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I can't do my homework ∞ Tristan & Vito

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MessageSujet: I can't do my homework ∞ Tristan & Vito Mar 12 Avr - 17:39



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Tristan O'Brian & Vito E. Manélias





Quelques jours s'étaient écoulés, ou peut-être étaient-ce même des semaines. J'avais arrêté de compter, trop occupé à faire des rayures sur ce que j'écrivais, à déchirer les photos ratées et à désespérer sur les images filmées qui ne donnaient rien. Je tournais en rond. Je n'avais pas de projet, quelques envies mais pas réellement d'entrain pour faire quoique ce soit. J'avais fui un peu l'extase londonienne, laissant derrière moi mon équipe habituelle avec qui ça ne s'était pas forcément très bien terminée. Je me retrouvais un peu seul, incapable de trouver un thème, une histoire, une vision, n'importe quoi qui déclencherait une étincelle en moi. Ce n'était pourtant pas la première fois que je ramais pour m'inspirer un peu, mais je sentais qu'il y avait quelque chose d'autre qui me bloquait. Peut-être était-ce simplement cette vie un peu sans couleurs qui m'entraînait vers une certaine obscurité. Je n'étais plus dedans, l'esprit trop tourmenté par les vieux démons de mon existence, cette colère insurmontable et cette terrible solitude qui refusait de disparaître. Devant mon ordinateur, le cendrier plein et la mine tirée par la lassitude de l'ennui, je soufflais l'exaspération de ne pas aboutir à la moindre idée, à la moindre ligne correcte ou de trouver la moindre parcelle de beauté sur mes images qui m'apparaissaient juste aussi ternes que mon présent. Je prenais mon crâne entre mes mains, plantant mes doigts dans mes cheveux et fermant les yeux pour faire un semblant de vide dans mes pensées. Je pouvais revivre les scandales au fur et à mesure que je me perdais dans les limbes oniriques de mes souvenirs. J'essayais tant bien que mal de me concentrer sur mes anciens tournages, le bonheur de la concrétisation du rêve mais rien n'y faisait. Désespéré, je me levais, frappant ma chaise qui roulait contre le mur. Il fallait que je me change les idées, que je sorte de mon cercle vicieux qui me gardait prisonnier. Ce soir, je sortais et il était hors de question que je me laisse avoir par l'éternelle flemme, les excuses s'appuyant sur la liberté, la possibilité de boire ou de fumer en restant dans le confort de sa propre maison. Non, ce soir, je sortais dans un bar de la petite ville et qui sait, peut-être qu'il fallait juste que je brise ma routine pour vivre un peu dans le monde réel.

Je laissais l'eau froide de la douche emporter avec elle la lassitude de mon corps. Revigorant ma peau et mon visage comme un coup de jus électrifiant la totalité de mon être. Quelques minutes suffisent, le temps de me laver et de me rincer. L'eau glacée n'avait jamais été un réel plaisir, efficace mais il ne fallait pas trop traîner. Je m'habillais alors plutôt simplement d'un t-shirt basique surplombé d'un pull, jean, bottines, rien de bien nouveau. Mes affaires rassemblées, je partais à pied vers le bar le plus près. J'avais pu faire quelques repérages depuis que j'étais arrivé. Juliette m'avait montré un peu le coin, et je commençais juste à être un peu familier avec les rues bien qu'incapable de retenir les noms. C'était plutôt machinal, d'instinct un peu, mais je débarquais dans un bar avec cette sensation un peu désagréable d'être le nouveau en ville. Je pénétrais dans le bar, m'asseyant au comptoir, laissant quelques regards se perdre dans la salle, toujours aussi paranoïaque de sentir les pupilles des autres s'abattre sur moi. Un peu gêné, un peu timide, un peu extérieur à l'ivresse nocturne. Je commandais une bière, pour boire quelques gorgées et faire le vide autour de moi. J'aimais bien disparaître un instant, me couper du monde dans une habitude qui me collait à la peau. D'abord, je me visualisais en hauteur, loin de mon propre corps et de dos. Je coupais lentement les sons hormis les miens, puis j'effaçais un à un, les meubles, ne laissant que la couleur comme des traits de peinture fait avec un gros pinceau. Tout devenait un peu abstrait, transformé en un tableau d'impressionnisme et enfin venait les mouvements de caméra. Des plans s'approchant pour supprimer le flou, d'autres un peu lents pour retracer les contours d'une ligne noire et stricte. Je sortais alors mon petit cahier, écrivant quelques mots qui pouvaient me venir en tête, dessinant un peu et je buvais avec nonchalance ma bière. L'air frais faisait du bien, le bruit ambiant s'était mélangé au mien et la sensation d'être un tout me permettait d'oublier, l'espace de quelques minutes, toutes ces hantises d'échecs.

