter net dans ses explications. Tu ne lui en tins par rigueur, prenant une gorgée de ta boisson alcoolisée. « Ne vous en faites pas. Il y a des langues de vipères, ici, mais aussi des gens bien qui sauront comprendre qu’il vous ait fallu un peu de temps pour vous intégrer. Les règles, à Tenby, sont bien différentes des autres villes, j’imagine. » Expliques-tu calmement, persuadée de la bonne foi du monde – petite naïve.

Soudain, ton cerveau s’enclenche. Histoire de persuader le journaliste de poursuivre sur sa lancée, tu souris de toutes tes dents, avant de te mordre la lèvre. Puis, tu exposes ton plan. « J’ai une idée ! Je vous aide à découvrir des lieux sympas du coin et, en contrepartie, vous me parlez d’où vous venez et des lieux que vous avez visités. Comme je n’ai jamais voyagé… ce sera l’occasion, par procuration. » Demandes-tu, amusée, en espérant une réponse positive de sa part.
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MessageSujet: Re: Enchanté... En fait, non. | Rylee Jeu 20 Oct - 12:37

« Hum... J'attends le printemps avec impatience alors. »

Allait-il déjà survivre à l'hiver ? En soit, ce n'était pas la météo qui lui posait problème. Le temps en Irlande n'était pas non plus des plus ensoleillés. Non, il se disait juste que si la dépression rôdait déjà maintenant, qu'est-ce que ça allait être dans la grisaille hivernâtre ? Il avait peur pour sa santé mentale. Allez, il lui restait encore un peu de temps pour créer des liens avec quelques personnes et ne pas passer le reste de l'année en ermite. Il hocha la tête quand elle lui confirma que l'église était magnifique. Il faudrait vraiment qu'il aille voir un jour... Il se rendait compte que sa mauvaise foi prenait le pas sur son professionnalisme. Et ce n'était pas lui ça ! Normalement, avant de critiquer, il prenait la peine de voir de quoi il en retournait. Là, il avait tout simplement décidé qu'il n'aimerait pas. Et c"était un peu triste quand même. Il finit son verre, mais pour une fois, il n'avait pas envie de rentrer chez lui, de prendre ses cachetons et de se rouler en boule en attendant que le sommeil daigne arriver. Non, il préférait rester là, dans la chaleur de la taverne, à discuter avec cette jeune femme finalement sympathique. Siothrún ne s'en rendait pas compte, mais il avait juste besoin qu'on s'intéresse un peu à lui, qu'on lui témoigne de la sympathie. Il avait besoin de tendresse et d'affection. Cependant, même si ce qu'il avait vécu ne l'avait pas arrangé, il n'en restait pas moins un connard légèrement aigri au fond. Là, il faisait des efforts. Mais en temps normal, il ne fallait pas s'étonner que peu de gens aient envie de lui parler.

« Je pense que le fait qu'il n'y ait pas beaucoup d'habitants joue beaucoup. Quoi qu'on fasse, on a l'impression d'être épié, jugé sur le moindre de nos faits et gestes. Tout le monde se connaît, tout le monde sait qui vous êtes... La moindre erreur et vous êtes grillé auprès de la moitié de la ville. C'en est un peu flippant. Au moins, à Belfast, vous êtes dans l'anonymat. Vous pouvez disparaître si vous en avez envie. Les gens vous oublient plus facilement. Je ne dirai pas que c'est mieux, juste que c'est complètement différent comme mode de vie. »

Il s'était demandé pourquoi on l'avait envoyé ici au début. Tout le monde était plus ou moins au courant de l'arrivée du journaliste irascible... Puis il avait compris que c'était un bon moyen de défense. Si quelqu'un voulait le faire disparaître, il y aurait toujours des témoins. Si on ne l'apercevait plus en train de rôder dans les rues, la police serait au courant rapidement. De même, il pouvait être plus facilement surveiller... C'était astucieux.

« Ca me va ! Et pour me racheter et prouver ma bonne foi, je pose une deuxième clause : je reviendrai manger dans votre restaurant. Si ça me plaît, j'écrirai une critique élogieuse. Si ça ne me plaît toujours pas, je partirai du principe que ce n'est juste pas à mon goût et je ne dirai plus rien sur votre cuisine. Marché conclu ? »

Il lui tendit la main pour sceller ce pacte.
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