Il me fallut quelques regards puis quelques doutes avant de reconnaître la personne à ma gauche, un peu plus loin sur le comptoir. Des interrogations, des sourcils plissés, une petite réflexion et enfin je reconnaissais Tristan O'Brian. Le doute évanoui dans un sourire amusé, je me demandais même comment j'avais pu ne pas le reconnaître de suite. C'était un jeune écrivain de talent, j'avais dévoré son livre et attendant patiemment la suite de son œuvre. Une vision sévère, violente, quelque chose de sombre et d'éclatant. Une réalité comme je les aimais et une plume que j'avais vraiment apprécié. L'occasion était trop belle, alors je décidais de m'approcher pour casser le silence de notre solitude.

« Excusez-moi. Je tenais juste à vous dire que j'avais adoré votre livre. Votre univers est vraiment à part et je l'ai trouvé fascinant. »

Je souriais poliment, prenant quelques gorgées de ma bière, je ne voulais pas l'importuner trop longtemps alors je saisissais l'opportunité directement, ne faisant aucun détour.

« Si un jour vous avez envie d'écrire pour le cinéma, je serais plus que heureux de mettre vos textes sur un grand écran. »

Je regardais le jeune homme, attendant sa réaction. Après tout, je n'arrivais pas à écrire, je n'arrivais pas à trouver quelque chose qui me plaisait assez pour monter un projet d'un deuxième long-métrage. Si je pouvais travailler avec lui, peut-être que ça me décoincerait, après tout il était écrivain, jeune et on avait un univers se ressemblant un peu, on trouverait sûrement quelque chose à faire ensemble.




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MessageSujet: Re: I can't do my homework ∞ Tristan & Vito Mer 13 Avr - 1:29

vito ∞ tristan
Le syndrome de la page blanche était peut-être la pire chose qui puisse arriver à un écrivain – à part, peut-être, devenir manchot. Les critiques de ce journaliste à la con ne cessaient de tourner dans la tête de Tristan. Il se rappelait sans cesse ses mots et ne pouvait décemment pas nier que ça le touchait énormément. Médiocrité, personnages grotesques… Il avait même été plus loin en comparant le personnage principal, homophobe invétéré et qu’on claquerait bien, à Tristan. Comparaison qui était clairement mal passée et qui avait en partie motivé l’écrivain à aller rendre des comptes. Il avait beau être désagréable et solitaire, le garçon ne supportait pas qu’on l’assimile à ces gens-là et l’avait clairement fait comprendre. Tout autant qu’il n’avait pas supporté qu’on démonte l’œuvre de toute une vie en à peine trois lignes, faute d’un vrai sujet à exploiter. Les scandales et les critiques venimeuses, c’était ce qui marchait le mieux non ? Ce journaliste l’avait bien compris.
C’était donc avec un visage un peu amoché que Tristan se tenait assis face à son ordinateur, le chat sur les genoux. Il avait envie de prouver à ce type que ses écrits n’étaient pas médiocres… Qu’il était capable de faire un livre digne de ce nom et qui plairait au plus grand nombre. Mais force lui était d’admettre que pour le moment… ce n’était pas vraiment le cas. Rien ne venait, il avait plutôt envie d’éclater son écran d’ordinateur. Tout ce qu’il avait c’était le prénom de Siana, celui de son amie, que l’écrivain voulait vraiment utiliser dans son livre. Comme une sorte de dédicace à la seule personne qu’il appréciait vraiment par ici.

Calme-toi, tu vas pas bousiller ton ordi. Ca coûte trop cher… Tristan n’était pas radin, disons qu’il voulait utiliser ses économies à bon escient pour en vivre le plus longtemps possible sans avoir à chercher de boulot – et donc sans avoir à devenir un minimum sociable.
Tristan finit par se décoller de sa chaise, définitivement agacé. Il entama les cents pas dans son salon sous l’œil intrigué de son chat. Cet appartement était morne, avec des couleurs déprimantes et un silence agaçant. Peut-être qu’il lui fallait changer d’ambiance pour réussir à écrire ? Même si l’idée de se rendre dans un bar ne l’enchantait pas plus que ça, il était prêt à tout tenter si ça pouvait faire sauter son blocage. Il n’avait pas encore eu l’occasion de se rendre dans ceux de Tenby… Il fallait avouer que la dernière fois où Tristan était allé dans un bar à New-York, ça s’était plutôt mal terminé. En manque de mots pour décrire une bagarre, il en avait lui-même provoqué une pour savoir exactement quels ressentis décrire. Autant dire que la soirée n’avait pas été triste… C’était aussi ça être passionné : repousser ses limites pour les biens de son œuvre.
En sortant ce soir, c’était ce qu’il allait faire. Tristan ne s’était pas enfermé dans son appartement pour rien… depuis son accident et très probablement à cause de son manque d’inspiration, il avait de plus en plus de mal à supporter les autres. Il faisait toutefois des progrès avec Siana ! Sortir c’était pour lui une corvée. Cette voiture qui l’avait renversé quelques mois auparavant lui avait laissé quelques cicatrices indélébiles sur la jambe ainsi qu’une certaine paranoïa. Dans la rue, Tristan avait l’impression que tout le monde savait et que tout le monde pouvait les voir… Qu’on se moquait de lui. C’était totalement débile puisqu’il faisait bien attention à ne jamais mettre de short, il dormait même en jogging la nuit, alors que seul son chat était là pour le voir ! Un complexe assez difficile à vivre pour le garçon.

Ce soir-là il allait faire tous les efforts nécessaires. Il enfila sa veste, mis son ordinateur portable dans sa sacoche, attrapa ses clés et quitta sa maison.
Le choix du bar se fit totalement au hasard ! Il y avait de toute façon peu de chances que l’écrivain y passe plus d’une heure… Si ce lieu ne l’inspirait pas plus, il finirait par se lasser, s’agacer – voire s’énerver – et s’en aller au risque de créer un scandale.

Tristan s’installa au comptoir et commanda une bière. Ici, l’ambiance était effectivement bien différente… Du bruit à profusion, des gens heureux et qui s’amusent. Tout le contraire de l’écrivain en somme ! Il se contenta dans un premier temps d’observer tout ce qui l’entourait. Quelques couples qui semblaient très heureux le déprimèrent d’entrée de jeu. Comme il les détestait autant qu’il les enviait…
Un homme le sortit de ses pensées peu joyeuses. Tristan sursauta légèrement, pas vraiment habitué à ce qu’on vienne lui parler aussi spontanément. Les propos du garçon le firent sourire autant qu’ils le surprirent. Qu’on le reconnaisse était assez rare, mais ici à Tenby ça faisait déjà deux fois ! Comme quoi, il avait peut-être bien choisi la destination au final. « Oh, merci ! Vous ne savez pas comme ça me fait plaisir d’entendre ça. » C’était toujours rassurant après qu’on ait fait un article de vous aussi mauvais. Il avait beau envoyer balader la plupart des gens, c’était difficile de le faire quand on complimentait son bouquin. Il avait vraiment besoin d’être rassuré ces temps-ci… « Apparemment ce n’est pas l’avis de tout le monde par ici. » Mais encore, il mettait ça sur le fait que les journalistes ne devaient pas avoir beaucoup de sujets croustillants à se mettre sous les dents.

Le visage de ce type lui disait un truc. Quand il parla de cinéma, ça fit presque tilt dans son esprit. Il n’arriva pas pour autant à mettre un nom sur son visage… « Vous écrivez pour le cinéma ? J’ai l’impression de vous avoir déjà vu quelque part. » Dans un autre contexte on aurait pu prendre ça pour une très mauvaise technique de drague. « Quoiqu’il en soit, c’est gentil de proposer. Mais je suis actuellement sur un autre projet… je ne peux pas laisser tomber. » En soit, il n’y avait pas grand-chose à laisser tomber. Quelques pages tout au plus, une vague idée d’intrigue et un prénom… Mais c’était trop difficile de le reconnaître. En plus, travailler en équipe… ça signifierait de passer beaucoup de temps avec quelqu’un d’autre et ça il n’était pas sûr d’en être capable.
Transgressant ses propres règles – après tout la soirée semblait être propice à ça – il lui tendit la main. « Tristan, enchanté. » Pour une fois qu’il ne mentait pas en disant ça !
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MessageSujet: Re: I can't do my homework ∞ Tristan & Vito Mer 13 Avr - 5:09



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La réalité n'était pas vraiment la partie la plus intéressante de mon existence. Elle ne l'était pas pour mon être tout entier. J'avais toujours eu cette étrange sensation d'avoir été aspiré ailleurs, m'effaçant doucement du cadre pour être destiné à exister hors du champ. Je crois que c'est pour ça que je ne trouve ma place que derrière ma caméra. Absent de ce monde si bruyant, si joyeux, si différent de ce que je ressens vraiment. J'avais en moi cette misanthropie violente, ce désir absurde de détruire chaque chose autour de moi juste pour que l'angoisse disparaisse. Juste pour que la souffrance s'évanouisse. Juste pour entrevoir le calme ne serait-ce qu'un instant. Je ne réussissais à être moi-même que sur un plateau, derrière ma caméra en dirigeant une vie factice s'animer pour moi. Pour mon imaginaire. Ce monde parfois obscur, parfois merveilleux, mais toujours plus vivant que cette foutue réalité. Il n'y avait pas de jugement dans mes rêves, pas de regards accusateurs, pas de mauvaises ou de trop bonnes pensées. Et pourtant je pouvais voir la colère, la joie, les larmes et les rires, mais je crois qu'il n'y avait juste pas faux dans mon monde. C'était ironique, un peu. De n'apercevoir que du vrai dans l'onirisme et que du faux dans le réel. C'était peut-être pour ça que je me sentais si loin des autres, si peu capable et si peu motivé à changer quoique ce soit à mon comportement. Je ne pensais pas être asocial, je ne pensais pas être mauvais, ni bon d'ailleurs. Je pensais être ailleurs, c'était tout. Juste, ailleurs, dans un endroit isolé et bien à moi. Je ne voulais pas changer ça, j'aimais cet endroit, j'aimais le fait qu'il soit à moi, le fait qu'on ne puisse sûrement jamais m'atteindre ici. Et si cela faisait de moi quelqu'un d'arrogant, quelqu'un d'étrange, d'idiot, et bien ça ne me gênait pas. Car c'était mon monde, mon univers, mon chaos et personne ne pourrait me le retirer.

Alors peut-être que c'était ça qui m'avait amené à parler avec Tristan. À l'aborder si directement, si familièrement. Tellement que je laisserais bientôt tomber le vouvoiement. Oui, peut-être que c'était cette perspective sur nos mondes si uniques qui m'avait approcher ici. Ou alors était-ce simplement le doute sur ce monde. Un deuxième avis brouillé par le regard des autres qui m'avait forcé à bousculer mon habituelle solitude. Mais j'avais le sentiment qu'on pouvait se comprendre, alors je souriais doucement avant de lui répondre.

« Ce n'est pas l'avis de tout le monde mais Kubrick était un putain de génie. »

Je ne voulais pas forcément être réconfortant. J'amenais une autre vision, un avis extérieur qui, au final, valait autant que les autres. Après tout, tous les avis, bons ou mauvais, n'étaient que des opinions subjectives. Parfois c'était souillé par le contexte, par les autres, par nous-même mais le résultat était le même. Il reprenait alors, avouant me reconnaître de quelque part sans vraiment retrouver d'où. Pendant quelques instants je me perdais dans les deux choix possibles. J'espérais qu'il ne m'avait pas vu dans les titres à scandales. Qu'il n'ait pas lu mon nom dans la presse après mes déboires si communs. Tout avait été si dramatique, si exagéré, exacerbé la vérité dans cet espoir de descendre volontairement une réussite. Juste pour montrer au monde que malgré tout on était comme eux. Qu'on avait rien de spécial. J'espérais cela dit qu'il ait vu mon film. Plutôt que ma descente, j'aimerais qu'il ait vu mon ascension.

« Je réalise surtout. Ça va faire quelques mois maintenant que mon film est sorti. This Moment, c'est peut-être ça qui te dit quelque chose. »

Mon film avait été une concrétisation énorme pour moi. Jusqu'au gros contrat, j'avais enchaîné des courts-métrages, j'avais essayé de porter mon nom le plus haut et le plus loin possible. J'avais une promesse à tenir, un rêve à réaliser, alors j'ai écris. Longtemps. C'était difficile de se rendre compte juste à l'écriture que mon film allait être ce qu'il était. J'avais tout en tête, la musique, les dialogues, les images, j'avais tout imaginé du début jusqu'à la fin et ce, depuis quelques années déjà. J'attendais l'opportunité, l'argent, les gens de confiance. Je ne voulais pas travailler avec une grosse production qui m'aurait imposé de couper des scènes, de raccourcir, d'allonger, de mettre des têtes connues dans l'indépendance de mon projet. Je voulais tout gérer, tout avoir dans mes mains pour ne rien devoir à personne. J'avais fais réalisé quelques épisodes de petites séries, juste pour placer mon nom, juste pour ramasser un peu d'argent. Et enfin, il y a un peu plus d'un an maintenant, j'ai pu faire mon film. This Moment était un film sur la vie. Celle de tous les jours. Celle qui souffre et qui hurle sans arrêt, celle avec une violence absurde qui débarque par la puissance d'une image dévastatrice. Une vie qui racontait l'histoire d'un jeune garçon noyé dans la drogue et les mains trempées de sang, perdu dans sa propre réalité, toujours à la recherche du moment crucial. Il n'y avait pas d'espoir à la fin de mon récit, il n'y avait pas de fin heureuse, il y avait juste l'état d'une douleur constante. Il y avait ce moment, cet instant où il a plongé dans une débauche attractive sans jamais réussir à s'en défaire. Ce moment, où il a tué pour la première fois, où il a aimé pour la première fois. Ce moment où il a comprit qu'aucune fleur pousserait sur le macadam, ce moment où il a comprit que rien ne le sauverait, qu'aucun effort ne serait suffisant pour le faire sourire. Et enfin, il y avait ce moment suspendu avant le générique de fin. Ce pistolet sur la tempe, ce choix crucial, ce simple moment qui changerait toute sa vie. Survivre un jour de plus, ou s'éteindre pour ne plus voir aucun lendemain. J'étais fier de mon film, j'étais heureux de son succès. Mais j'avais encore tellement de choses à dire.

Je fus content d'entendre qu'il écrivait un autre bouquin. Un peu hâtif de retrouver sa plume, impatient de plonger dans son univers à nouveau, pour me transporter comme dans son premier bouquin. Il me tendit la main, disant même son prénom. Je l'empoignais pour la lui serrer.

« Vito, de même. »

Un sourire sur les lèvres, je me redressais sur le tabouret du bar pour boire quelques gorgées dans ma pinte. À nouveau le monde se refermait, mais cette fois, il englobait Tristan avec moi.

« Je ne sais pas vraiment si c'était une proposition. À vrai dire, je n'ai aucun vrai projet à mettre sur la table. Je crois que c'est le fait de t'avoir croisé, je me suis dis que ça pouvait être une opportunité à saisir. Je ne sais même pas si je serais foutu de travailler avec quelqu'un. »

Je riais sincèrement, me moquant un peu de moi-même. Je me rendais bien compte que la première proposition était un peu absurde, un peu directe. Peut-être trop, mais, au moins, ça restait ouvert et puis s'il habitait le coin, on serait sûrement amené à se revoir. Le cinéma c'était un monde de contact et de connaissance, il suffisait parfois de rencontrer la bonne personne, au bon moment, et tout pouvait se lancer sur une seule discussion.

« Tu travailles sur quoi ? Un deuxième bouquin ? »

Il n'avait pas vraiment précisé le projet et j'étais simplement curieux. Je faisais la conversation aussi, intrigué par le thème qu'il avait pu choisir. J'aimais sa plume, son univers, et on avait pas tous les jours la chance de pouvoir en apprendre plus sur un auteur qu'on appréciait, qu'on respectait.




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MessageSujet: Re: I can't do my homework ∞ Tristan & Vito Sam 16 Avr - 0:51

vito ∞ tristan
Il était rare qu’on aborde Tristan aussi naturellement. Si paré d’un sourire l’écrivain avait l’air tout à fait normal, il était plutôt du genre à faire la gueule… et à avoir l’air d’un garçon qu’il ne valait mieux pas déranger. Vito était passé outre cette façade pour parler à ce type à l’air un peu macabre, seul derrière son verre. D’un autre côté, il semblait lui-même accompagné par une boisson alcoolisée, loin de tous ces gens en groupe et qui faisaient un boucan pas croyable ; il n’était donc à première vue pas le genre de personnes que Tristan détestait et il y avait moins de chances qu’il l’envoie balader. Oui, les gens bruyants, puant le bonheur… Ca l’horripilait. Ca l’énervait car il n’était pas capable d’être comme eux. Incapable de se sentir léger, de s’amuser avec des amis, d’oublier en rigolant plutôt qu’en buvant – même si à priori ils faisaient les deux. Pas capable de comprendre le bonheur, de se souvenir à quoi ça ressemblait. Il aurait cru qu’être malheureux lui donnerait de l’inspiration ! Le truc de l’écrivain maudit, tout ça. Mais ça ne semblait pas marcher pareil pour tout le monde… Tristan n’avait jamais autant écrit que lorsqu’il avait été amoureux – bien que paradoxalement, ça ait totalement détruit son couple.

Et puis honnêtement, après avoir rencontré cet abruti de journaliste… n’importe laquelle des compagnies devenait tout de suite plus agréable.

Il but une gorgée de sa bière, laissant un instant son esprit vagabonder dans la pièce. L’évocation du nom Kubrick suffit à le rendre de nouveau attentif et il sourit même un peu. « Très bonne référence. Jamais je ne me comparerais à Kubrick mais c’est vrai qu’il a été pas mal critiqué. J’espère qu’il n’a pas cassé la gueule à tout le monde comme j’ai voulu le faire dernièrement… C’était pas très concluant en vrai. » Tristan n’avait jamais été un as de la bagarre. Il savait prendre quelques coups, les rendre, mais il ne pensait jamais à se défendre, du coup c’était quitte ou double. C’était un peu comme dans les jeux vidéo : appuyer sur tous les boutons sans réelle stratégie et ne jamais penser à la garde. C’était rarement payant… Sauf si on avait un peu de chance et qu’on frappait fort.

This moment était donc le film de Vito. Tristan était déjà pas mal impressionné de se trouver en présence de quelqu’un qui avait réalisé un film… Mais quand il fouilla un peu dans sa mémoire, il put effectivement se souvenir de l’avoir vu ! Un univers qu’il avait beaucoup adoré, le genre de films qu’on devait regarder plusieurs fois pour tout saisir, de belles images… Son visage s’éclaira alors un peu, il regarda Vito d’une toute autre manière. « Sérieusement ? C’est toi qui as fait ce putain de film ? » Le mot était sorti tout seul en réalité et il pouvait être interprété de plein de manières. Tristan mit vite fin au suspens. « J’ai vraiment adoré ! Bon, ça m’a déprimé deux trois jours, mais c’est totalement mon genre de film. J’en reviens pas… » Il n’avait pas l’habitude de faire la groupie mais ce gars-là était un vrai génie. Tristan était tombé sur ce film par pur hasard et aussi parce qu’il aimait découvrir de nouvelles têtes et de nouveaux talents. Il ne disait pas non à un blockbuster très commercial de temps en temps comme pratiquement tout le monde mais il lui arrivait régulièrement de donner sa chance à de tous nouveaux réalisateurs comme Vito. Honnêtement, il était très souvent déçu. Des images un peu brouillonnes, un scénario qui l’était tout autant et des personnages peu crédibles… Par manque de moyens et de travail probablement. C’était un peu sceptique qu’il avait regardé This moment et ne l’avait, au final, aucunement regretté. C’était même son coup de cœur ! Il y avait sûrement des choses à redire, comme dans toute œuvre. Mais la globalité du film rattrapait largement les éventuelles bavures.
Par contre, il n’était pas du tout au courant des scandales liés à Vito. Et au pire des cas… Qui était-il pour juger hein ? « Si on m’avait dit que je te rencontrerais ce soir. Il faudrait que je sorte de ma tanière plus souvent. » Il était difficile d’égayer la soirée de Tristan… Ce type, là, il avait réussi. « Un nouveau film de prévu j’espère ? »

Tristan se présenta finalement. Il enregistra le prénom de Vito bien au fond de sa tête. L’écrivain avait certes vu le film… mais il n’était pas du genre à aller checker la page wikipédia de tel ou tel réalisateur pour en apprendre plus sur sa vie privée, alors son prénom lui était tout simplement sorti de la tête. « Eh bien moi je sais d’avance que je serais incapable de travailler avec quelqu’un ! » Pourtant, une collaboration avec un réalisateur pareil, ça pourrait être une occasion en or. Mais il ne savait pas écrire pour le cinéma et déjà qu’il avait du mal à avancer son bouquin… trop de projets le dissiperaient davantage. « Je suis trop… je crois que le mot con est ce qui correspond le mieux en fait. » Tristan avait conscience de ça et de son caractère difficile à vivre. Ce n’était pas pour rien qu’il passait le plus clair de son temps seul… Il n’avait pas toujours été comme ça. « Alors sauf si tu veux t’arracher les cheveux, je pense qu’il vaut mieux s’abstenir ! » C’était plus facile de l’effrayer que d’accepter une éventuelle collaboration. Il avait peut-être un peu peur de l’inconnu et de ce que ça pourrait donner… D’un autre côté son livre le bloquait totalement. « Enfin si tu as aussi un caractère de merde, il faudra penser à acheter de la vaisselle en plastique. » qu’il dit avec un petit sourire. Il passait déjà d’un refus catégorique à un éventuel investissement – même si ce n’était qu’une blague. C’était plutôt bon signe.

« Je n’ose même plus appeler ça un livre en fait ! Je passe mon temps à appuyer sur la touche effacer, c’est… fatigant. Mais ouais dans l’idée j’essaie d’écrire. Je n’ai pas de date de sortie, je crois que mon éditeur est sur le point de se pendre. » Il aurait pu faire semblant et mentir, lui dire que l’inspiration ne l’avait jamais quitté mais honnêtement… Vito devait connaître ça. Il ne le jugerait pas. Tristan haussa les épaules, attrapa son verre et le vida d’une traite.
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Dernière édition par Tristan O'Brian le Ven 29 Avr - 7:48, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: I can't do my homework ∞ Tristan & Vito Jeu 28 Avr - 23:50



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Arquant un sourcil sur la confidence de Tristan, je retombais dans mes propres déboires de violence. Cet excès incontrôlable qui avait surgi sur ma passion et probablement sur l'abus d'une débauche qui était devenue, à ce moment-là, une nécessité d'artiste. On ne pense pas à nos débuts qu'on finira comme tous les autres, à se vautrer dans les petits clichés de la célébrité mais on finissait tous par avoir cette absurde sur la réussite. Si l'échec fait mal, il permet de garder les pieds sur terre, de relativiser sur ses propres désirs de prétention. J'avais toujours été pauvre, misérable, alors quand la fortune est arrivée, il n'existait plus de petits plaisirs. Bien que assez courte, j'ai eu cette période où l'argent se consume aussi vite que son existence, où on se nourrit plus de rêve mais d'une réalité brillante et attractive. Je crois bien que c'est cette fameuse violence qui m'a fait redescendre, ces gros titres avec mon nom en tête d'affiche dépliant les déboires nauséabonds de mes réactions, sûrement trop, passionnées. Ce n'était pas à cause des critiques, j'avais toujours eu l'habitude de recevoir des regards étranges sur mon monde à moi, sur mon chaos envoûtant. Non, ça avait plutôt été la condescendance, les mots frappants ma naïveté par une arrogance abrupte. Je m'étais retrouvé hors de mon propre corps, incapable de contrôler la rage en moi comme si plus rien n'existait que les airs hautains et les rires moqueurs de mes assaillants. Aucune fierté à en retirer, simplement le résultat d'une énième connerie juvénile à endosser. Je buvais une gorgée de bière et je ne réagissais pas plus sur sa confidence, me disant que j'exécrais ceux qui me le rappelait. Je ne voulais pas être celui qui questionnerait, celui qui mettrait en avant ce qui était visiblement pour lui, une erreur peu concluante. Alors le silence semblait être la meilleure des réponses, juste un regard de compréhension, celui qui avoue la similitude. Personne n'aime les critiques négatives, ceux qui disent qu'elles sont constructives pour la suite sont justes des idiots qui poursuivent une illusion. On ne peut pas plaire à tout le monde, alors on ne devrait pas s'énerver sur un avis, une opinion, aussi cruelle soit-elle mais quand on écrit ou qu'on réalise, quand on fait quelque chose qui nous tenait à cœur, où on a déposé temps, sueur et cœur, on ne se contrôle pas. La dernière chose qu'on désire c'est recevoir un couteau dans le ventre de la part d'une personne, elle-même, incapable de comprendre à quel point il est intiment blessant.

À l'annonce de mon film, le visage de Tristan s'illumina doucement, effaçant ses doutes sur qui j'étais et réussissant alors à placer ma petite personne sur mon œuvre. Je fus heureux de voir qu'il l'avait vu, et visiblement, apprécié. On ne cherche pas l'approbation des autres, bien que toujours satisfait, à l'inverse de recevoir une critique négative, d'avoir une opinion agréable sur notre travail. C'était pour ça qu'on le faisait, pour montrer quelque chose et espérer de tout notre être que les gens puissent avoir une bonne réaction dessus. Mon film avait bien marché, et beaucoup de gens l'avaient aimé, mais c'était toujours agréable de recevoir un compliment de la part d'une personne qu'on estimait. Notamment qu'on estimait pour son regard sur le monde, pour son univers, pour son talent. Je riais doucement, toujours un peu gêné d'avoir un compliment, dans cette timidité modeste que je cachais bien souvent derrière mes airs d'arrogance.

« Ça me fait plaisir de savoir que tu l'as apprécié. »

C'était mon premier film, et il y avait encore des choses que j'aurais voulu faire autrement. Mais j'en étais fier car il était ma consécration, le premier pas vers le suite de mon existence. Il remplissait la promesse faite à ma mère et il était important pour ça. Il représentait quelque chose de grand et il aurait toujours mon affection. On m'avait proposé d'autres projets, mais je m'étais déjà résigné d'apporter mes propres briques sur le mur du cinéma que je voulais porter comme étendard. Je ne voulais pas devenir un de ses réalisateurs qui profitent des histoires des autres, je voulais créer et inventer les miennes, je voulais être dans le processus de la création plutôt que de donner ma vision sur des récits qui vivraient très bien sans. Je riais à nouveau, réagissant immédiatement à ces propos.

« Tu m'étonnes, si on m'avait dit que je te rencontrerais à Tenby, je serais venu plus tôt. »

Tenby était une petite ville et je m'attendais pas réellement à trouver un écrivain que j'avais aimé dans un bar au beau milieu d'un soir hasardeux. Des fois j'aimais croire au destin, comme si la chance tournait pour arriver sur une ligne complète de décision qui nous amèneraient à une rencontre, à un projet, à n'importe quoi de nouveau dans nos existences si routinières.

« Non, je n'ai que quelques pistes mais je n'arrive pas à l'écrire. Je me sens totalement bloqué et incapable, je sens que ça ne va pas être pour maintenant. »

Quelques idées, rien de bien développé, simplement l'état d'une histoire qui ne voulait pas s'écrire. C'était comme si je me forçais, travaillant seul et trop solitaire pour m'ouvrir sur les choses extérieures, je tournais en rond sans trouver de réponses à toutes mes questions. On partait alors sur l'idée saugrenue d'une collaboration, râlant sur notre état autonome dans le travail, soit trop borné, soit trop solitaire pour partager la création avec quelqu'un. Je buvais ma bière, soupirant quelques rires d'approbation, bien en accord avec ce que Tristan disait.

« On finirait par se vouloir se couper avec le tranchant des feuilles de papier. »

Je riais un peu avec lui et la blague avançait vers la possibilité. Je pense que c'était de toute manière le seul moyen d'y arriver. L'hypothèse. Celle qui admet le pire pour se diriger vers le mieux. Il répondait à ma question sur son prochain livre et je découvrais qu'il semblait être dans la même impasse que moi. On était dans la même situation, je souriais, un peu moqueur sur le contexte. On était bien là, tout deux dans l'impasse créatrice, éperdument coincé dans l'écriture en train de râler et de boire un coup dans un petit bar d'une petite ville.

« Je connais ça, à force, ça va nous rendre fou. C'est un sujet qui m'a toujours intéressé d'ailleurs, la folie. Un mec qui n'arriverait pas à revenir dans le chemin de la normalité, qui pourrait pas vivre en étant aussi misérable que tous les autres. »

Je riais doucement pour finir ma bière. N'attendant pas vraiment de réaction, lâchant l'esquisse d'une idée qui me trottait en tête mais qui n'avait ni début, ni milieu, ni fin. Non, une idée qui flottait juste dans mon espace.



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I can't do my homework ∞ Tristan & Vito

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